Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 18:02

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"Nous nous étions, Marc et moi, jetés sur la peinture, mais la peinture seule ne nous suffisait pas. Ensuite j'eus l'idée d'un livre synthétique qui effacerait les vues courtes et périmées, ferait tomber les murs entre les arts... et démontrerait finalement que la question de l'art n'est pas une question de forme, mais de contenu artistique." (Wassily Kandinsky)

 

 

Wassily Kandinsky, Franz Marc, L'Almanach du Blaue Reiter, Le Cavalier bleu, Paris, 1981, Klincksieck, l'Esprit des Formes, présentation et notes de Klaus Lankheit, traduction de l'allemand par E. Dickenherr, Ch. Payen, A. Pernet. P. Sers, C. Heim, N. Kociak, P. Volboudt.

 

Titre de l'édition allemande : Der Blaue Reiter, Herausgegeben von Wassily Kandisky und Franz Marc, Dokumentarische Neuausgabe von Klaus Lankheit, R. Piper & Co Verlag München Zürich

 

Der Blaue Reiter (le cavalier bleu) est un groupe d'artistes d’inspiration expressionniste, qui s'est formé à Munich. Ce groupe organise deux expositions (en 1911 et en 1912) et publie un almanach en 1912. Ses acteurs principaux sont Wassily Kandinsky, Franz Marc et August Macke. D'autres artistes comme Gabriele Münter, Heinrich Campendonk, David Burljuk, Alexej von Jawlensky, Paul Klee y ont également participé.


Ce groupe est, de peu, postérieur à l'autre grand groupe expressionniste allemand, né à Dresde en 1905 : Die Brücke (le pont).

 

"En juin 1911, Kandinsky écrivait à Franz Marc : "J'ai un nouveau projet. Une sorte d'almanach avec des reproductions et des articles... et une chronique. Un lien avec le passé ainsi qu'une lueur éclairant l'avenir doivent faire vivre ce miroir... Nous mettrons une oeuvre égyptienne à côté d'un petit Zeh (nom de deux enfants doués pour le dessin), une oeuvre chinoise à côté d'un Douanier Rousseau, un dessin populaire à côté d'un Picasso et ainsi de suite. Peu à peu nous attirerons des écrivains et des musiciens."

 

Publié à Munich en 1912, peu après que se soit tenue à la Galerie Tannhauser l'Exposition du Blaue Reiter, l'Almanach est le plus stimulant exemple du renouveau des formes esthétiques dans le domaine des arts, de la littérature, de la musique, de la scénographie, à la veille du premier conflit mondial, au moment où toutes les formes de la création s'engagent vers une remise en question dont dépendra toute la vie artistique de notre temps.

 

Illustrés de près de 150 reproductions où sont confrontées des oeuvres de domaines et d'époques les plus différentes, les textes de Kandinsky, de Marc et de leurs amis (Macke, Bourliouk, Schoenberg, Allard, Sabaneev, etc.) constituent, comme ils le souhaitaient, les signes de "la nouvelle renaissance intérieure", les signes d'une "nouvelle époque spirituelle".

 

Grâce à cet ouvrage "prophétique", ainsi que le dit Klaus Lankheit que sa connaissance de l'histoire du Blaue Reiter qualifiait mieux que quiconque pour en être le présentateur, "cette aspiration à une synthèse de la culture, la vieille idée eu Romantisme allemand - l'oeuvre d'art totale - était entrée dans une phase nouvelle de sa réalisation.

 

Cette traduction de l'Almanach du Blaue Reiter reproduit fidèlement tous les artistes et illustrations de l'original munichois. L'édition française a remis à jour notices biographiques et bibliographiques.

 

 



200px-Franz Marc 003                                                             Franz Marc Le cheval bleu

 

 

Extrait de la préface de Klaus Lankheit :

 

"Nous nous étions, Marc et moi, jetés sur la peinture, mais la peinture seule ne nous suffisait pas. Ensuite j'eus l'idée d'un livre synthétique qui effacerait les vues courtes et périmées, ferait tomber les murs entre les arts... et démontrerait finalement que la question de l'art n'est pas une question de forme, mais de contenu artistique." (Wassily Kandinsky)

 

Les conséquences qui en découlaient pour l'art furent tirées avec beaucoup de clarté. C'est Franz Marc qui, en se référant d'abord au Greco et à Cézanne, trouva la formulation poétique pour désigner la tâche de l'artiste contemporain, formulation devenue à juste titre célèbre : "la construction mystique intérieure", qui est le plus grand problème de la génération actuelle (p.78).

 

Dans son essai sur le cubisme, Roger Allard utilisait l'expression : "dématérialiser l'image du monde" (p. 142), August Macke définissait la forme comme "symbole, car elle est l'expression de forces mystérieuses" (p. 112). Quant à Kandisky, il avait déjà cité dans son Traité le "mot prophétique de Goethe" (Conversations avec Goethe), qui peut être considéré comme le leitmotiv de toutes leurs tentatives communes : "Goethe disait en 1807 : "Il manque à la peinture depuis longtemps la connaissance de la basse continue, d'une théorie fondée et reconnue, telle qu'elle existe dans la musique (p. 147)

 

L'essai le plus important de l'Almanach concernait surtout ces aspects de la question de la forme (p.192). Grohmann a dit que c'était "la contribution la plus mûre de Kandinsky à la théorie de l'art". L'artiste y propage le principe de la nécessité intérieure, qu'il a considéré, sa vie durant, comme le point essentiel de ses convictions. Il admet une liberté illimitée dans le choix des moyens d'expression et permet à l'art d'osciller entre "la grande abstraction et le grand réalisme (p.215).

 

Ce principe justifie aussi la diversité - déconcertante de prime abord - des illustrations du volume.

 

Dans une annonce jointe au traité de Kandinsky (Du spirituel dans l'art), il est hautement proclamé que "la publication sera le lieu de rendez-vous de toutes les tentatives qui se font puissamment sentir de nos jours dans tous les domaines de l'art, et dont la tendance profonde est d'étendre les limites antérieures des moyens d'expression artistique."

 

 

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                                          Illustration  de Wassily Kandinsky, Du spirituel dans l'Art

 

 

Note sur Wassily Kandinsky :

 

Les peintures de la période du cavalier bleu (1911-1914) comportent de grandes masses colorées très expressives évoluant indépendamment des formes et des lignes qui ne servent plus à les délimiter ou à les mettre en valeur, mais se combinent avec elles, se superposent et se chevauchent de façon très libre pour former des toiles d’une force extraordinaire.

 

La musique a eu une grande influence sur la naissance de l’art abstrait, étant abstraite par nature et ne cherchant pas à représenter vainement le monde extérieur mais simplement à exprimer de façon immédiate des sentiments intérieurs à l’âme humaine. Kandinsky utilise parfois des termes musicaux pour désigner ses œuvres : il appelle beaucoup de ses peintures les plus spontanées des improvisations, tandis qu’il nomme compositions quelques unes parmi les plus élaborées et les plus longuement travaillées, un terme qui résonne en lui comme une prière

 

Son premier grand ouvrage théorique sur l’art, intitulé Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier, paraît fin 1911. Il expose dans ce court traité sa vision personnelle de l’art dont la véritable mission est d’ordre spirituel, ainsi que sa théorie de l’effet psychologique des couleurs sur l’âme humaine et leur sonorité intérieure. L’Almanach du Cavalier Bleu est publié peu de temps après. Ces écrits de Kandinsky servent à la fois de défense et de promotion de l’art abstrait, ainsi que de démonstration que toute forme d’art authentique était également capable d’atteindre une certaine profondeur spirituelle. Il pense que la couleur peut être utilisée dans la peinture comme une réalité autonome et indépendante de la description visuelle d’un objet ou d’une autre forme. 

 

 

Kandinsky_Fugue_1914.jpg                                                                      Wassili Kandinsky, Fugue (1914)

Note à propos de la musique dans L'almanach du Bleue Reiter :

 

"Ce qui ressort de la lecture de l'Almanach, c'est l'absence de toute division traditionnelle entre les différentes techniques artistiques : on y trouve à la fois une homogénéité de pensée, une commune croyance en la vie intérieure de l'artiste, dans la forme comme extériorisation de l'intuition créatrice du peintre ou du musicien, dans les liens qui unissent les arts nouveaux aux arts anciens, les arts européens aux arts africains ou asiatiques, savants ou populaires, liens situés au tréfonds de l'homme, en ce qu'il a de plus archétypal.

 

L'Almanach comprend un ensemble d'articles d'esthétique générale qui soulignent la volonté de leurs auteurs, de ne pas enfermer leur pensée dans un système immuable, mais de se révéler capables d'étendre et ramifier leur champ d'action autant que possible. La notion de vibration, de résonance intérieure, seule capable d'instaurer un authentique vocabulaire de correspondances entre couleurs, sons et mots, apparaît comme un thème qui sous-tend l'Almanach tout entier.

 

La pensée musicale a incontestablement constitué une source de réflexion privilégiée pour des artistes comme Kandinsky, Kupka ou Delaunay, qui ont précisément recherché les structures d'organisation de l'espace plastique, susceptibles de s'éloigner, voire d'échapper aux lois de la représentation. L'avènement de l'art abstrait coïncide assez justement avec un intérêt accru pour les formes musicales. C'est en ce sens que Kandinsky déclarait la musique supérieure à la peinture en ce qu'elle n'avait pas besoin de créer des « images » pour générer des sensations, des émotions, affirmant ainsi que c'est en cela que notre oreille est bien supérieure à notre œil. De nombreux artistes et musiciens ont participé à sa réalisation, notamment Scriabine, dont les recherches sur la conjonction des arts du temps (musique) et de l'espace (peinture) génère une longue lignée, qui se poursuit encore de nos jours, de créateurs dont les recherches portent sur la notion de synesthésie (association entre les couleurs et les sons). Cet almanach regroupe articles et chroniques d’art rédigées uniquement par des artistes. Schoenberg y donne un article, sa partition de Herzgewächse op.20 et deux reproductions de ses tableaux."

 

 

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Autoportrait d'Arnold Schoenberg - Arnold Schoenberg est un compositeur, peintre et théoricien autrichien né le 13 septembre 1874 à Vienne, et mort le 13 juillet 1951 à Los Angeles (États-Unis). Son influence sur la musique du XXème siècle a été considérable.

