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Le blog de Robin Guilloux

Ce blog a pour ambition de faire connaître et apprécier la région Centre et en particulier la ville de Bourges. Je souhaite y faire partager mes goûts pour la poésie, la littérature, la peinture, le cinéma... J'y aborde également des questions qui me tiennent à cœur, souvent liées à l'actualité, en particulier le système scolaire (je suis enseignant), mais aussi la politique au sens large du terme et les problèmes de société.

Joachim du Bellay : "Heureux qui comme Ulysse" (classe de 2nde)

Publié le 8 Mai 2010 par Robin Guilloux

 

dubellay3.jpg

 

Joachim du Bellay est né en 1522 au château de la Turmelière, non loin de Liré , en Anjou. Maladif, orphelin très tôt, il mène une enfance rêveuse et mélancolique, rêvant de devenir soldat.


- Rédacteur de La Défense et illustration de la langue française. Il s'agit de renouer avec la culture gréco-latine, mais aussi de créer une culture (littérature, poésie, architecture...) nationale.


- 1550-1552 : maladie et premières atteintes de la surdité.


- 1550-1557 : du Bellay à Rome, accompagne son cousin, le cardinal Jean du Bellay, à Rome, en avril 1553, écrit Les Antiquités de Rome, des vers latins et des poèmes d'amour dédiés à une jeune romaine (Faustine ou Colomba)


Circonstances de la composition des Regrets : Les Regrets, confidence de l'amertume d'un homme déçu : rêvait de débuter une carrière diplomatique et se retrouve chargé de l'intendance : "Je suis né pour la Muse, on me fait messager." (sonnet 39), souffre du mal du pays, regrette l'indépendance et l'inspiration de jadis, la cour et la faveur du roi, les amis (Ronsard), le foyer, la France, sa province natale, découvre les "vrais" romains, les distractions, l'hypocrisie, l'ambition, les turpitudes de la ville des cardinaux, leur vie futile et médiocre ; verve satirique.

 

Les Regrets : 191 sonnets publiés en 1558, la plupart ont été écrits en Italie à partir de 1555 ; les 42 derniers ont été rédigés en France. Les Regrets ne sont pas l'imitation des poètes grecs et latins, mais l'expression d'une poésie personnelle ; journal de voyage d'une âme douloureuse et sincère, tantôt élégiaque et tantôt satirique, confidence sincère.

 

Elégie : poème lyrique exprimant une plainte mélancolique, douloureuse - Les Elégies de Ronsard, oeuvre poétique dont le thème est la plainte.


A son retour en France, publie les oeuvres de l'exil en 1558 et cherche à s'imposer à la cour, ennuis domestiques, démêlés avec son protecteur, le cardinal du Bellay. Meurt d'apoplexie, à 37 ans,  dans la nuit du 1er janvier 1560, en écrivant des vers.

 

Inspiration originale et sincère, amère déception, détresse, amertume teintée d'attendrissement quand il pense aux douceurs du pays lointain, mélange d'ironie désabusée et de brutalité douloureuse.

 

Savante simplicité : il veut que ce qu'il écrit soit "une prose en rime ou une rime en prose", art très conscient, sonnets en alexandrins (12 syllabes), alternant des rimes masculines et féminines dans les quatrains, disposition "marotique" des tercets (ccd - eed ;  la "pointe" finale n'est pas un jeu de mots, mais une idée essentielle, un vers plus évocateur ; tout un tableau occupe le dernier tercet et lance l'imagination vers l'infini.

 

Art du poète : ressources de la versification, inversions, coupes, rejets, enjambements, souplesse des sonorités, musicalité harmonieuse des Regrets.

 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

 

Construction du poème :

 

1er quatrain : aspiration au voyage/ aspiration au retour vers la terre natale (généralité)

 

2ème quatrain : expression de la nostalgie du poète exilé (cas personnel)

 

1er et 2ème tercets : comparaison et opposition entre le pays d'exil et le pays natal

 

Voyage/toison/raison/âge : alternance de rimes féminines et masculines embrassées (a,b,b,a) ; noter le mot "Vivre" en rejet et l'enjambement: la phrase se poursuit sur  la totalité du quatrain.

