Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 14:07

 Une bande dessinée de Rodolphe et Marc-Renier, parue chez Monum, éditions du patrimoine,  évoque à la lumière de ses derniers instants,  la destinée hors du commun de « la bonne dame de Nohant ».

 

Juin 1876, dans sa maison de Nohant où elle s’est retirée, George Sand, souffrante,  se lève après avoir été alitée durant quelques jours. Un inconnu se présente à elle, visiteur imprévu qui semble bien la connaître. Elle lui accorde son temps pour lui faire les honneurs de son jardin, comme à un familier. La conversation se noue, les souvenirs affluent. Encouragée par l’inconnu, George Sand évoque les moments forts de sa vie…

 

Mais qui donc est ce mystérieux visiteur ? On ne l’apprend qu’en tournant la dernière page de ce recueil aux tons de pastel, plein de délicatesse et de poésie.

 

Romancier et journaliste, Rodolphe est aussi et avant tout scénariste de bandes dessinées. Il a  signé à ce jour plus d’une centaine d’albums. Le dessinateur Marc-Renier est bien connu pour ses séries (Blackhills, Le masque de fer, Jackson) publiées chez Glénat ou chez Loup.

 

 

Rodolphe et Marc-Renier Le dernier visiteur de George Sand, Monum, éditions du patrimoine, août 2006, 45 pages, 10 euros

Par Robin Guilloux
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 13:55

De nouveaux aménagements enrichissent désormais le domaine national de George Sand à Nohant.

 

« Je t’ai raconté bien des fois un rêve que je fais souvent, et qui m’a toujours laissé, après le réveil, une impression de bonheur et de mélancolie. Au commencement de ce rêve, je me revois assis(e) sur une rive déserte, et une barque pleine d’amis qui chantent des airs délicieux, vient à moi sur le fleuve rapide. Ils m’appellent, ils me tendent les bras, et je m’élance avec eux dans la barque… » (George Sand, Lettre d’un voyageur)

 

Le projet développé dans le domaine national de George Sand à Nohant pour accueillir les amis de la célèbre romancière se précise avec l’ ouverture récente d’une vaste librairie, la création d’un « grenier littéraire » et l’aménagement des combles.

 

« J’ai souhaité créer une esthétique simple et raffinée, non conventionnelle, authentique, qui évoque la personnalité de George Sand, sa vie, ses passions, ses amitiés », explique le concepteur de ces nouveaux espaces,  Bruno Moinard, architecte designer et scénographe de réputation internationale.

 

Avec ses grandes ouvertures, ses magnifiques poutres, son luxe discret, la nouvelle « librairie accueil », aménagée dans la remise qui abritait les calèches,  se veut plus qu’un simple « point de vente ». Spacieuse (100m2) et  confortable avec son « boudoir » où l’on peut s’asseoir pour lire ou pour se reposer, elle propose l’ensemble de l’œuvre de George Sand éditée à ce jour, toutes les études écrites sur la romancière et sa famille et des éditions concernant les écrivains que connaissait George Sand : Gustave Flaubert, Honoré de Balzac, Prosper Mérimée, les frères Goncourt, Alfred de Musset, Alexandre Dumas, Victor Hugo...Beaucoup d’entre eux sont d’ailleurs venus à Nohant. On y trouve également des livres d’art sur le XIXème siècle, l’art de la table ou du jardin, des livres pour le jeune public, des idées de cadeaux originaux et des tentations pour les gourmands. La musique, cette grande et constante passion dans la vie de George Sand, n’est pas oubliée avec les CD des compositions de Frédéric Chopin et de Frantz Liszt et des musiques traditionnelles du Berry qu’affectionnait l’auteur des Maîtres sonneurs.

 

A l’occasion de l’inauguration de la librairie, les éditions du patrimoine ont commandé à deux artistes de la bande dessinée, le scénariste Rodolphe et le dessinateur Marc-Renier, la réalisation d’un album sur George Sand intitulé Le dernier visiteur de George Sand. Un émouvant hommage à cette créatrice à l’inspiration inépuisable dont le plus grand chef d’œuvre fut sa propre vie. Mais qui donc était ce mystérieux visiteur ? On ne l’apprend qu’en tournant la dernière page de l’album et c’est vraiment une surprise !