 


 

La relation (de la musique) avec le texte, par Arnold Schoenberg (p.119)

 

"Il y a relativement peu de gens qui soient à même de comprendre au sens purement musical ce que la musique a à dire. l'hypothèse selon laquelle une pièce musicale doit susciter des représentations, quelles qu'elles soient, faute de quoi cette pièce n'a pas été comprise ou ne vaut rien, cette hypothèse est aussi répandue que seuls peuvent l'être l'erreur et la banalité. On ne demande rien de tel à aucun autre art, mais on se contente des effets que produisent leurs matériaux, si ce n'est que la matière des autres arts, l'objet qu'ils représentent, prévient de lui-même la compréhension bornée des intelligences médiocres. Puisqu'il manque à la musique comme telle une matière qui soit immédiatempent identifiable, les uns cherchent derrière les effets qu'elle produit une beauté purement formelle, les autres des événements d'ordre poétique.

 

Même Schopenhauer, qui énonce une idée réellement fondamentale au sujet de la musique lorsqu'il dit tout d'abord en termes admirables : "Le compositeur révèle l'essence la plus intime du monde et témoigne de la sagesse la plus profonde, dans un langage que sa raison ne comprend pas ; tout comme un somnanbule trouve dans son sommeil magnétique la clef de certaines choses, dont, éveillé, il n'a aucune notion", s'égare lorsqu'il tente de traduire avec des concepts qui sont les nôtres les particularités de ce langage que la raison ne comprend pas. Il voit très bien, pourtant, que cette traduction en termes de concepts, d'un langage humain qui est abstraction, réduction au connaissable, laisse perdre l'essentiel, à savoir le langage du monde qui doit, peut-être, rester incompréhensible et seulement accessible au sentiment. Sa démarche demeure toutefois légitime, car son ambition est bien de représenter, comme philosophe, l'essence du monde et sa richesse infinie au moyen de concepts, c'est-à-dire d'instruments dont on a beau jeu de dénoncer la pauvreté. Et Wagner aussi, lorsqu'il se proposé de donner à l'individu moyen une notion médiate de ce qu'il avait contemplé immédiatement comme musicien, eut raison d'attribuer des programmes aux Symphonies de Beethoven.

 

Une telle façon d'agir apparaît néfaste lorsqu'elle devient la règle générale. Son sens s'inverse alors complètement : on cherche à reconnaître dans la musique des événements et des sentiments, comme s'ils devaient s'y trouver en fait. Alors que ce qui se passe chez Wagner, c'est que l'expression de l'essence du monde inculquée par la musique devient chez lui productive et l'incite à imiter ce modèle avec le matériau d'un autre art. Or, les événements et les sentiments qui existent dans ce poème n'étaient pas contenus dans la musique : ils ne sont qu'un matériau de construction dont le poème ne se sert que parce que la poésie, encore trop attachée à la matière, n'a pas le pouvoir de s'épancher de façon aussi immédiate, aussi pure et aussi limpide..."

 

 

 



Par Robin Guilloux
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 12:24

Monsieur le Ministre,

 

Par lettre de votre chef de cabinet adressée à Jean-Pierre Demailly, membre de l’Académie de sciences et président du Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes (GRIP), nous avons appris que la subvention accordée depuis  2005 à notre association porteuse de l’expérimentation SLECC, déjà réduite de deux-tiers l’an dernier, était supprimée.


Seule raison alléguée : « un contexte budgétaire restreint ».


Cette décision appelle de notre part deux remarques que nous estimons devoir rendre publiques parce qu’elles touchent à l’avenir de l’École.


La première vise l’erreur de gestion que vous commettez. Dans une nation organisée, quelle que soit la rigueur des temps, la dépense, en effet, ne se mesure pas en termes étroitement comptables mais en fonction de sa rentabilité.


De ce point de vue, les subventions consenties par vos prédécesseurs, François Fillon, Gilles de Robien et Xavier Darcos, à l’expérimentation SLECC ont produit des gains difficilement contestables. Il suffit de consulter les résultats des classes concernées aux évaluations nationales pour s’en convaincre. Qui plus est, s’appuyant sur la pratique des enseignants SLECC, le GRIP a pris l’initiative, afin d’étendre le bénéfice de l’expérience, de publier des manuels de classe (lecture, calcul, grammaire, observation) qui rencontrent dans la profession un intérêt croissant (1) et ont amené le CNES à solliciter les professeurs des écoles du GRIP pour une mission de formation, malheureusement différée, des instituteurs haïtiens.


C’est cette expérimentation en plein développement, si utile pour le redressement de l’école primaire et le rayonnement international de la pédagogie française que vous condamnez à péricliter pour économiser la somme exorbitante de 13 500 euros.


Au sein de votre ministère, pourtant, des dépenses moins productives, d’un tout autre ordre de grandeur, et dans lesquelles vous auriez pu trancher, ne semblent pas avoir été soumises, comme le notait récemment la Cour des comptes, à la même rigueur budgétaire (2).


Faut-il comprendre — ce sera notre deuxième remarque — que la réduction de l’échec à l’école primaire est passée, en dépit de tous les discours, au second plan de vos préoccupations ?


Cet objectif, auquel les membres du GRIP se sont entièrement consacrés, demeure pourtant la priorité des priorités.


L’INSEE vient de publier une étude des plus préoccupantes sur les élèves en difficulté de compréhension à l’issue du CM2 et leur parcours ultérieur. En voici le résumé : « Depuis dix ans, leur proportion a augmenté. Le phénomène concerne maintenant un élève sur cinq et il augmente particulièrement dans les collèges en zones d'éducation prioritaire (ZEP).  À l'entrée en sixième, le pourcentage d'élèves en difficulté de lecture dans le secteur de l'éducation prioritaire est passé de 20,9% en 1997 à 31,3% en 2007. »


Conséquence : « En fin de collège, dans les collèges de ZEP, la proportion d'élèves dans les niveaux de performances les plus faibles est passée de 24,9% en 2003 à 32,6% en 2009". Et les difficultés des élèves les plus faibles s'aggravent. » (3) 

 

Est-ce vraiment le moment de couper les vivres à une association qui, parmi d’autres, œuvre avec efficacité et de manière désintéressée à la réduction de cet échec ? En lecture, mais aussi en calcul, et du point de vue de la formation intellectuelle générale. 


Assurer au primaire, de la maternelle au CM2, l’acquisition par tous et chacun des bases culturelles indispensables à la poursuite d’études, c’est le seul moyen, Monsieur le Ministre, d’éviter la mise en place de tardives et vaines remédiations, et de ne pas faire du collège le chaudron des déceptions et des violences.


 C’est d’autant plus urgent que des voix s’élèvent pour suggérer le renoncement. Ainsi la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), qu’on a connue mieux inspirée, recommande une éducation spéciale, à programmes réduits (4), pour les enfants des quartiers défavorisés, programmes inférieurs en contenus à ceux consécutifs à la loi Falloux de 1850.


Le GRIP, au contraire, inscrit son action, avec l’expérimentation SLECC, dans la continuité avec le projet des fondateurs républicains de l’Instruction publique.


Ce projet, il convient d’en rappeler les termes :


 « L'instruction primaire, telle que la définit la loi du 28 mars 1882, n'est plus cet enseignement rudimentaire de la lecture, de l'écriture et du calcul que la charité des classes privilégiées offrait aux classes déshéritées : c'est une instruction nationale embrassant l'ensemble des connaissances humaines, l'éducation tout entière, physique, morale et intellectuelle ; c'est la large base sur laquelle reposera désormais l'édifice tout entier de la culture humaine. » (Ferdinand Buisson, 1887)


Fournir aux éducateurs de ce pays, après les avoir expérimentés et confrontés au jugement des enseignants, les instruments de travail utiles pour avancer, avec d’autres, dans cette voie, la seule digne d’un pays moderne, c’est le but que le GRIP s’est fixé.

 

La suppression de la subvention plus que modique qui lui était accordée n’est pas une mesure d’économie. Elle ne peut être interprétée que comme un signe de plus d’une politique régressive en matière d’instruction.


Il ne tient qu’à vous, Monsieur le Ministre, de démentir ce signe et de rétablir cette subvention, voire d’oser la relever à son niveau de 2009.

 

 

Le Groupe de Réflexion Interdisciplinaire sur les Programmes.

01-01-2012

 

(1) http://www.slecc.fr/

(2) http://www.vousnousils.fr/2011/11/07/hausse-de-41-en-4-an...

(3) http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/FPORSOC11l_D1_Ele...

(4) http://www.fondapol.org/etude/12-idees-pour-2012-3/

 

08:18 Lien permanent | Commentaires (6) |

Par Robin Guilloux
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 18:12

 

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« J'ai essayé de passer ma vie à comprendre pourquoi la haute culture n'a pas pu enrayer la barbarie. » (Ce qui me hante

 

« J'ai eu de la chance avec mes professeurs. Ils m'ont laissé persuadé que, sous sa forme la plus haute, la relation de maître à élève est une allégorie en acte de l'amour désintéressé. » (Errata. Récit d'une pensée)

 

 

George Steiner, Réelles présences, Les arts du sens, NRF Essais, Gallimard, 1991, traduit de l'anglais par Michel R. de Pauw, titre original : Is there anything in what we say ?

 

 

"Baudelaire, dans les Notes nouvelles sur Edgar Poe, présentant, paraphrasant même, un passage du Poetic Principle de Poe, passage lui-même en écho direct du Phédon de Platon, écrit : "C'est cet admirable, cet immortel instinct du beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du ciel. La soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité. C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau ; et quand un poème exquis amène les larmes au bord des yeux, ces larmes ne sont pas la preuve d'un excès de jouissance, elles sont bien plutôt le témoignage d'une mélancolie irritée, d'une postulation des nerfs, d'une nature exilée dans l'imparfait et qui voudrait s'emparer immédiatement, sur cette terre même, d'un paradis révélé."

 

Sommes-nous, aujourd'hui, à même de lire ce passage ? demande George Steiner dans l'avant-propos à l'édition française de ce livre.