 

Heureux qui ! (en latin "Félix qui !"...) exclamation à la manière antique. Nous avons une première ébauche de ce sonnet sous forme d'élégie latine et qui commence justement  par "Felix qui..." (cf. Lagarde et Michard, XVIème siècle, page 114)

 

"Félix qui mores multorum vidit et urbes,

Sedibus et potuit consenuisse suis.

Ortus quaeque suos cupiunt, externa placentque

Pauca diu, repetunt et sua lustra ferae.

Quando erit ut notae fumantia culmina villae

Et videam regni jugera pauca mei ?

Non septemgemini tangunt mea pectora colles,

Nec retinet sensus Thybridis unda meos.

Non mihi sunt cordi veterum monumenta Quiritum,

Nec statuae, nec me picta tabella juvat :

Non mihi Laurentes nymphae, sylvaeque virentes

Nec mihi, quae quondam, florida rura placent."

 

"Heureux qui a vu les moeurs et les villes de beaucoup de peuples, et a pu vieillir dans son propre foyer. Tous les êtres désirent revenir à leur source, et parmi les choses étrangères, il en est peu qui plaisent longtemps : même les bêtes sauvages regagnent leurs tanières. Quand reverrai-je le toit fumant de ma maison familière et les quelques arpents qui sont mon royaume ? Les sept collines ne touchent pas mon coeur et l'onde du Tibre ne retient pas mes sens. Les monuments des anciens Romains me laissent indifférents ; ni les statues, ni les tableaux ne me charment. Ni les nymphes de Laurente (ville du Latium), ni les forêts verdoyantes, ni les campagnes fleuries ne me plaisent comme autrefois."

 

 

Demander aux élèves ce qu'ils savent d'Ulysse et de Jason.

 

Contextualisation : inspiration antique, humanisme, redécouverte des Latins et des Grecs, grandes découvertes... "Les Tristes" (Poème élégiaque) d'Ovide, écrit à bord du bateau qui l'emmenait vers l'exil sur les bords de la Mer Noire dans lequel le poète exprime sa nostalgie (douleur du retour) et son souhait d'être "rappelé".


"Beau voyage" : "beau" = grand, héroïque ; du Bellay pense sans doute aux navigateurs de son temps, à Christophe Colomb, à Vasco de Gama.


"Cestuy-là" : celui-là qui conquit la toison = Jason. "La Toison d'or" est une décoration de la noblesse de France, puis d'Autriche, un signe d'appartenance à la noblesse (l'Ordre des chevaliers de la Toison d'or, fondé en 1430 par Philippe Le Bon, duc de Bourgogne ; il est inspiré du mythe grec)

 

Le premier quatrain condense les aspirations contradictoires de l'enfant qui rêvait d'être soldat (la gloire, l'héroïsme), l'ambition de l'homme jeune (20-30 ans) qui voulait faire une carrière diplomatique, et celles de l'homme plus âgé, plus mûr, lesté par l'expérience de la vie. Deux tons différents : héroïsme, ambition, esprit de conquête/ calme, sagesse. "Plein d'usage et raison" : usage = expérience, mais le mot connote aussi l'idée d'usure. Ulysse est un homme "plein d'usage et raison", mais qui a perdu ses illusions ; son expérience a été acquise au prix de souffrances et d'épreuves.

 

"Quand reverrai-je, hélàs..." : soupir, cri du coeur. L'exclamation "hélàs!" est le maître mot de l'élégie. Nostalgie douloureuse, aspiration au bonheur perdu.

"Reverrai-je" : le verbe est au futur.