 

Aménagé au-dessus de la librairie, le grenier littéraire peut accueillir une centaine de personnes et proposera des salons de lecture, des rencontres, des conférences et des ateliers d’écriture. « Aux côtés de la musique à Nohant, se réjouit George Buisson, administrateur du domaine,  la littérature retrouve aujourd’hui le cœur de la maison de George Sand. Ce lieu redonnera à Nohant sa vocation littéraire et renouera avec la tradition sandienne des soirées de lecture à haute voix entre amis. »

 

Hallucinante réincarnation de George Sand, Pierrette Dupoyet, comédienne, auteur et metteur en scène, créa, le jour de l’inauguration du tout nouveau grenier littéraire, un moment d’intense émotion avec un époustouflant « one woman show ». Ce spectacle intitulé Sand, prénommée George  a été donné au festival d’Avignon et présenté dans 70 pays. Souhaitons qu’entre deux tournées à l’étranger, cette artiste exceptionnelle revienne faire escale à Nohant !

 

Le domaine de Nohant s’enrichit également d’un écran brodé confectionné par George Sand (décidément, cette femme qui plaçait le travail manuel au-dessus du travail intellectuel avait tous les talents !) et d’un portrait de Delacroix qui fut l’un des  hôtes de ces lieux.

 

L’équipe de Nohant et son administrateur, Georges Buisson, ne sont pas à court d’idées pour faire vivre ce lieu et lui donner toute l’ampleur qu’il mérite et que mérite la mémoire de George Sand (on ose à peine employer cette expression tant les lieux sont imprégnés de sa présence) ; dernière idée en date : l’aménagement d’un studio pour accueillir des écrivains en résidence.

 

Avec ces enrichissements qui s’ajoutent aux grands rendez-vous artistiques qui l’animent déjà : Fêtes romantiques de Nohant, Rencontres internationales Frédéric Chopin, Salon international de l’édition et de la revue de poésie…le domaine  national de George Sand à Nohant assume désormais en plénitude sa vocation de haut lieu national et international de la vie musicale et littéraire.

 

« …Je te l’ai dit souvent, le matin, tout fraîchement débarqué(e) de mon île inconnue, tout(e) pâle encore d’émotion et de regret, rien dans la vie réelle ne peut se comparer à l’affection que m’inspirent ces êtres mystérieux, et à la joie que j’éprouve à les retrouver… »

 

Chère George Sand, sachez que cette affection est réciproque. C’est une joie renouvelée de vous retrouver dans votre  domaine  embelli par tous ces efforts que vous avec inspirés. Vous les méritez bien !

 

 

Informations pratiques : Maison de George Sand à Nohant, 36400, Nohant (Indre), téléphone : 02 54 31 06 04 – site Internet : www.monum.fr - pour se rendre à la Maison de George Sand à partir de Bourges, prendre  la direction Châteauroux. Prendre la direction La Châtre à la hauteur d’Issoudun.

 

Par Robin Guilloux
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 13:13

Un livre d’Isabelle Papieau, paru aux éditions l’Harmattan : Arts et société dans l’œuvre d’Alain-Fournier, montre un écrivain beaucoup plus « moderne » et intéressé par son époque qu’on ne l’imagine habituellement.

 

Alain-Fournier, de son vrai nom Henri Alban Fournier, eut une vie brève et intense, marquée par quelques étapes essentielles : son enfance nourrie des paysages du Berry et de la Sologne, sa rencontre et son amitié avec Jacques Rivière, son amour impossible pour Yvonne de Quiévrecourt, croisée à Paris, en 1905, le jour de l’Ascension , le succès de son unique roman Le Grand Meaulnes, paru en 1913, un an avant sa mort sur le front, à l’âge de 28 ans, le 22 septembre 1914.

 

« De quelle façon, se demande l’auteur, à l’articulation des XIXème et XXème siècles, l’oeuvre d’Alain-Fournier traduit-elle sa perception des signes du modernisme et des courants anticonformistes qui estompèrent progressivement l’impact de la culture traditionnelle ? »

 

Isabelle Papieau a cherché la réponse à cette question dans les écrits d’Alain-Fournier (roman, ébauche de roman, nouvelles, poèmes, chroniques littéraires, correspondance avec Jacques Rivière…), ainsi que dans  les souvenirs de sa sœur Isabelle, épouse de Jacques Rivière. L’homme qu’elle décrit est un individu complexe, pris entre l’appel de la vie intérieure et la tentation de l’aventure,  la nostalgie du passé et les séductions de la modernité.