 

 

 

 

"Sommes-nous, aujourd'hui, encore capables de jouir d'une oeuvre ? savons-nous encore lire un texte, voir un tableau, écouter une sonate ?

 

La question est d'importance. Nous vivons à l'ère moderne - celle qu'inaugurèrent Rimbaud et Mallarmé. Tous deux prophétisèrent la fin d'un monde, celui - classique - où le mot désignait la chose. Depuis lors, on s'est acharné à théoriser la fin du discours, l'arbitraire du signe, le texte autoréférent, l'autonomie de la structure, la mort de Dieu d'abord, de l'homme ensuite. Même les compositeurs ont proclamé la mort de la musique, et les artistes la fin de l'Art...

 

De tout cela il nous reste un lourd héritage : nous vivons, en effet, à l'époque que George Steiner appelle l'ère de l'Epilogue. C'est l'ère où le monde n'a plus de sens, où le sens d'une oeuvre, quelle qu'elle soit, n'est plus la raison d'être de notre lecture, mais où, au contraire, chacune de nos lectures accorde une raison d'être à l'oeuvre.

 

les intentions du créateur n'importent plus, seul compterait ce qu'arbitrairement nous mettrions dans l'oeuvre que nous déconstruirions.

 

Face à cette mode de l'indécidable, de l'interchangeabilité du sens, George Steiner, nourrissant ses réflexions d'exemples puisés dans la littérature, la musique et la peinture, nous convie à parier à nouveau sur le sens, et même sur le scandale radieux de la transcendance : il y a bien un accord et une correspondance entre le mot et le monde, entre, d'une part, les structures de la parole et de l'écoute humaines et, d'autre part, les structures toujours voilées par un excès de lumière, de l'oeuvre. C'est grâce à ce pari que nous pourrons jouir de l'oeuvre et comprendre sa nécessité."

 

 

"Il est une journée bien paticulière de l'Histoire occidentale dont ni l'Histoire ni le mythe ni les Ecritures ne parlent. Il s'agit du samedi. Et ce samedi est devenu le plus long des jours. Nous connaissons le vendredi qui est, pour les chrétiens, le jour de la Crucifixion. Mais le non-chrétien, l'athée, le connaît aussi. C'est-à-dire qu'il connaît l'injustice, la souffrance interminable, la destruction, l'énigme brute de la fin, qui constituent si clairement non seulement la dimension historique de la condition humaine, mais aussi le tissu quotidien de notre vie individuelle. Nous connaissons aussi le dimanche. Pour le chrétien, ce jour signifie une suggestion, à la fois assurée et précaire, à la fois évidente et dépassant la compréhension, de la résurrection, d'une justice et d'un amour qui ont vaincu la mort. Si nous ne sommes pas chrétiens ou croyants, nous connaissons ce dimanche de manière analogue. Nous le concevons comme étant le jour de la libération de l'inhumanité et de la servitude. Nous cherchons une délivrance, qu'elle soit thérapeutique ou politique, qu'elle soit sociale ou messianique. L'élément essentiel de ce dimanche, c'est l'espoir (il n'est pas de mot moins susceptible de déconstruction).

 

Mais notre époque est celle du long samedi. Entre la souffrance, la solitude, l'inexprimable destruction d'une part et le rêve de libération, de renaissance de l'autre. devant la torture d'un enfant, de la mort de l'amour que représente le vendredi, même les plus grandes formes d'art et de poésie sont presque sans ressources. Dans l'utopie du dimanche l'esthétique, je présume, n'aura plus de raisons d'être. Les appréhensions et les fulgurations qui sont en jeu dans l'imagination métaphysique, dans le poème, dans la composition musicale, qui parlent de la douleur et de l'espoir, de la chair qui a le goût de la cendre et de l'esprit qui a la saveur du feu, sont toujours oeuvres du samedi. Elles ont surgi d'une immensité de l'attente qui caractérise l'homme. Sans elles, comment pourrions-nous patienter ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Francis George Steiner est un écrivain anglo-franco-américain, né à Paris le 23 avril 1929. Spécialiste de littérature comparée et de théorie de la traduction, il est plus connu du grand public comme essayiste, critique littéraire et philosophe. Il écrit généralement en anglais mais a aussi publié quelques œuvres en français.

 

 

Pour chaque œuvre, la première date mentionnée est celle de première publication en français. En cas de traduction (presque toutes les œuvres de George Steiner ont d'abord paru en anglais), la seconde date (entre parenthèses) est la date de première publication dans la langue originale.

Essais
  • Tolstoï ou Dostoïevski, Seuil, 1963
    (titre original : Tolstoy or Dostoevsky: An Essay in Contrast, 1960)
  • La Mort de la tragédie, 1965
    (titre original : The Death of Tragedy, 1961)
  • Anno Domini, Seuil, 1966
    Également paru en édition de poche : Folio n° 2344
    (titre original : Anno Domini: Three Stories, 1964)
  • Langage et silence, Seuil, 1969
    (titre original : Language and Silence: Essays 1958-1966, 1967)
  • Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, Albin Michel, 1978
    (titre original : After Babel: Aspect of Language and Translation, 1975)
    NB : Voir édition revue et corrigée en 1998
  • Le transport de A.H., Julliard/L'Âge d'Homme, 1981
    (titre original : The Portage to San Cristobal of A. H., 1981)
  • Martin Heidegger, Albin Michel, 1981
    Également paru en édition de poche : Champs, Flammarion
    (titre original : Heidegger, 1978)
  • Les Antigones, Gallimard, 1986
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 182
    (titre original : Antigones, 1984)
  • Dans le château de Barbe-bleue. Notes pour une redéfinition de la culture, Gallimard, 1986
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 42
    N.B. : Cet ouvrage a initialement paru en 1973 sous le titre La culture contre l'homme aux éd. du Seuil
    (titre original : In Bluebeard's Castle: Some Notes Towards the Redefinition of Culture, 1971)
  • Comment taire ?, Cavaliers Seuls, 1987
    (titre original : A Conversation Piece, 1985)
  • Le Sens du sens, Vrin, 1988
    (titre original : ?)
  • Réelles présences. Les arts du sens, Gallimard, 1991
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 255
    (titre original : Real Presences: Is There Anything in What We Say?, 1989)
  • La Mort de la tragédie, Gallimard, 1993
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 224
    (titre original : The Death of Tragedy, 1961)
  • Épreuves, Gallimard, 1993
    (titre original : ?)
  • Passions impunies, Gallimard, 1997
    Également paru en édition de poche : Folio Essais n° 385
    (titre original : No Passion Spent)
  • Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction, éd. revue et augmentée, Albin Michel, 1998
    (titre original : After Babel: Aspect of Language and Translation, 1998)
    N.B. : La première édition de cet ouvrage a paru en 1978 sous le même titre
  • Errata. Récit d'une pensée, NRF, Gallimard, 1998
    Également paru en édition de poche : Folio n° 3430
    (titre original : Errata: An Examined Life, 1997)
  • Grammaires de la création, Gallimard, 2001
    (titre original : Grammars of Creation, 2001)
  • Extraterritorialité. Essai sur la littérature et la révolution du langage, Calmann-Lévy, 2002
    (titre original : Extraterritorial: Papers on Literature and the Language Revolution, 1972)
  • Maîtres et disciples, NRF Essais, Gallimard, 2003
    (titre original : Lessons of the Masters, 2003)
  • Les Logocrates, L'Herne, 2003
    (titre original : ?)
  • Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée, Albin Michel, 2005
    (titre original : ?)
  • Une certaine idée de l'Europe, Actes Sud, 2005
    (titre original : The Idea of Europe, 2005)
  • Les Livres que je n'ai pas écrits, Gallimard, 2008
    (titre original : My Unwritten Books, 2008)
  • Ceux qui brûlent les livres, L'Herne, 2008
    (titre original : ?)
  • À cinq heures de l'après-midi, L'Herne, 2008
    (titre original : ?)
  • Lectures : Chroniques du New Yorker, Gallimard, coll. « Arcades », 2010
  • Poésie de la pensée, Gallimard, coll. « Essais », 2011
    (titre original : The Poetry of Thought)
Conférences et entretiens
  • George Steiner et Ramin Jahanbegloo, Entretiens, Le Félin, 1992
  • George Steiner et Pierre Boutang, Dialogues. Sur le mythe d'Antigone. Sur le sacrifice d'Abraham, Lattès, 1994
  • George Steiner et Antoine Spire, Barbarie de l'ignorance, Bord de l'Eau, 1998
  • George Steiner et Antoine Spire, Ce qui me hante, Bord de l'Eau, 1998
  • De la Bible à Kafka, Bayard, 2002
    Également paru en édition de poche : Pluriel
    (titre original : No Passion Spent: Essays 1978-1996,1996)
  • George Steiner et Cécile Ladjali, Éloge de la transmission. Le maître et l'élève, Albin Michel, 2003
  • George Steiner et Pierre Boutang, "Dialogue sur le Mal", animé par François L'Yvonnet, Cahier de l'Herne Steiner, L'Herne, 2003.
  • Nostalgie de l'absolu, 10/18, n° 3555, 2003
    (titre original : Nostalgia for the Absolute, CBC Massey Lectures series, 1974)
Roman
  • Le Transport d'AH, Julliard, 1981. Rééd. : LGF, 1991 (Le Livre de poche. Biblio, n° 3167). 4e de couverture : « Hitler ne s'est pas suicidé. Il vit, réfugié dans un recoin de l'Amazonie profonde. Un commando de juifs l'a retrouvé et se propose de le ramener à la civilisation pour le juger. Récit du voyage. »
Divers
  • Préface à la Bible hébraïque, Albin Michel, 2001
  • Au «New Yorker», Gallimard, 2010
    (titre original : George Steiner at The New Yorker, New Directions, 2008)
  • Platon, Le Banquet, préface de George Steiner, "La Nuit du Banquet" (entretien avec François L'Yvonnet), Les Belles Lettres, coll. Classiques en poche, 2010.