 

"Fumer la cheminée" : remarquer l'article défini (il s'agit d'une métonymie), lainsi que l'agencement des enjambements et l'antéposition du complément de détermination ("de mon petit village/Fumer la cheminée" et "en quelle saison/Reverrai-je"). Les mots mis en rejets ("Fumer", "Reverrai-je") prennent un relief particulier, tout comme les mots qui se trouvent à la  césure des hémistiches.

 

Le clos : le jardin, l'enclos ; noter l'opposition entre "ma pauvre maison" et "qui m'est une province (c'est-à-dire un royaume), ainsi que l'hyperbole "beaucoup davantage". Le mot "clos" est peut-être la "clé" de ce poème fondé sur l'opposition entre l'ouverture (la jeunesse, le voyage, la mer, Rome...) et la clôture (l'âge mûr, les parents, la maison...), opposition que l'on retrouve condensée dans la pointe du sonnet "Et plus que l'air marin la douceur angevine."

 

(Cf. Ronsard : Invocation à la mort, Lagarde et Michard, Renaissance, page 150)

 

Travail sur les figures de styles. Faire chercher aux élèves le signification des mots "métonymie" et "synecdoque".

 

Synecdoque : du grec sunekdokhé (compréhension simultanée), figure de rhétorique qui consiste à prendre le plus pour le moins, la matière pour l'objet, l'espèce pour le genre, la partie pour le tout (comme dans le poème de du Bellay), le singulier pour le pluriel et inversement. Exemples : les mortels = les hommes, un fer = une épée, une voile = un navire.

 

Métonymie : Trope qui permet de désigner quelque chose par le nom d'un autre élément du même ensemble en vertu d'une relation suffisamment nette. 

 

La relation entre le terme propre et le terme figuré est plus étroite dans le cas de la synecdoque que dans celui de la métonymie. 

 

"Quand reverrai-je, hélàs, de mon petit village

Fumer la cheminée..."

 

"La" cheminée : le singulier pour le pluriel, le village comportant plusieurs cheminées, mais aussi le foyer, la maison natale du poète dont "la" cheminée est celle qui lui importe le plus, le foyer de la maison natale autour duquel se déroule la vie familiale : passage du sens propre au sens figuré (symbolisation), synecdoque lexicalisée : foyer = famille,  les parents, avec passage de l'extérieur, la cheminée vue de loin, à l'intérieur, l'âtre, le foyer de la cheminée, ceux qui se tiennent autour : les parents.

 

Le foyer est étymologiquement le lieu où brûle un feu et particulièrement l'âtre de la cheminée. Le foyer ou "feu" était l'unité dans le décompte de la population des villes et des villages tenu par le clergé, à partir des cheminées des bâtisses (10 personnes par foyer)

 

On a donc en fait une série de synecdoques enchâssées et inverses sans changement d'isopie :

 

"la" cheminée : les cheminées (synecdoque)

 

"la" cheminée : foyer (âtre) /  foyer (maison, parents) / bonheur perdu  (métonymie)

 

On voit d'après cet exemple que le noeud de l'arbre sémique "foyer" se trouve à une distance plus grande de "bonheur perdu" que "parents" ; l'écart entre "la" cheminée et "bonheur perdu est métonymique, l'écart entre foyer et bonheur perdu est synecdotique, de même l'écart entre "la" cheminée et "les" cheminées.

 

On voit bien, d'après cet exemple que la synecdoque est une figure de la "contiguïté" (le foyer désigne l'âtre et ceux qui se tiennent autour, la famille).

 

La synecdoque est l'écart minimal.

 

L'imagination du poète exilé remonte à un signifié "premier" (affectif) en suivant une chaîne sémique qui est en même temps un voyage imaginaire,  du plus lointain au plus proche, de la malédiction de l'exil au bonheur perdu.