 

On a tôt fait de voir en Alain-Fournier un rêveur nostalgique et introverti, voué à la poursuite d’un idéal passéiste. C’est oublier que cet amoureux des paysages de la Sologne vécut aussi à Paris dont il connut la vie trépidante et mélangée avec ses cafés, ses théâtres, son opéra, ses music-halls…C’est oublier aussi son enthousiasme pour l’aventure et la découverte des pays exotiques à la culture méconnue, son engouement pour le modernisme et ses avant-gardes : fauvisme, symbolisme, Art nouveau…sa passion pour le sport, les nouveautés de son temps et la puissance de la « conquête mécanique » : électricité, bicyclette dont il était un fervent adepte, chemin de fer, automobile, aéroplane…

 

Loin d’être tenus à distance, tous ces centres d’intérêt nourrissent l’ensemble de son œuvre, y compris Le Grand Meaulnes, de même que son attrait pour  les pédagogies nouvelles et les prémisses de la « psychologie des profondeurs ».

 

Autre aspect méconnu d’Alain-Fournier abordé par Isabelle Papieau : le chrétien fervent et compatissant, souffrant des tragédies de l’existence, mais assoiffé de pureté, de plénitude et d’éternité.

 

Après avoir commencé sa carrière dans le journalisme et la communication, Isabelle Papieau a été professeur de Lettres modernes. Docteur en sociologie, elle enseigne actuellement cette discipline et effectue parallèlement des recherches sur les représentations.

 

 

Arts et société dans l’œuvre d’Alain Fournier d’Isabelle Papieau, aux éditions l’Harmattan 164 pages, 15 euros.

Par Robin Guilloux
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 12:34

 

Dans ce recueil dédié au chanteur Dietrich Fischer-Dieskau, « en qui les sons et les mots ont trouvé une juste demeure », le pianiste et musicologue Jean-Yves Clément a mis des mots sur la musique de Frédéric Chopin.

 

« Je voudrais, écrit George Sand dans la citation qui ouvre ce recueil, faire les paroles et la musique en même temps. Mais c’est un rêve comme celui qu’on ferait d’une île enchantée au moment où la mer va vous avaler à tout jamais. »

 

C’est précisément ce rêve que Jean-Yves Clément a voulu poursuivre.

 

Les Préludes pour piano de Chopin ont inspiré ces poèmes courts. Ils visent à l’essentiel, à la manière des « haïkus » japonais. « 24 Préludes comme 24 stations de l’âme où les sensations musicales sont creusées pour y être habitées par la langue. »

 

Les Préludes ont été en grande partie composés par Chopin dans des conditions particulièrement dramatiques à la Chartreuse de Valldemosa, sur l'île de Majorque où il séjournait en compagnie de George Sand et de ses enfants. Leur origine réside dans les Préludes du Clavecin Bien Tempéré de Jean-Sébastien Bach. Le souci d'ordonnancement systématique des pièces est un tribut évident au grand compositeur allemand, ainsi que le fait d'écrire chaque pièce dans une tonalité différente.

 

Ils constituent un ensemble de 24 pièces dont la durée varie de trente secondes à un peu plus de cinq minutes chacune. Les tempos sont variés. Ils vont du "lento" au "vivace", en passant par le "molto agitato".

 

« Le désir de visiter les Préludes et de guetter leur écho, explique Jean-Yves Clément, s’est augmenté de celui d’exprimer un commentaire possible de la musique, en quelque sorte de son image à sa leçon poétique. Il s’est doublé d’une visée tout aussi ardente, celle de parvenir à une écriture qui tende résolument au mot pour mot. »

 

Directeur artistique des Liztomanias de Châteauroux et du festival de Nohan, Jean-Yves Clément est également animateur sur une antenne de

Radio -France.



« Variations Chopin » de Jean-Yves Clément - Editions Lancosme - 88 pages, 10 eus.