 

 

Par Robin Guilloux
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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 17:25

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Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 20:05

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Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 13:59

 

L'épochè : 220px-Sartre_and_de_Beauvoir_at_Balzac_Memorial.jpg

 

"Ce n'est pas dans je ne sais quelle retraite que nous nous découvrirons : c'est sur la route, dans la ville, au milieu de la foule, chose parmi les choses, homme parmi les hommes." (Jean-Paul Sartre, Situations I, NRF Gallimard, Janvier 1939)

 

Bibliothèque des textes philosophiques, directeur : Henri Gouhier, Introduction, notes et appendice par Sylvie Le Bon, Paris, Librairie philosophique Vrin, 1985

 

La thèse de La Transcendance de l’Ego est que l’Ego n’est pas un « habitant» de la conscience, un objet de la conscience. A cette première thèse énoncée au tout début de l’ouvrage vient s’ajouter une deuxième à la fin, selon laquelle la conscience transcendantale est une spontanéité impersonnelle.

 

Sartre part de la conscience et construit une philosophie de la conscience qui n'est pas une philosophie du sujet, à travers la distinction entre le moi psychique et le moi transcendantal qui n'est pas un moi "épistémologique", analogue à celui de Kant dans la Critique de la raison pure, mais conscience pure.

 

"Pour la plupart des philosophes, l'Ego est un "habitant" de la conscience. Certains affirment sa présence formelle au sein des "Erlebnisse" comme un principe vide d'unification (allusion à Kant). D'autres - psychologues pour la plupart - pensent découvrir sa présence matérielle, comme centre des désirs et des actes, dans chaque moment de notre vie psychique. Nous voudrions montrer ici que l'Ego n'est ni formellement ni matériellement dans la conscience : il est dehors, dans le monde ; c'est un être du monde, comme l'Ego d'autrui." (La transcendance de l'Ego, p. 13)

 

NB : "erlebnis" : expérience vécue, vécu intentionnel ; pour la signification de ce terme, Sartre, dans une note de L'imagination (p. 144), renvoie aux Ideen de Husserl et ajoute : "Erlebnis, terme intraduisible en français, vient du verbe erleben. "Etwas erleben" signifie "vivre quelque chose". Erlebnis aurait à peu près le sens de "vécu", au sens où le prennent les bergsoniens."

 

La méthode, comme l’indique le sous-titre, esquisse d’une description phénoménologique, est descriptive. Il s'agit de décrire une expérience de pensée dont le point de départ est la conscience, et plus précisément d'une conscience définie par l’intentionnalité.


Dans une première partie, Sartre, à travers la description phénoménologique analyse l’Ego dans sa double composante d’un Je et d’un Moi.


Dans la deuxième partie de son ouvrage, après en avoir fait la généalogie, il examine la constitution de l’Ego. 

 

"L'Essai sur la transcendance de l'Ego, publié pour la première fois dans les Recherches philosophiques de 1936 et jamais réédité, est la toute première oeuvre de Sartre. Les deux seules publications qui la précèdent, en effet, ne peuvent pas être considérées comme des recherches philosophiques à proprement parler.

 

L'une est un article sur la théorie réaliste du droit chez Duguit, paru en 1927 ; l'autre, La légende de la vérité (cf. Simone de Beauvoir, La force de l'âge, Gallimard, 1960, p. 49), où Sartre livrait ses idées sous la forme d'un conte, parut en 1931 dans la revue Bifur.

 

Avec cet Essai, Sartre inaugure donc le travail d'exploration qui aboutira à l'Etre et le Néant. La chronologie confirme d'ailleurs l'incontestable unité de ses préoccupations philosophiques de cette époque : on peut dire que toutes ses oeuvres d'alors ont été, sinon rédigées, du moins conçues, en même temps. L'Essai sur la transcendance de l'Ego fut écrit en 1934, en partie pendant le séjour que fit Sartre à Berlin afin d'étudier la phénoménologie de Husserl. En, 1935-1936, il écrivit à la fois L'Imagination et L'Imaginaire (publiés respectivement en 1936 et 1940), puis en 1937-1938, La Psyché, dont il avait déjà l'idée en 1934.

 

De La Psyché il séparera ce qui devient l'Esquisse d'une théorie phénoménologique des émotions,et qui fut publié en 1939. Rappelons enfin que l'Etre et le Néant prit immédiatement la suite et parut en 1943. Dans ce dernier ouvrage, il retenait explicitement ses conclusions de l'Essai sur la transcendance de l'Ego (cf. L'Etre et le Néant, pg. 147 et pg. 209), en complétant et approfondissant toutefois la réfutation du solipsisme, jugée insuffisante.

 

Sartre ne renierait cet essai de jeunesse que sur un seul point, lequel s'y trouve d'ailleurs fort peu développé : il s'agit de ce qui touche à la psychanalyse. Il a totalement révisé son ancienne conception - son refus - de l'inconscient et de la compréhension psychanalytique, et ne défendrait plus ses préventions passées en ce domaine.

 

Mais la théorie de la structure de la conscience elle-même, ainsi que l'idée fondamentale de l'Ego comme objet psychique transcendant sont toujours les siennes.

 

La meilleurs présentation de ce dense, quoique court essai a été faite par Simone de Beauvoir, et le mieux est de la rerpoduire ici. L'Essai sur la transcendance de l'ego, écrit-elle (Simone de Beauvoir, La force de l'âge, pp. 189-190), "décrivait, dans une perspective husserlienne, mais en opposition avec certaines des plus récentes théories de Husserl, le rapport du Moi avec la conscience ; entre la conscience et le psychique il établissait une distinction qu'il devait toujours maintenir ; alors que la conscience est une immédiate et évidente présence à soi, le psychique est un ensemble d'objets qui ne se saisissent que par une opération réflexive et qui, comme les objets de la perception, ne se donnent que par profils : la haine par exemple est un transcendant qu'on appréhende à travers des Erlebnisse (expériences) et dont l'existence est seulement probable. Mon Ego est lui-même un être du monde, tout comme l'Ego d'autrui.

 

Ainsi Sartre fondait-il une de ses croyances les plus anciennes et les plus têtues : il y a une autonomie de la conscience irréfléchie ; le rapport au moi qui, selon La Rochefoucauld et la tradition psychologique française, pervertirait nos mouvements les plus spontanés, n'apparaît qu'en certaines circonstances particulières.

 

Ce qui lui importait davantage encore, c'est que cette théorie, et elle seule, estimait-il permettait d'échapper au solipsisme, le psychique, l'Ego, existant pour autrui et pour moi de la même manière objective. En abolissant le solipsisme, on évitait les pièges de l'idéalisme, et Sartre dans sa conclusion insistait sur la portée (morale et politique) de sa thèse."

 

Plan de l'ouvrage :

 

I - Le Je et le Moi :


A) Théorie de la présence formelle du JE

B) Le Cogito comme conscience réflexive

C) Théorie de la présence matérielle du Moi

 

II - Constitution de l'Ego :

 

A) Les états comme unités transcendantes des consciences

B) Constitution des actions

C) Les qualités comme unités facultatives des états

D) Constitution de l'Ego comme pôle des actions, des états et des qualités

 

Conclusion

 

Appendices I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII (p.90 et suiv.), textes auquels se réfère l'auteur :

 

I) Husserl : première Méditation cartésienne. §11. Le moi psychologique et le moi transcendantal (distinction essentielle) ; la transcendance du monde

 

II) Sartre. L'Être et le Néant. Temporalité originelle et temporalité psychique : la réflexion.

 

III)  Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie, § 57. Le Moi pur est-il mis hors circuit ?

 

IV) Husserl. Quatrième Méditation cartésienne. §30. Les problèmes constitutifs de l'ego transcendantal.

 

V) Sartre. Situations I - Une idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl : l'intentionnalité, un texte particulièrement célèbre de Sartre (cf. ci-dessous)

 

VI) Sartre. L'Être et le Néant. Introduction. III - Le cogito préréflexif et l'être du percipere (percevoir)

 

VII) Sartre. Esquisse d'une théorie phénoménologique des émotions

 

VIII) Sartre. L'Etre et le Néant. L'existence d'autrui. III - Husserl, Hegel, Heidegger.


 

Notes personnelles : la distinction fondamentale que fait Sartre, reprise de Husserl entre moi psychologique et Ego transcendantal (même si Husserl a varié dans sa défintion de l'Ego) a une portée ethique et politique car c'est sur elle que repose toute la dialectique du "pour soi" et du "pour autrui" (cf. les analyses de l'Être et le Néant), la question du conditionné et de l'inconditionné (le Dasein est conditionné par une "situation"), mais il a en lui la capacité d'y échapper (à vrai dire, il "est" cette possibilité même), ce qui serait impossible si le sujet était purement psychologique ou gnoséologique, comme chez Kant.

 

Note : La position de Husserl n’est pas constante à propos du moi. Il a d’abord considéré dans les Recherches logiques que le moi était une production synthétique et transcendantale de la conscience, c’est-à-dire un objet de la conscience, pour revenir à la thèse classique d’un Je transcendantal, d' un moi à la base de la conscience, un « habitant de la conscience » comme dit Sartre.

 

Les hésitations de Husserl sont parfaitement compréhensibles et légitimes, car nous n'avons en réalité, aucun moyen de savoir s'il existe une "conscience pure" telle que la conçoit Jean-Paul Sartre ; celle-ci apparaît, comme le "Je transcendantal" de Kant ou le Cogito de Descartes, une nécessité liée à un système, sa "clé de voûte" en quelque sorte. De même que Kant "a besoin" du je transcendantal et des formes a priori de l'aperception (le temps et l'espace) pour expliquer comment l'entendement réalise l'unité du divers, de même Sartre a "besoin" de l'hypothèse d'une "conscience pure" pour fonder la liberté.