 

La cheminée qui fume est la métaphore du bonheur perdu, la fumée étant signe de présence vivante ; on a donc une synecdoque : "la" cheminée/les cheminées, enchâssée dans une métaphore "in absentia", le comparé (parents/bonheur perdu) étant absent de la figure comparative "fumer la cheminée" et le complément de détermination "de mon petit village" étant antéposé au sujet "cheminée" du verbe à l'infinitif "fumer" ; la construction syntaxique suit le mouvement du regard et de l'émotion, la focalisation sur le "détail". 

 

La vision de "la" cheminée qui fume est l'anticipation du moment magique  qui précède les retrouvailles, riche de tous les souvenirs familiers, mais aussi de tous les possibles : "Vivre entre ses parents le reste de son âge",  bien qu'il s'agisse aussi d'un regard en arrière, d'une nostalgie du "paradis perdu" de l'enfance.

 

On peut imaginer le voyageur, contemplant le village du haut d'une colline et l'on suit son regard, mieux, le lecteur est conduit  à s'identifier au poète et son regard à suivre le même trajet.

 

L'allusion initiale au retour d'Ulysse à Itaque se double d'une référence implicite à la parabole évangélique du "fils prodigue".

 

Un instrument de travail utile : le Gradus ad Parnassum, Les procédés littéraires (Dictionnaire) de Bernard Dupriez (10/18, Christian Bourgois).

 

1er quatrain : expression d'une généralité

2ème quatrain : cas personnel, petitesse et humilité, émotion.

 

"Plus me plaît"...

"Plus que le marbre"...

"Plus mon Loire gaulois..." (prononcer "Loi-re" : il s'agit de La Loire et non du Loir qui ne coule pas près de Liré ; J. du Bellay reprend l'usage du latin où les noms de fleuves sont au masculin)

"Plus mon petit Liré..."

"Et plus que l'air marin..."

 

Répétition du même mot "plus" au début du vers ; quintuple anaphore. Série d'oppositions fondée sur une structure syntaxique  récurrente, avec un effet rhétorique de répétition et de symétrie. Remarquer que dans le deuxième et le dernier vers, qui constitue la "pointe" du sonnet,  la structure symétrique est inversée, ce qui rompt la monotonie du procédé.

 

Pourquoi du Bellay emploie-t-il une périphrase "le séjour qu'ont bâti mes aïeux" à la place de "ma maison" ? La périphrase n'est pas une simple reprise analogique, de "pauvre maison" ; elle importe une information supplémentaire, une idée nouvelle, l'idée de patrie et peut-être aussi la revendication orgueilleuse de l'appartenance à une "lignée" ; la "maison" de du Bellay n'est pas une masure de manant, mais un "manoir".

 

Noter le caractère majestueux de "Que des palais romains le front audacieux," l'inversion : le complément de détermination est antéposé au groupe nominal et la diérèse (dissociation des éléments d'une diphtongue) : "au-da-ci-eux" = 4 syllabes)

 

"Tibre latin", "mont Palatin" : ces lieux sont couverts de ruines au XVIème siècle, mais demeurent des noms prestigieux liés à des souvenirs antiques.

 

Remarquer les adjectifs possessifs "mon" Loire, "mon" petit Liré opposés aux déterminants définis "le" Tibre, "le" mon Palatin. "ma pauvre maison", "mon petit Liré", "mon Loire" : "hypocoristiques" qui expriment la tendresse, l'affection et personnalisent les choses. Le poète les évoque comme des personnes aimées.

 

"Et plus que l'air marin..." : Rome est située à 20 kilomètres de la mer, le vers renvoie au premier quatrain, aux périples d'Ulysse et de Jason.

 

"marin" = salé, goût désagréable est opposé à "douceur".

 

"Mont Palatin" : "Ne voyant que l'orgueil de ces monceaux pierreux

Je regrette les bois et les champs bondissants..."

 

"La douceur angevine" : rime féminine, sonorités féminines

 

"l'air marin" : masculin, sec / la douceur angevine : féminin, doux

 

Le dernier vers "Et plus que l'air marin la douceur angevine" renvoie au premier : "Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage" ; on peut parler de "bouclage" (fermeture) ; il s'agit aussi d'une "clausule" (dernier vers d'une strophe, d'un poème) ayant une valeur d'ouverture.