 

 

Par Robin Guilloux
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 11:04
Préfacé par Georges Buisson, administrateur du domaine de George Sand à Nohant et enrichi de belles illustrations, le livre de Bernard Jouve, Les racines de George Sand,  nous entraîne dans une vaste promenade à travers les siècles, celui de Louis XIV, puis celui des Lumières, de la cour de Pologne à celle de Russie, de demeures en  châteaux, de Chenonceau à Nohant, en passant par l’Hôtel Lambert, l’une des plus beaux hôtels particuliers de Paris, dans un monde où les intrigues amoureuses se faufilent entre les batailles et où les mots d’esprit qui préparent les révolutions pétillent comme du vin de Champagne.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           

L’alliance au XVIII° siècle des Dupin, grands bourgeois passionnés par les arts et les lettres, protégés par le célèbre financier Samuel Bernard,  et des Saxe, guerriers d’origine royale,  influença sans doute secrètement la personnalité de George Sand, sa passion de la beauté, son tempérament d’artiste, ce caractère combatif et volontaire qu’elle garda sa vie durant.

Les amis et les protégés de la famille, comme Jean-Jacques Rousseau, dont elle dévorera les œuvres dans la bibliothèque de Nohant mais aussi Voltaire,  Buffon, Montesquieu, se sont penchés sur le berceau de la future George Sand (Amandine Aurore Lucie Dupin de son vrai nom) pour lui léguer l ‘esprit naissant du romantisme et celui des Lumières.

« Quelle vie romanesque que la sienne ! » disait Balzac de George Sand. On pourrait en dire autant de celle de ses ancêtres : Auguste II, « le plus étonnant débauché de son temps »,  Aurore de Koenigsmark,  « célèbre dans le monde par sa beauté et son esprit », Maurice de Saxe, enfant illégitime mais finalement reconnu,  batailleur amoureux et fantasque qui reçut le château de Chambord en récompense de la victoire de Fontenoy, Louise Dupin, la dame de Chenonceau, « déesse de beauté et de musique », Louis-Claude Dupin de Francueil, le grand-père de George Sand, parfait honnête homme du siècle des Lumières, sa grand-mère Marie-Aurore, qui fit l’acquisition de la maison et du domaine de Nohant, son père Maurice, prématurément disparu, aristocrate républicain devenu aide de camp du maréchal Murat, et qui lui légua « les yeux les plus doux que l’on puisse imaginer ».

 Le dernier chapitre du livre aborde les racines  populaires de George Sand. Arrière-petite fille du roi de Pologne, petite fille du maréchal Maurice de Saxe,  George Sand descendait par sa mère d’un humble marchand d’oiseaux. « Ma mère, dit George Sand dans Histoire de ma vie était de la race avilie et vagabonde des bohémiens de ce monde ». «  Le rejet social dont sa mère fut la victime, de la part de sa belle-mère et de son entourage, écrit George Buisson dans sa préface,  donna corps au sentiment d’injustice que George Sand ressentit très vite et contre lequel elle lutta toute sa vie. »

Vivant symbole des contradictions sociales de son époque, George Sand fut écartelée entre ses origines aristocratiques et populaires, entre le monde  des « possédants » et celui des « laissés pour compte ». « Je suis la fille d’un patricien et d’une bohémienne…Je serai avec l’esclave et avec la bohémienne et non avec les rois et leurs suppôts. » Cette attitude ne l’empêcha pas de reconnaître les apports positifs d’une noblesse cultivée, généreuse et désargentée.  
 
Le récit alerte et coloré de Bernard Jouve se lit d’un bout à l’autre comme un roman et réussit à nous passionner sans sacrifier pour autant  la rigueur historique.


Bernard Jouve, Les racines de George Sand, de Chenonceau à Nohant, aux éditions Alan Sutton, 8, rue du docteur Ramon 37540, St Cyr sur Loire, 222 pages, 16 planches d’illustrations,  23 eus.


Par Robin Guilloux
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 10:48

 

 

A la voix de Kathleen Ferrier


Toute douceur toute ironie se rassemblaient
Pour un adieu de cristal et de brume,
Les coups profonds du fer faisaient presque silence,
La lumière du glaive s’était voilée.


Je célèbre la voix mêlée de couleur grise
Qui hésite aux lointains du chant qui s’est perdu
Comme si au delà de toute forme pure
Tremblât un autre chant et le seul absolu.


O lumière et néant de la lumière, ô larmes
Souriantes plus haut que l’angoisse ou l’espoir,
O cygne, lieu réel dans l’irréelle eau sombre,
O source, quand ce fut profondément le soir!


Il semble que tu connaisses les deux rives,
L’extrême joie et l’extrême douleur,
Là-bas, parmi ces roseaux gris dans la lumière,
Il semble que tu puises de l’éternel.