 

"Il faut accorder à Kant que "le je pense doit pouvoir accompagner toutes nos représentations" (Critique de la Raison pure, seconde éd., analytique transcendantale, L. 1, ch. 2, 2ème section, § 16 : "de l'unité originairement synthétique de l'aperception". Cf. également § 17-18 (Trad. Tremesaygues-Pacaud, pp. 110-118)... Mais faut-il en conclure qu'un Je, en fait habite tous nos états de conscience et opère réellement la synthèse suprême de notre expérience ? Il semble que ce serait forcer la pensée kantienne. Le problème de la critique étant un problème de droit, Kant n'affirme rien sur l'existence de fait du Je Pense. Il semble au contraire qu'il ait parfaitement vu qu'il y avait des moments de conscience sans "Je" puisqu'il dit : "doit pouvoir accompagner" ... "Kant ne s'est jamais préoccupé de la façon dont se constitue en fait la conscience empirique..." (cf. La transcendance de l'Ego, p. 14)

 

"Il est typique que Husserl, qui a étudié dans La conscience interne du temps cette unification subjective des consciences n'ait jamais eu recours à un pouvoir synthétique du je. C'est la conscience qui s'unifie elle-même et concrètement par un jeu d'intentionnalités "transversales" qui sont des rétentions concrètes et réelles des consciences passées." (p.22)... "La conception phénoménologique de la conscience rend le rôle unifiant et individualisant du Je totalement unitile. C'est la conscience au contraire qui rend possible l'unité et la personnalité de mon Je. Le Je transcendantal  n'a donc pas de raison d'être." (p. 23)

 

C'est sur la caractère intentionnel de la conscience, sur la "définition" de la conscience comme pure intentionnalité,  que repose la condition ontologique de la liberté et la possibilité de la révolte comme refus du "donné. Le second aspect de la dimension politique de la thèse de Sartre est le fait que l'Ego transcendantal n'est pas enfermé en soi, qu'il est "dehors, parmi les choses et parmi les autres", "c'est un être du monde comme l'ego d'autrui".. La conception sartrienne de la conscience permet d'échapper à l'écueil du solipsisme, tout en conciliant la liberté du sujet et la dimension collective de la révolte.

 

L'autre "preuve" de l'absurdité du solipsisme, à savoir le rôle indispensable de la structure ontologique d'autrui dans la constitution du "moi" sera évoqué dans l'Être et le Néant : pour échapper définitivement au solipsisme, il faut, comme Hegel en a eu l'intuition, me faire dépendre de l'Autre dans mon être (cf. l'Être et le Néant, p. 307 et suiv.). Mais la question fondamentale reste celle de la liberté et non du solipsisme car une fois le solipsisme réfuté, le regard d'autrui demeure pour moi un danger redoutable  : la dimension transcendantale de la conscience permet au sujet d'échapper à la "chosification" du moi sous le regard d'autrui.

 

Contribution à l'article de wikipedia  sur La transcendance de l'Ego, critique du concept d'inconscient :

 

Sartre ne fait pas directement allusion à Freud et à l'inconscient freudien, mais aux moralistes du XVIIème siècle et en particulier à La Rochefoucauld et à la théorie de "l'amour propre" selon laquelle l'amour, le souci de soi-même serait le mobile secret de toutes nos actions : "D'après eux l'amour de soi - et par conséquent le Moi - serait dissimulé dans tous les sentiments sous mille formes diverses. D'une façon très générale, le Moi, en fonction de cet amour qu'il se porte, désirerait pour lui-même (c'est Sartre qui souligne) tous les objets qu'il désire. La structure essentielle de chacun de mes actes serait un rappel à moi. Le "retour à moi" serait constitutif de toute conscience.


Sartre attribue à La Rochefoucauld l'invention de l'inconscient sans qu'il en ait inventé le terme. "pour lui l'amour-propre se dissimule sous les formes les plus diverses. Il faut le dépister avant de le saisir." : "L'amour-propre est l'amour de soi-même et de toutes choses pour soi ; il rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes, et les rendrait tyrans des autres si la fortune leur en donnait les moyens ; il ne se repose jamais hors de soi, et ne s'arrête dans les sujets étrangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre (...) (La Rochefoucauld, Maximes, Suppléments de 1693)


"Le Moi cherche donc à se procurer l'objet pour satisfaire son désir. Autrement dit, c'est le désir (ou si l'on préfère le Moi désirant) qui est donné comme fin et l'objet désiré qui est moyen." (La Transcendance de l'Ego, p. 39)


Sartre reproche aux "psychologues" de commettre ici une erreur en confondant la structure des actes réflexifs avec celle des actes irréfléchis.


Il donne l'exemple d'un homme qui porte secours à un ami en danger : je désire secourir cet ami, "J'ai pitié de Pierre et je lui porte secours. Pour ma conscience une seule chose existe à ce moment : Pierre-devant-être-secouru".


Les théoriciens de l'amour propre ne considèrent pas ce premier moment du désir comme un moment complet et autonome. Ils imaginent que je porte secours à Pierre pour faire cesser l'état désagréable où m'ont plongé ses souffrances. Mais le caractère désagréable de cet état et la volonté de le supprimer suppose un acte de réflexion. (p. 40)


Les théoriciens de l'amour propre supposent donc que le réfléchi est premier, originel et dissimulé dans l'inconscient, ce qui est contradictoire avec l'idée même d'inconscient.

 

Sartre en conclut que la conscience irréfléchie doit être considérée comme autonome "La réflexion empoisonne le désir... Avant d'être "empoisonnés", mes désirs ont été purs ; c'est le point de vue que j'ai pris sur eux qui les ont empoisonnés.

 

L'examen psychologique de la conscience "intramondaine" amène aux mêmes conclusions que l'étude phénoménologique : le moi ne doit pas être cherché dans les états de conscience irréfléchis ni derrière eux. "Le Moi n'apparaît qu'avec l'acte réflexif et comme corrélatif noématique d'une intention réflexive."

 

Contribution à l'article de wikipedia sur le problème du rapport de l'Ego aux états, aux actions et aux qualités (deuxième partie) :

 

A) Les états  :

 

 Jean-Paul Sartre donne l'exemple de la haine : "Si je hais Pierre, ma haine de Pierre est un état que je peux saisir par la réflexion. Cet état est présent devant le regard de ma conscience réflexive, il est réel. Faut-il en conclure qu'il est immanent et certain ? Je vois Pierre, je sens comme un bouleversement profond de répulsion et de colère à sa vue. Mais cette expérience de répulsion est-elle haine ? Évidemment non.


La haine n'est pas de la conscience. Elle déborde l'instantanéité de la conscience. La haine est donc un objet transcendant. Dire "j'aime" ou "je hais" à l'occasion d'une conscience singulière d'attraction ou de répulsion, c'est opérer un véritable passage à l'infini. La haine est de l'ordre du "probable" et non du "certain".


Sartre donne l'exemple de quelqu'un qui dit "je te déteste !", puis "Ça n'est pas vrai, j'ai dit ça dans la colère." Ces deux réflexions ont appréhendé les mêmes données certaines, mais l'une a affirmé plus qu'elle ne savait et elle s'est dirigée à travers la conscience réfléchie sur un objet situé hors de la conscience.


La haine est un état, le mot état exprimant le caractère de passivité qui en est constitutif (il semble que Sartre renoue ici avec l'analyse classique de la passion)... La répulsion est une émanation de la haine et le lien entre la haine et la répulsion est un lien magique. L'apparition de procès "magiques" dans ma conscience, constatée pour la première fois dans ce texte, sera évoquée à propos de l'émotion, fuite irréfléchie d'une conscience devant un monde qui l'envahit violemment et qui voudrait l'anéantir, non comme une manifestation de l'inconscient, mais comme une "ruse de la conscience".

 

B) Les actions :


L'un des problèmes les plus difficiles, selon Sartre, de la Phénoménologie est la distinction entre conscience active et conscience spontanée : jouer du piano, conduire une automobile, écrire, mais aussi douter, raisonner, méditer, faire une hypothèse... sont des actions.


Une action est un objet transcendant de la conscience réflexive ; elle demande du temps pour s'accomplir, elle a des articulations et des moments. Le doute spontané est une conscience, le doute méthodique (cartésien) est une action. Sartre nous met en garde contre l’ambiguïté de l'expression : "Je doute donc je suis." : s'agit-il du doute spontané que la conscience réflexive saisit dans son instantanéité ou bien de l'entreprise de douter ?

 

C) Les qualités  :

 

Sartre nomme "qualité" (ce terme englobe pour lui ce que nous appelerions des "défauts") une disposition psychique (être rancunier, être capable de haïr violemment...) ; les qualités sont un état intermédiaire entre les états et les actions ; les qualités ne sont pas des émanations des sentiments comme l'aversion (état) est une émanation de la haine (sentiment).

 

Pour caractériser les qualités, Sartre se sert d'un concept aristotélicien, le concept d'être en puissance (être en puissance/être en acte). Les qualités (les défauts, les vertus, les goûts, les talents, les tendances, les instincts...) sont des virtualités (elles existent en nous "en puissance") et non de simples possibilités. Tandis que l'état est unité noématique de spontanéités, la qualité est unité de passivités objectives.

 

D) La constitution de l'Ego comme pôle des états, des actions et des qualités :

 

Sartre scinde, à la suite de Husserl l'Ego en deux pôles : le pôle sujet et le pôle objet que Husserl place au centre du noyau noématique et qui supporte les prédications ("je" suis coléreux , "je" suis occupé"...). Ce chapitre met l'accent sur la difficulté de "saisir" l'Ego et insiste sur son caractère "fuyant", douteux. Le "je" dont nous disons qu'il travaille ("Je travaille") n'est pas le même "je" que le "je" qui travaille, pour la conscience du premier degré (non réflexive) et pour la conscience réflexive. "Mais s'il est dans la nature du je d'être un objet douteux, il ne s'ensuit pas qu'il soit hypothétique. En effet, l'Ego est l'unification transcendante spontanée de nos états et de nos actions."

 

A ce titre, il n'est pas une hypothèse. Je ne me dis pas "Peut-être que j'ai un Ego.", comme je peux me dire "Peut-être que je hais Pierre." Chaque nouvel état est rattaché directement ou indirectement à l'Ego comme à son origine... "Si l'Ego apparaît comme au-delà de chaque qualité et même de toutes, c'est qu'il est opaque comme un objet : il nous faudrait procéder à un dépouillement infini pour lui ôter toutes ses puissances. Et, au terme de ce dépouillement, il ne resterait plus rien. L'Ego se serait évanoui (p.61). Cette interrogation sur l'essence et la  réalité du "moi" (qu'est-ce que le "moi" ?) paraît plus proche de la tradition philosophique française que de Husserl,  des moralistes du XVIIème siècle et évidemment de Blaise Pascal auquel Sartre semble reprendre le concept de "qualité" (voir ci-dessus).