"Clausule" :  Elle est définie dans Institution oratoire de Quintilien comme une conclusion qui frappe l'auditeur, et est décrite comme une structure rythmique dont la nature est d’arrêter l’élan de la phrase pour laisser à l’auditeur le temps de voir.


"Et plus que l'air marin la douceur angevine" :  images associées au vers : l'Anjou, les maisons de craie, les toits d'ardoise, les étangs, les beaux arbres, un paysage légèrement vallonné, couvert de champs et de vignes (le vin d'Anjou), une nature paisible, à taille humaine...

 

"douceur angevine" ne désigne rien en particulier, mais tout à la fois, une atmosphère douce et vaporeuse, une certaine qualité de lumière. c'est la "pointe" du sonnet qui se termine à la fois par un jeu de mots ingénieux et par un tableau qui lance l'imagination vers l'infini.


 

paysage-de-touraine.jpg

 

Prolongements philosophiques :

 

" La grande question du départ pour l'aventure spirituelle est celle du retour. Platon nous dit que le prisonnier délibré, après qu'il a entrevu l'Absolu, qu'il nomme le Bien, doit retourner dans la caverne. Serait-ce que l'aventure spirituelle est cyclique, qu'elle est une Odyssée ? L'aventurier de l'Esprit peut-il dire, avec du Bellay :

 

"Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestui-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !"

 

La conscience, pleine de l'expérience que donnent les voyages, retrouverait son lieu de départ et pourrait y vivre avec sagesse. A vrai dire, ce n'est guère différent de l'histoire et de la leçon de Candide.

 

Ce qui s'oppose absolument à l'aventure spirituelle, c'est le sens même du départ. Pour du Bellay, Ithaque est le lieu d'origine d'Ulysse ; pour le prisonnier, la caverne n'est pas son lieu d'origine, mais son historicité.

 

Si Platon évoque la métempsychose et l'idée d'une vie de l'âme auprès des Idées avant sa chute dans un corps, c'est bien pour nous faire comprendre que le lieu d'origine de l'âme n'est pas la caverne. S'arrachant à ses chaînes, elle va vers sa source originaire, qui est Dieu lui-même."

 

(Jean-Louis Vieillard-Baron, "L'Illusion historique et l'espérance céleste", L'Ile verte, Berg International, page 199)

 

 

 

 


 


 


 


 


 


 


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Bruno 09/05/2010


Bonjour, je n'ai pas compris le "jeu de mots ingénieux" de la fin. Pourriez-vous m'éclairer ?


Bruno 09/05/2010


Merci pour la réponse. En fait c'est idiot, je cherchais un calembour ou qq chose de cet ordre :o))


mon nom est long ! 15/06/2014

"Du partement (du départ) d'Anne


Un bien petit de près me venez prendre,
Où allez-vous, Anne ? que je le sache,
Et m'enseignez avant que de partir
Comme ferai, afin que mon oeil cache
Le dur regret du coeur triste et martyr.
Je sais comment ; point ne faut m'avertir
Vous le prendrez, ce coeur, je le vous livre ;
L'emporterez pour le rendre délivre
Du deuil qu'aurait loin de vous en ce lieu ;
Et pour autant qu'on ne peut sans coeur vivre
Me laisserez le vôtre, et puis adieu."


Effectivement, la "pointe" des vers de Clément Marot (1497-1544) poète antérieur à Joachim du Bellay est parfois (pas toujours) un jeu de mots proche du calembour, comme le montre le poème
ci-dessus dans lequel le mot "coeur" est pris au sens propre et au sens figuré.


Les poètes de la Pléiade reprennent cette tradition, mais en l'élargissant et en lui conférant une dimension plus noble. La pointe doit comporter un jeu de mots, au sens large du terme, mais
aller au-delà.