Yves Bonnefoy






                       

Par Robin Guilloux - Communauté : Ruche de beaux mots
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 23:45

 

  En 1838, pour tenter de rétablir la santé défaillante de Chopin et soigner son fils Maurice, issu de son mariage avec Casimir Dudevant, George Sand les emmena tous les deux, ainsi que sa fille Solange, sur l’île de Majorque, au sud de l’Espagne. Ils trouvèrent à se loger dans le cadre pittoresque mais insalubre de la Chartreuse de Vallldemosa, un ancien monastère à moitié en ruines. Si le séjour fut profitable à George Sand et à ses enfants, il se transforma en revanche pour Chopin, dont la santé se dégrada rapidement, en raison du climat humide de l’île en hiver, en un véritable calvaire.


Les pluies torrentielles moisissent les murs et les chambres sont presque impossibles à chauffer. Chopin, atteint d’une maladie que l’on n’appelait pas encore « tuberculose », mais « phtisie », dont il mourra en 1848 et que l’on ne savait pas encore soigner, tousse et crache le sang. Le cadre étrange de la Chartreuse suscite en lui des impressions pénibles et jusqu’à des hallucinations. Les habitants de Majorque, effrayés par la maladie de Chopin et prévenus contre George Sand, les tiennent à l’écart.


C'est pourtant au milieu de ce calvaire que le musicien trouva la force d'achever ses admirables "Préludes".


« Ce sont des chefs d’œuvres écrit George Sand…plusieurs présentent à la pensée des visions de moines trépassés et l’audition de chants funèbres qui l’assiégeaient; d’autres sont mélancoliques et suaves : ils lui venaient aux heures de soleil et de santé, au bruit du rire des enfants sous

la fenêtre, au son lointain des guitares, au chant des oiseaux."

Les Préludes de Chopin ont été inspirés par Jean-Sébastien Bach auquel Chopin vouait une véritable vénération et qu’il contribua à faire redécouvrir. Le souci de l’ordonnancement systématique des pièces est un tribut évident au compositeur allemand, ainsi que l’idée d’écrire chaque pièce dans une tonalité particulière : Pour écrire ses Préludes, Chopin s’inspira aussi des Préludes dans toutes les tonalités de Hummel et des 48 Canons et Fugues de Klengel.

Le titre de Préludes est profondément lié à la littérature romantique.. L’un des poèmes des Méditations de Lamartine s’intitule en effet Prélude. Il rencontra un succès si considérable qu’il poussa Franz Liszt à intituler une de ses œuvres Les Préludes.

Les Préludes de Chopin sont un ensemble de 24 petites pièces, dont la durée oscille entre trente secondes et un peu plus de cinq minutes chacune. Les tempos y sont très variés, depuis le largo (préludes n° 4 et n° 20) et le lento ( préludes n°2 et n°13), en passant par le molto agitato (n°8 et n°22) jusqu’au vivace (n°3 et n°11).

Nombreux sont les musicologues qui ont souligné l’unité de l‘ensemble. Quelques uns, beaucoup moins nombreux, ont considéré que ces ces 24 petites pièces réunies sous le même titre étaient indépendantes les unes des autres.

 Les premiers insistent sur la nécessité d’interpréter les pièces à la suite. Mais même du vivant de Chopin, on ne respectait déjà plus cette recommandation. Il semblerait que l’on revienne actuellement, après beaucoup d’errements, aussi bien dans les récitals que dans les enregistrements discographiques à une conception unitaire.

Avec ces 24 Préludes, Chopin ouvre au piano un univers nouveau.


C’est en s’inspirant de Chopin que Claude Debussy composa ses deux cahiers de 12 Préludes et son fameux Prélude à l’Après-Midi d’un Faune.


Par Robin Guilloux
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 23:35

 

 

« L’Eglise écoute le cri de souffrance de tous ceux qui ont été déracinés de leur propre terre, des familles divisées par la force, de ceux qui, dans les rapides changements, ne trouvent de demeure stable en aucun lieu. Elle perçoit l’angoisse de ceux qui sont sans droits, privés de toute sécurité, à la merci de n’importe quel type d’exploitation, et elle se charge de leur malheur… » (Jean-Paul II, à l’occasion de la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, le 21 novembre 1999)

 

Un peu partout dans le monde, des gouvernements prennent des décisions pour lutter contre les migrations de personnes venant des pays du Sud : contrôle des déplacements mexicains aux Etats-Unis ; reflux des migrants africains en Espagne et en Italie ; loi sur « l’immigration choisie » en France.