 

"Qu'est-ce que le moi ? (Blaise Pascal)


Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants, si je passe par là, puis-je dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier. Mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non; car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus.


Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on, moi ? Non ; car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme ? Et comment aimer le corps ou l'âme, sinon pour ces qualités qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables ? Car aimerait-on la substance de l'âme d'une personne abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.

 
Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n'aime personne que pour des qualités empruntées."

 

Il conviendrait d'ailleurs de distinguer le moi psychologique, la conscience pure, le "je" et le cogito, comme il faudrait distinguer conscience réfléchie et conscience irréfléchie.

 

Sartre opère ici une distinction critique fondamentale que l'on retrouvera dans l'Etre et le Néant entre l'Ego et la conscience. La conscience ne se confond pas avec l'Ego : "La conscience projette sa propre spontanéité dans l'objet Ego pour lui conférer le pouvoir créateur qui lui est absolument nécessaire. Seulement cette spontanéité, représentée et hypostasiée dans un objet, devient une spontanéité bâtarde et dégradée, qui conserve magiquement sa puissance créatrice, tout en devenant passive. D'où l'irrationalité profonde de la notion d'Ego."

 

L'Ego est de la conscience opaque à la conscience. Tel quel, le moi reste inconnu ; il est trop présent pour que l'on puisse prendre sur lui un point de vue extérieur. Pour savoir si je suis paresseux ou travailleur, je dois le demander à autrui. "Bien se connaître", c'est prendre le point de vue d'autrui sur soi qui est forcément un point de vue faux. Ce point sera développé dans l'Être et le Néant dans la dialectique du "pour soi" et du "pour autrui"

 

 

E) Le je et la conscience dans le Cogito :

 

Dans ce dernier paragraphe, Sartre se demande pourquoi le Je paraît à l'occasion du Cogito puisque le Cogito, s'il est opéré correctement, est appréhension d'une conscience pure, sans constitution d'états ni d'actions. Il explique l'apparition du "je" par les motivations psychologiques de Descartes ("faire avancer la science", mettre en route le doute méthodique"...) : "Ce je est une forme de liaison idéale, une manière d'affirmer que le cogito est bien pris dans la même forme que le doute"... "Une saisie réflexive de la conscience spontanée comme spontanéité non-personnelle exigerait d'être accomplie sans aucune motivation antérieure. Elle est toujours possible en droit, mais reste bien improbable ou, au moins, extrêmement rare dans notre condition d'homme. De toutes façon, comme nous l'avons dit plus haut, le Je qui paraît à l'horizon du "Je pense" ne se donne pas comme producteur de la spontanéité consciente. La conscience se produit en face de lui et va vers lui, va le rejoindre. C'est tout ce qu'on peut dire." (p.74)

   

Conclusion :

 

1°) La conclusion de l'Ego paraît réaliser la libération du Champ transcendantal en même temps que sa purification.

 

Le Champ transcendantal, purifié de toute structure égologique, recouvre sa limpidité première. En un sens c'est un rien puisque tous les objets physiques, psycho-physiques, toutes les vérités, toutes les valeurs sont hors de lui, puisque mon Moi a cessé, lui-même d'en faire partie. Mais ce rien est tout puisqu'il est conscience de tous ces objets. Il n'est plus de "vie intérieure" (...) parce qu'il n'est plus rien qui soit objet et qui puisse en même temps appartenir à l'intimité de la conscience..."

 

2°) Cette conception de l'Ego paraît la seule réfutation possible du solipsisme. (cf. L'Etre et le Néant, III, 1 : "L'écueil du solipsisme (p. 277), en particulier le chap. 3 : "Husserl, Hegel, Heidegger") où Sartre développe et critique les essais de réfutation du solipsisme exposés par Husserl dans Logique formelle et logique transcendantale et dans les Méditations cartésiennes.

 

... Si le Je devient un transcendant, il participe à toutes les vicissitudes du monde. Il n'est pas un absolu, il n'a point crée l'univers, il tombe comme les autres existences sous le coup de l'épochè (mise entre parenthèse du monde "objectif") ; et le solipsisme devient impensable dès lors que le Je n'a plus de position privilégiée. Au lieu de se formuler, en effet "J'existe comme seul absolu", il devrait s'énoncer : "La conscience absolue existe seule comme absolue.", ce qui est évidemment un truisme. Mon je, en effet, n'est pas plus certain pour la conscience que le je des autres hommes. Il est seulement plus intime.

 

3°) La phénoménologie n'est pas un "idéalisme" : "Il m'a toujours semblé qu'une hypothèse de travail aussi féconde que le matérialisme historique n'exigeait nullement pour fondement l'absurdité qu'est le matérialisme métaphysique (cf. Matérialisme et révolution, Situations III, pp. 135-228). Il n'est pas nécessaire, en effet, que l'objet précède le sujet pour que les pseudo-valeurs spirituelles s'évanouissent et pour que la morale retrouve ses bases dans la réalité. Il suffit que le Moi soit contemporain du Monde et que la dualité sujet-objet, qui est purement logique, disparaisse définitivement des préocupations philosophiques. Le Monde n'a pas crée le Moi, le Moi n'a pas crée le Monde, ce sont deux objets pour la conscience absolue, impersonnelle, et c'est par elle qu'ils se trouvent reliés. Cette conscience absolue, lorsqu'elle est purifiée du Je, n'a plus rien d'un sujet, ce n'est pas non plus une collection de représentations : elle est tout simplement une condition première et une source absolue d'existence. Et le rapport d'interdépendance qu'elle établit entre le Moi et le monde suffit pour que le Moi apparaisse comme "en danger" devant le Monde, pour que le Moi (indirectement et par l'intermédiaire des états) tire du Monde tout son contenu. Il n'en faut pas plus pour fonder philosophiquement une morale et une politique positives. (De nombreux articles de Situations I à VI, les Entretiens sur la politique, et surtout la Critique de la Raison dialectique témoignent de la continuité chez Sartre des préoccupations éthiques et politiques ici fondées phénoménologiquement)

 

 

"Une idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl"  : l'intentionnalité (Situation I,  extrait) :

 

 

 

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"(...) Husserl ne se lasse pas d'affirmer qu'on ne peut pas dissoudre les choses dans la conscience. Vous voyez cet arbre-ci, soit. Mais vous le voyez à l'endroit même où il est : au bord de la route, au milieu de la poussière, seul et tordu sous la chaleur, à vingt lieues de la côte méditerranéenne. Il ne saurait entrer dans votre conscience, car il n'est pas de même nature qu'elle. Vous croyez reconnaître Bergson et le premier chapitre de Matière et Mémoire. Mais Husserl n'est point réaliste : cet arbre sur son bout de terre craquelé, il n'en fait point un absolu qui entrerait, par après, en communication avec nous.

 

La conscience et le monde sont donnés du même coup : extérieur par essence à la conscience, le monde est, par essence, relatif à elle. C'est que Husserl voit dans la conscience un fait irréductible qu'aucune image physique ne peut rendre. Sauf, peut-être, l'image rapide et obscure de l'éclatement. Connaître, c'est "s'éclater vers", s'arracher à la moite intimité gastrique pour filer, là-bas, par-delà soi, vers ce qui n'est pas soi, là-bas, près de l'arbre et cependant hors de lui, car il m'échappe et me repousse et je ne peux pas plus me perdre en lui qu'il ne peut se diluer en moi : hors de lui, hors de moi (...)

 

Du même coup la conscience s'est purifiée, elle est claire comme un grand vent, il n'y a plus rien en elle, sauf un mouvement pour se fuir, un glissement hors de soi ; si, par impossible, vous entriez "dans" une conscience, vous seriez saisi par un tourbillon et rejeté dehors, près de l'arbre, en pleine poussière, car la conscience n'a pas de "dedans" ; elle n'est rien que le dehors d'elle-même et c'est cette fuite absolue, ce refus d'être subtance, qui la constituent comme une conscience (...) Imaginez à présent une suite liée d'éclatements qui nous arrachent à nous-mêmes, qui ne laissent même pas un "nous-mêmes" le loisir de se former derrière eux (...) vous aurez saisi le sens profond de la découverte que Husserl exprime dans cette fameuse phrase : "Toute conscience est conscience de quelque chose."

 

Il n'en faut pas plus pour mettre un terme à la philosophie douillette de l'immanence (...) La philosophie de la transcendance nous jette sur la grand'route, au milieu des menaces, sous une aveuglante lumière. Être, dit Heidegger, c'est être-dans-le-monde. Comprenez cet "être dans le monde" au sens de mouvement. Être, c'est éclater dans le monde. C'est partir d'un néant de monde et de conscience pour soudain, s'éclater-conscience-dans-le-monde. Que la conscience essaye de se reprendre, de coïncider enfin avec elle-même, tout au chaud, volet-clos, elle s'anéantit. Cette nécessité pour la conscience d'exister comme conscience d'autre chose que soi, Husserl la nomme "intentionnalité".

 

 Le solipsisme :

 

Selon André Lalande et les rédacteurs du vocabulaire technique et critique de la philosophie, "le solipsisme est une « doctrine présentée comme une conséquence logique résultant du caractère idéal (idéel) de la connaissance ; elle consisterait à soutenir que le moi individuel dont on a conscience, avec ses modifications subjectives, est toute la réalité, et que les autres moi dont on a la représentation n'ont pas plus d'existence indépendante que les personnages des rêves ; ou du moins à admettre qu'il est impossible de démontrer le contraire."

 

La transcendance : La phénoménologie avec Husserl, puis l'existentialisme, avec Sartre, mettent l'accent sur le fait que la transcendance, avant de caractériser un au-delà du monde (comme dans la Critique de la Raison pure de Kant), est inscrite au coeur de ce monde, à travers l'intentionnalité, c'est-à-dire la capacité de la conscience de se rapporter à ce qui n'est pas elle, à tendre vers un ailleurs, un au-delà d'elle-même. La conscience du temps (temporalité) est l'expression privilégiée de la transcendance, puisqu'à travers elle est visé le passé qui n'est plus et le futur qui n'est pas encore.

 

L' intentionnalité : En définissant l'intentionnalité comme le fait que "la conscience est conscience de quelque chose", Husserl veut d'abord montrer que la conscience est une visée et non une "chose pensante" (res cogitans), ainsi que l'avait définie Descartes dans Les Méditations métaphysiques. Etant pure transcendance (voir ci-dessus la signification de ce mot), la conscience ne coïncide jamais avec elle-même ; elle est fondamentalement temporalité, ouverture au passé et au futur. L'intentionnalité implique du même coup la signification, qui dépasse le simple donné. La conscience donne un sens à elle-même et/ou au monde par la façon dont elle se rapporte à ses objets.

 

L'épochê : vient d'un mot grec signifiant "arrêt", "suspension du jugement". Dans la pensée sceptique "radicale" (Pyrrhon d'Elis), la suspension du jugement est le refus de se prononcer sur quoi que soit, de soutenir une thèse quelconque, l'épochê est liée à la  remise en cause radicale de la notion de "vérité".

 

Husserl reprend ce terme pour lui donner un sens un peu différent. L'épochê est la "mise entre parenthèse du monde objectif", c'est-à-dire la suspension de toute adhésion naïve (croyances spontanées, convictions diverses) et même de tout jugement, quel qu'il soit (y compris scientifique) concernant le "réel" ; l'épochê permet au sujet méditant de se saisir comme moi pur ou "transcendantal". Descartes met en oeuvre l'épochê (sans employer le mot) dans la première partie des Méditations métaphysiques ; l'épochê est au service du doute méthodique (il n'est qu'un moment et non un point d'arrêt comme dans le pyrrhonisme) et aboutit à la découverte du cogito (je doute, or douter c'est penser, donc je suis en tant que je pense).

 

 

Par Robin Guilloux
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Lundi 26 décembre 2011 1 26 /12 /Déc /2011 13:11

 

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Hallâj, Poèmes mystiques, calligraphie, traduction de l'arabe et présentation de Sami-Ali, Simbad/Actes sud

 

"Fulgurante figure de la mystique en Islam, d'origine persane et de langue arabe, Hussein Al-Hallâj (857-922) appartient à cette rare pléiade de poètes pour qui la poésie est sublime et la pensée profonde (Heidegger). Cependant, puisque Hallâj est avant tout un mystique, un des plus grands de tous les temps, l'unité de la pensée et de la poésie chez lui trouve sa justification dans une expérience de la totalité qui sert à exprimer une relation unique à l'Unique. Expérience non mutilée, non mutilante, où l'âme coexiste avec le corps, la raison avec ce qui la nie, la finitude de la mort avec l'horizon de la résurrection, et où le coeur et l'imagination, portés par cette force transfiguratrice qu'est l'amour, deviennent des moyens de connaissance, des sens véritables. La poésie est inséparable de la vie quand "le chant de l'existence" (Rilke), une vie tout entière tournée vers l'Unique, Lequel unifie mais dans le déchirement, fait accéder au vrai, mais dans la contradiction, permet de Le retrouver et de se retrouver mais dans le dépassement de tout. La poésie, chez Hallâj, est la forme suprême que, provisoirement, juste avant le silence sublime, la pensée prend quand elle doit se dépasser dans l'indépassable...

 

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Certains hommes échappent à la mesure parce qu'ils témoignent d'une vérité incommensurable. Celle de Hallâj (857-922), célèbre soufi d'origine persane martyrisé à Bagdad, le met tôt aux prises avec la lettre d'une révélation et avec ceux qui la professent, au point d'en subir dans son corps et dans son oeuvre le châtiment suprême : l'anéantissement.

 

Quelle est cette vérité outrepassant une époque, une tradition, une langue ? Qu'aucun être ne peut subsister en même temps que l'Être. Et que poser l'Absolu, fût-ce par l'acte de la foi, revient à le relativiser, donc à le nier. Aporie de toute pensée et impasse d'une vie, auxquelles répond une singulière expérience de la totalité qui, chez Hallâj, par la fulgurance de la parole poétique, tend constamment à en dire l'indicible. Chaque poème est un fragment du tout et le tout de lui-même, instant unique où se révèle l'Unique. Enracinée dans une langue dont elle épouse les secousses souterraines, cette poésie appartient maintenant à l'universel." 

 

"A propos de la traduction de Hallâj, effectuée en 1955, par Louis Massignon : infidèle et encombrée, cette traduction, qui n'a cure de la forme, s'évertue à transposer un contenu sans en retenir la puissance suggestive. L'allusion y cède la place aux "phrases", c'est-à-dire aux paraphrases. Et partout, l'exégèse supplante l'original au lieu de "l'indiquer" dans son alterité. Ceci, bien sûr, ne met nullement au cause le magistral travail de l'historien Massignon (La passion d'Al-Hallâj est une passion pour Al-Hallâj), grâce à quoi fut sauvé de l'oubli cette figure de mystique incommensurable.

 

Par ailleurs, les Poèmes de Hallâj, ici traduits, recouvrent la plupart, non la totalité des pièces reconnues comme authentiques dans l'édition bilingue de Diwan (La Diwan de Hallâj). Edité, traduit et annoté par Louis Massignon, Paris, 1975, Geuthner éd., pièces dont le nombre demeure incertain, si l'on en croit de récentes recherches.

 

Ce choix découle de la forme fulgurante des poèmes concis et immédiatement lisibles. Ainsi se trouve accentué l'aspect fragmentaire d'une oeuvre inachevée, non accidentellement, mais par essence puisqu'elle porte à sa plus haute expression l'impossibilité d'affirmer l'Unique sans se nier et de s'affirmer sans nier l'Unique.

 

Le texte calligraphié, s'il suit en général les variantes retenues par Massignon, n'y apporte pas moins quelques corrections grammaticales, syntaxiques et métriques. La ponctuation y est réduite à l'image d'une langue qui ponctue mentalement.

 

L'ordonnance des poèmes suit l'ordre des rimes."

 


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J'ai un Bien-Aimé que je visite dans les solitudes

Présent et absent aux regards

Tu ne me vois pas L'écouter avec l'ouïe

pour comprendre les mots qu'Il dit

Mots sans forme ni prononciation

Et qui ne ressemblent pas à la mélodie des voix

C'est comme si en m'adresant à Lui

Par la pensée, je m'adressais à moi-même

Présent et absent, proche et lointain

Les figures des qalificatifs ne peuvent Le contenir

Il est plus près que la conscience pour l'imagination

Et plus caché que les pensées évidentes

 

 

 

amour en arabe

Le mot "amour" calligraphié par l'artiste Abd El Malik El Nounouhi

 

 

 

Dieu en témoigne ! Qu'aucun soleil ne se lève ni se couche

 

 

Sans que Ton amour soit uni à mes souffles

Et que je ne m'isole pour m'entretenir avec autrui

Sans que Tu ne sois mon entretien avec autrui

Et que triste ou joyeux je ne T'invoque

sans que Tu sois dans mon coeur parmi mes doutes

Et que de soif je ne m'apprête à boire de l'eau

Sans que je voie une image de Toi dans ma coupe

Ah ! si je pouvais, j'irais à Toi

Courant sur le visage ou marchant sur la tête !

 

 

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D'origine égyptienne, psychanalyste, professeur à l'UER de sciences humaines cliniques de Paris VII, Sami-Ali poursuit une recherche en anthropologie analytique et en psychosomatique dont l'axe fondamentale demeure l'imaginaire et le corps. Outre ses ouvrages en arabe, il a publié Le haschisch en Egypte, La banal, Corps réel - corps imaginaire. 

 

 


 

 

 


Par Robin Guilloux
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Samedi 24 décembre 2011 6 24 /12 /Déc /2011 22:34

 "Un chant de Noël" ("A Christmas Carol") est paru en 1843, dans une Angleterre "victorienne" en pleine industrialisation. L'histoire de Mr Scrooge est la première d'une série où Charles Dickens tient à montrer que Noël doit rester malgré tout un moment privilégié d'amour, de joie et de partage. Elle se déroule à Londres, alors "la capitale du monde" avec ses 2 500 000 habitants, où sévissent "la richesse la plus écrasante et la pauvreté la plus humilante." (Arthur Conte, Marx et son époque, Nathan, coll. Espaces Temps)

Ebenezer Scrooge n'a vécu que pour l'argent. Sa cupidité et son avarice l'ont mené à une telle solitude qu'il renie même la fête de Noël. Le soir du 24 décembre, le fantôme de Jacob Marley, son ancien associé mort depuis sept ans, se présente à lui pour le mettre en garde. S'il ne change pas sa vie et sa façon de penser, il ne trouvera jamais le repos, même dans la mort. Il lui annonce que trois esprits vont se succéder pour le lui faire comprendre : l'esprit du Noël présent, l'esprit des Noëls passés et l'esprit des Noëls futurs. La prédiction de Marley se réalise : l'esprit du Noël Présent lui  montre les conséquences de sa façon de vivre sur les autres, celui des Noëls futurs les conséquences sur lui-même (ce que les bouddhistes appellent le "karma"). Quant à celui des Noëls passés, j'en parlerai plus loin.

Comme aujourd'hui, Noël est l'occasion de "faire la fête" et se traduit par une surabondance de mets tous plus appétissants les uns que les autres, ce qui nous vaut de fabuleuses descriptions : "On voyait, entassés sur le plancher, pour former une sorte de trône, des dindes, des oies, du gibier de toute espèce, des volailles grasses, des viandes froides, des cochons de lait, des jambons, des chapelets de saucisses, des pâtés de hachis, des plum-puddings, des bourriches d'huître, des marrons rôtis, des pommes vermeilles, des oranges juteuses, des poires succulentes, d'immenses gâteaux des rois et des bols de punch bouillant qui obscurcissaient la chambre de leur délicieuse vapeur. Un joyeux géant, superbe à voir (l'esprit du Noël présent), s'étalait à l'aise sur ce trône ; il portait à la main une torche allumée, dont la forme se rapprochait d'une corne d'abondance, et il l'élevait au-dessus de sa tête pour que sa lumière vînt frapper Scrooge, lorsque ce dernier regarda au travers de la porte entrebaillée."