 

« Une parole de l’Eglise doit intégrer et conjuguer des droits, explique dans la préface,  Mgr. Jean-Luc Brunin, évêque d’Ajaccio, membre du conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement…Comment le faire lorsqu’ils apparaissent contradictoires : celui d’émigrer, pour les individus et pour leurs familles, mais aussi celui pour les Etats de contrôler l’entrée et le séjour des étrangers sur leur territoire ? Comment les hiérarchiser dans une parole publique ? Outre le principe inaliénable du respect de la personne humaine, il faut garantir la visée d’un vivre ensemble juste et équitable. En ces temps de mondialisation et de mobilité humaine, la perspective d’un « bien commun universel », si souvent rappelée par Jean-Paul II, doit devenir l’horizon de toute initiative législative et de toute action politique. »

 

Réalisé à l’initiative du Service national de la Pastorale des Migrants et des Gens du voyage, cet ouvrage rassemble trente-cinq textes rédigés par des Eglises chrétiennes de pays différents. Ils expriment leurs questions et leurs réserves face aux nouvelles législations des Etats à l’égard des populations immigrées ou exilées.

 

Le Service national de la Pastorale des Migrants et des Gens du voyage dont le directeur est Bernard Fontaine est un service de la conférence des évêques catholiques de France. Sa mission est d’être attentif aux questions liées à l’immigration et de porter avec les Eglises diocésaines le souci pastoral de sollicitude de l’Eglise envers les migrants.

 

Le commentaire de sœur Geneviève Médevielle, religieuse auxiliatrice, professeur de théologie morale et vice-recteur de l’institut catholique de Paris, souligne les enjeux à la fois humains et théologiques de « l’accueil de l’autre ».

 

 

Les Eglises, les Migrants, les Réfugiés, 35 textes pour comprendre, la parole de vingt-cinq évêques, préface de Mgr. Jean-Luc Brunin, postface de Mgr Claude Schockert, ouvrage collectif coordonné par Bernard Fontaine, aux éditions de l’Atelier, 124 pages, 15 euros.

Par Robin Guilloux
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 23:11

 Les catholiques traditionalistes reviennent  dans l’actualité. On se souvient de la rencontre du 29 août 2005 entre le pape Benoît XVI et Mgr. Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X fondée par Mgr. Lefebvre et, plus récemment, de la fondation par Rome de l’institut du Bon Pasteur.

 

Pourquoi le pape  désire-t-il faire rentrer les traditionalistes dans l’Eglise grâce à des « accords » ? Les traditionalistes sont-ils disposés à signer de tels accords et sous quelles conditions ?

 

Les éditions Entrelacs proposent sur ce sujet un ouvrage sous forme de dialogue entre le journaliste Olivier Pichon et l’abbé Grégoire Celier, membre historique de la communauté Saint-Pie X, directeur de la principale maison d’édition catholique « traditionaliste » française, les éditions Clovis, ainsi que de  la revue de la Fraternité Saint-Pie X, Fideliter.

 

L’évocation des parcours respectifs des deux interlocuteurs n’est pas la partie la moins intéressante de ce livre, notamment du traumatisme suscité  par les événements de mai 68 et par la crise de civilisation que ces événements ont symbolisé.

 

Le journalistique n’a pas hésité à poser à l’abbé toutes les questions et objections qui sont celles du grand public Qui sont les traditionalistes ? D’où viennent-ils ? Que veulent-ils ?

 

On  découvre des jugements sur l’Eglise de Pie XII, sur le concile Vatican II, sur la façon d’aborder ce concile et de le considérer, notamment en rapport avec le discours de Benoît XVI du 2 décembre 2006, sur l’avenir de l’Eglise, la personnalité de Mgr Lefebvre, sur les rapports avec Rome, sur la personnalité du pape Benoît XVI, sur les évêques de France, sur  la place de la Fraternité Saint-Pie X dans l’Eglise, sur la question de la messe en latin et de l’évolution de la liturgie, sur la récente fondation de l’institut du Bon Pasteur et sur les diverses solutions envisageables pour une réconciliation entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X.

 

« Un jour, affirme l’abbé Celier, la réconciliation se fera, et nous serons tous réunis dans une Eglise qui aura pleinement retrouvé sa splendeur apostolique et missionnaire enracinée dans sa tradition. Je crois sincèrement que ce jour est moins éloigné qu’il ne paraît. Tel est mon espérance. »

 

Toutefois, si une réintégration des traditionalistes dans l’Eglise et une levée des excommunications paraissent souhaitables, si l’on peut admettre la messe en latin, souhaiter la réhabilitation du chant grégorien et plus de beauté dans les célébrations liturgiques,  la lecture de ce livre suscite bien  des interrogations, voire des inquiétudes quant aux conditions que les traditionalistes pourraient poser et à leurs « arrière-pensées » : suspicion envers le concile Vatican II, qualifié de « concile essentiellement pastoral et non doctrinal », refus de la collégialité épiscopale et de l’oecuménisme, restriction du dialogue interreligieux, contestation de la notion de « liberté religieuse » et retour à la notion préconciliaire de « tolérance », rétablissement de la prière du Vendredi Saint pour les « Juifs perfides » et critique de certaines démarches hautement symboliques de Jean-Paul II comme la prière interreligieuse pour la paix à Assise, la visite à la synagogue de Rome, la demande de pardon pour les souffrances infligées au  peuple juif au mur des Lamentations à Jérusalem et tout ce qui, de près ou de loin s’apparente à une démarche de purification de la mémoire de l’Eglise.

 

Reste que « ce dialogue parfois brutal, sans concession ni langue de bois » a au moins le mérite de nous renseigner enfin  sur les positions réelles de la mouvance traditionaliste.

 

 

Olivier Pichon et l’abbé Grégoire Celier : Benoît XVI et les traditionalistes, aux éditions Entrelacs, 249 pages, 15 euros.

 

 

Par Robin Guilloux
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 17:49
Un livre de l'Historien Michel Jacquet, La rose plébénne, 1848, les écrivains dans la Révolution (éditions La Bruyère) évoque un des aspects spécifiques de cette Révolution : l'engagement des écrivains et des intellectuels.


Elle n’a duré que 4 mois (du 22 février au 26 juin 1848), cette  seconde République issue de la Révolution de février mais elle a durablement influencé le paysage politique français en abolissant l’esclavage, en instaurant le droit au travail, le suffrage universel, en adoptant le drapeau bleu blanc rouge et en mettant définitivement fin à la monarchie en France.


La Révolution de 48 s’est produite dans un contexte très différent de celui de sa sœur aînée, la « Grande Révolution » de 89: celui d’une société en pleine mutation avec la naissance de la « classe ouvrière » et le début de la révolution industrielle. 1848, c’est l’éclosion de la « rose plébéienne". Une nouvelle classe sociale fait son entrée sur la scène de l’Histoire: le prolétariat.

Les philosophes et les écrivains des Lumières (Voltaire, Rousseau, les Encyclopédistes…) avait préparé la Révolution de 89, mais n’y avaient pas participé. Avec la Révolution de 48, on assiste à un phénomène nouveau: l’engagement direct des intellectuels dans l’histoire: Lamartine, Victor Hugo, Lamennais, Tocqueville, Baudelaire, George Sand, Leconte de Lisle, Renan, Louis Ménard… y participent, chacun à sa manière: mystique, objective, passionnée, brouillonne ou distante. En quête d’un peuple idéalisé et insaisissable,  tous courtisent, sans prendre garde à ses épines, la « rose plébéienne ».

Les acteurs de cette grande pièce historique qui se terminera en tragédie avec le répression sanglante du général Cavaignac au mois de juin, c‘est d‘abord  le grand laissé pour compte de la révolution industrielle, le Peuple. Le Peuple qui réclame le droit au travail, celui de participer pleinement à la vie politique de la nation et de profiter des richesses qu’il a contribué à produire…

Ce sont aussi les nombreux partisans de Louis Napoléon Bonaparte (le futur Napoléon III), l’héritier clandestin de « l’usurpateur », un homme bien plus intelligent qu’on ne le dit souvent, dont les agents omniprésents préparent en sous-main la prise de pouvoir…


Ce sont enfin les intellectuels qui investissent largement, et pour la première fois, la scène politique: Lamartine, tout d’abord, officiellement Ministre des Affaires étrangères est à la tête du gouvernement provisoire. Il croit aux idées et à la force du discours pour concilier les points de vue divergents. Son maître mot est le mot « harmonie » (le titre d’une de ses œuvres poétiques). Cet homme idéaliste et intègre s’est mépris sur les intentions populaires. Débordé sur sa gauche, par des gens comme Blanqui ou Ledru-Rollin, il obtiendra le maintien du drapeau bleu blanc rouge par la vertu  de son célèbre discours devant l’Hôtel de Ville de Paris, mais sera bientôt relégué au rang de rêveur et perdra les élections présidentielles. Louis-Napoléon Bonaparte sera élu avec 74,2% des voix.

Partisan de l’ordre et de la propriété, propagateur de la légende napoléonienne, Victor Hugo est un légitimiste partisan de la  régence de la duchesse d’Orléans. Il dénonce la « République des bras croisés » (allusion des ateliers nationaux qu’il réprouvait), voit sa maison de la place des Vosges envahie et saccagée par le peuple et court derrière un train qui est parti sans lui. Ce n’est qu’en 1851, après le coup d’Etat de Louis- Napoléon Bonaparte, qu’il deviendra la grande figure républicaine que l’on connaît.

Michelet, effrayé, se garde bien de participer et continue d’écrire son histoire de la Révolution de 89, tandis que celle de 48 se déroule sous ses fenêtres. Il n’est pas loin de penser, comme Gustave Flaubert, que la Révolution de 48 n’est qu’ « une imitation de celle de 89, jouée par de mauvais acteurs ».       

Charles Baudelaire profite quant à lui des événements pour régler ses problèmes personnels avec son beau-père et monte sur les barricades en criant: « Il faut tuer le général Aupic! »


Le témoignage le plus « distancié » et le plus critique est celui de Gustave Flaubert, dans l’Education sentimentale. A travers les descriptions sarcastiques des journées d’émeute et des soirées dans les clubs, se fait jour une vision désabusée d’une Histoire shakespearienne, « pleine de bruit et de fureur » et qui ne signifie rien.

Selon, Michel Jacquet, George Sand préfigure la « gauche caviar » et  incarne le côté loufoque, versatile et velléitaire de cette révolution avortée. Après avoir versé dans l’extrêmisme et critiqué méchamment Lamartine qu’elle avait d’abord soutenu, elle s’éloigne de Paris et adopte une vision hautaine des événements après avoir jeté de l’huile sur le feu. Elle sera effondrée quand elle verra le peuple de province aider le général Cavaignac à étouffer celui de Paris  lors de la répression du 26 juin (1 000 morts  dans la troupe, de  5 000 à 15 000 insurgés tués ou déportés). Piqué au vif par la verve iconoclaste et volontiers provocatrice du conférencier, Georges Buisson, se fondant sur une lecture approfondie des Bulletins de la République auxquels collabora George Sand, défendra avec une belle vigueur, au cours du débat qui suivra, la mémoire intellectuelle et politique de « la bonne dame de Nohan ».


Contrairement à la Révolution de 89, foncièrement anti-religieuse, celle de 48 se réfère constamment au christianisme et à sa mystique. Des prêtres comme Lamennais  s’engagent dans le combat social en se réclamant du « prolétaire de Nazareth ». Certains y perdirent la vie en tentant de s’interposer entre la troupe et les émeutiers.


C’est peut-être Alexis de Tocqueville, dans ses Souvenirs, qui nous fournit sur cette période le témoignage le plus intéressant et le plus objectif: Aristocrate de naissance, Tocqueville appréhende le pouvoir de la rue, mais pense que la démocratie est inévitable et se prononce en faveur d’un système parlementaire.


Après l’exposé de Michel Jacquet, Albert Poignard créa une émotion perceptible en  illustrant les sentiments du peuple de Paris et des campagnes avec Le Chant des Paysans de Pierre Dupont et Les Morts de Juin de Charles Gilles, chansonnier des guinguettes ouvrières mort dans la misère.

Michel Jacquet fait partie de ces historiens qui savent raconter l’Histoire et la rendre vivante. Ressuscitant avec brio cette période foisonnante, il a réussi à plonger pendant près d’une heure et demi un public complètement captivé dans la passionnante effervescence des événements et des acteurs.

Le thème de cette conférence est celui d’un ouvrage de Michel Jacquet : La Rose plébéienne -1848: les écrivains dans la Révolution (Editions La Bruyère)


Docteur ès Lettres, Michel Jacquet est enseignant à Bourges. Il est également l’auteur d’ Une Occupation très romanesque, paru également aux Editions La Bruyère.



Par Robin Guilloux
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