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A aucun moment Dickens ne fait l'éloge de cette surabondance pour elle-même, jamais il ne confond le besoin et le désir. La surabondance est symbole de joie. Nous sommes loin de la société de consommation.

Ceux qui se souviennent de ce conte comme d'une miévrerie sentimentale feraient bien de relire le passage dans lequel le spectre du Noël présent montre à Scrooge le visage de la société que lui et ses pareils ont engendrée : "Nul changement, nulle dégradation, nulle décomposition de l'espèce humaine, à aucun degré, dans tous les mystères les plus merveilleux de la création, n'ont produit des monstres aussi horribles et aussi effrayants.
christmas-le-spectre.jpg Scrooge recula, pâle de terreur ; ne voulant pas blesser l'esprit, leur père peut-être, il essaya de dire que c'étaient de beaux enfants, mais les mots s'arrêtèrent d'eux-mêmes dans sa gorge, pour ne pas se rendre complices d'un mensonge si énorme.

- Esprit ! est-ce que ce sont vos enfants ?

- Ce sont les enfants des hommes, dit l'Esprit laissant tomber sur eux un regard, et ils s'attachent à moi pour échapper à leurs pères. Celui-là est l'Ignorance ; celle-ci la Misère. Gardez-vous de l'un et de l'autre et de toute leur descendance, mais surtout du premier, car sur son front je vois écrit : Condamnation. Hâte-toi, dit-il en étendant sa main vers la cité ; hâte-toi d'effacer ce mot qui te condamne plus que lui ; toi à ta ruine, comme lui au malheur. Ose dire que tu n'en es pas coupable ; calomnie même ceux qui t'accusent : cela peut servir au succès de tes desseins abominables. Mais gare à la fin !
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Si le personnage principal du conte est bien Ebenezer Scrooge, le vieil avare qui manque à la foi (il refuse de croire que Noël n'est pas un jour comme les autres), à l'espérance (il refuse de se réjouir) et à la charité (il refuse de donner gratuitement), le personnage "essentiel", celui vers lequel tout converge, n'est pas "l'enfant de la crèche", mais Tiny Tim, le petit infirme, le plus jeune fils de son commis Bob Cratchit : "Il réfléchit énormément et on ne saurait croire toutes les idées qui lui passent par la tête. Il me disait, en revenant qu'il espérait avoir été remarqué dans l'église par les fidèles, parce qu'il est estropié, et que les chrétiens doivent aimer, surtout un jour de Noël, à se rappeler celui qui a fait marcher les boiteux et voir les aveugles. La voix de Bob tremblait en répétant ces mots ; elle trembla plus encore quand il ajouta que Tiny Tim devenait chaque jour plus fort et plus vigoureux."

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Dickens le dit explicitement, l'enfant infirme est une "émanation du divin", le visage de Dieu sur la terre et c'est grâce à lui que Scrooge découvrira son manque essentiel : la paternité.

Dans les trois séances de son séminaire de 1958 consacré à la métaphore paternelle, Jacques Lacan évoque ce poème de Victor Hugo extrait de La Légende des siècles (Booz endormi) et en particulier ce vers qui contient,  selon lui, la définition (métonymique et métaphorique) de la paternité :
"Sa gerbe n'était point avare ni haineuse."

L'esprit des Noëls passés joue un rôle de thérapeute vis-à-vis d'Ebenezer Scrooge. C'est lui qui l'aide à se ressouvenir de la "scène primordiale" au cours de laquelle sa fiancée lui a demandé de "choisir" entre elle et l'appât du gain. L'esprit des Noëls passés n'est ni celui qui menace, ni celui qui encourage, mais celui qui montre le premier maillon de la chaîne que Scrooge s'est forgée (le fantôme de Marley apparaît à Scrooge chargé de chaînes). L'esprit des Noëls passés est celui qui réconcilie Scrooge avec sa propre histoire et lui permet de retrouver le "point de bifurcation" à partir duquel il pourra réorienter son existence, découvrir le don, la liberté et la joie. Cette découverte s'apparente à une "renaissance" ("Christmas" est la fête de la Nativité (Nativity), "Noël" vient de "natalis"). La "renaissance" de Scrooge fait refleurir la vie au coeur de l'hiver et modifie le destin : Tiny Tim dont l'esprit des Noëls futurs lui avait prédit la mort vivra afin qu'il devienne pour lui un "second père".

Scrooge, d'une certaine façon, c'est un peu ce que Dickens lui-même, l'adolescent pauvre et humilié, aurait pu devenir s'il avait succombé à l'obsession du manque, s'il n'avait pas trouvé lui aussi, dans l'écriture, une forme de "salut".




 

La fin du conte :

 

C'était une colonne de lit.  


Oui, et de son lit encore et dans sa chambre bien mieux. Le lendemain lui appartenait pour s'amender et réformer sa vie.


"Je veux vivre dans le passé; le présent et l'avenir!" répéta Scrooge en sautant à bas du lit. Les leçons des trois esprits demeureront gravées dans ma mémoire. "0 Jacob Marley! que le ciel et la fête de Noël soient bénis de leurs bienfaits! je le dis à genoux, vieux Jacob, oui, à genoux." Il était si animé, si échauffé par de bonnes résolutions, que sa voix brisée répondait à peine au sentiment qui l'inspirait. Il avait sangloté violemment dans sa lutte avec l'esprit, et son visage était inondé de larmes.


"Ils ne sont pas arrachés", s'écria Scrooge embrassant un des rideaux de son lit, "ils ne sont pas arrachés, ni les anneaux non plus. Ils sont ici, je suis ici; les images des choses qui auraient pu se réaliser peuvent s'évanouir; elles s'évanouiront, je le sais!"


Cependant ses mains étaient occupées à brouiller ses vêtements; il les mettait à l'envers, les retournait sens dessus dessous, le bas en haut et le haut en bas; dans son trouble, il les déchirait, les laissait tomber à terre, les rendait enfin complices de toutes sortes d'extravagances.


"Je ne sais pas ce que fais!" s'écria-t-il riant et pleurant à la fois, et se posant avec ses bas en copie parfaite du Laocoon antique et de ses serpents. "Je suis léger comme une plume; je suis heureux comme un ange, gai comme un écolier, étourdi comme un homme ivre. Un joyeux Noël à tout le monde! une bonne, une heureuse année à tous! Holà! hé! ho! holà!"


Il avait passé en gambadant de sa chambre dans le salon, et se trouvait là maintenant, tout hors d'haleine.


"Voilà bien la casserole où était l'eau de gruau!" s'écria-t-il en s'élançant de nouveau et recommençant ses cabrioles devant la cheminée. "Voilà la porte par laquelle est entré le spectre de Marley! voilà le coin où était assis l'esprit de Noël présent! voilà la fenêtre où j'ai vu les âmes en peine: tout est à sa place, tout est vrai, tout est arrivé... Ah! ah! ah!"


Réellement, pour un homme qui n'avait pas pratiqué depuis tant d'années, c'était un rire splendide, un des rires les plus magnifiques, le père d'une longue, longue lignée de rires éclatants !


"Je ne sais quel jour du mois nous sommes aujourd'hui!" continua Scrooge. "Je ne sais combien de temps je suis demeuré parmi les esprits. Je ne sais rien: je suis comme un petit enfant. Cela m'est bien égal. je voudrais bien l'être, un petit enfant. Hé! holà! houp! holà! hé!" 


Il fut interrompu dans ses transports par les cloches des églises qui sonnaient le carillon le plus folichon qu'il eût jamais entendu. Ding, din, dong, boum! boum, ding, din, dong! Boum! boum! boum! dong! ding, din, dong! boum!


"Oh! superbe, superbe!"


Courant à la fenêtre, il l'ouvrit et regarda dehors. Pas de brume, pas de brouillard; un froid clair, éclatant, un de ces froids qui vous égayent et vous ravigotent, un de ces froids qui sifflent à faire danser le sang dans vos veines; un soleil d'or; un ciel divin; un air frais et agréable; des cloches en gaieté. Oh! superbe, superbe !


"Quel jour sommes-nous aujourd'hui?" cria Scrooge de sa fenêtre à un petit garçon endimanché qui s'était arrêté peut-être pour le regarder.


- "Hein?" répondit l'enfant ébahi.

- "Quel jour sommes-nous aujourd'hui, mon beau garçon?" dit Scrooge.

- "Aujourd'hui!" repartit l'enfant; "mais c'est le jour de Noël."

- "Le jour de Noël!" se dit Scrooge. "Je ne l'ai donc pas manqué! Les esprits ont tout fait en une nuit. Ils peuvent faire tout ce qu'ils veulent; qui en doute? certainement qu'ils le peuvent. Holà! hé! mon beau petit garçon!"

- "Holà!" répondit l'enfant.

- "Connais-tu la boutique du marchand de volailles, au coin de la seconde rue?"

- "Je crois bien!"

"Un enfant plein d'intelligence!" dit Scrooge. "Un enfant remarquable! Sais-tu si l'on a vendu la belle dinde qui était hier en montre? pas la petite; la grosse?"

- "Ah! celle qui est aussi grosse que moi?"

- "Quel enfant délicieux!" dit Scrooge. "Il y a plaisir à causer avec lui. Oui, mon chat!"

- "Elle y est encore", dit l'enfant.

- "Vraiment!" continua Scrooge. "Eh bien, va l'acheter!"

- "Farceur!" s'écria l'enfant.

- "Non", dit Scrooge, ":je parle sérieusement. Va acheter et dis qu'on me l'apporte; je leur donnerai ici l'adresse où il faut la porter. Reviens avec le garçon et je te donnerai un schelling. Tiens! si tu reviens avec lui en moins de cinq minutes, je te donnerai un écu."


L'enfant partit comme un trait. Il aurait fallu que l'archer eût une main bien ferme sur la détente pour lancer sa flèche moitié seulement aussi vite.


"Je l'enverrai chez Bob Cratchit", murmura Scrooge se frottant les mains et éclatant de rire. "Il ne saura pas d'où cela lui vient. Elle est deux fois grosse comme Tiny Tim. Je suis sûr que Bob goûtera la plaisanterie; jamais Joe Miller n'en a fait une pareille."


Il écrivit l'adresse d'une main qui n'était pas très ferme, mais il l'écrivit pourtant, tant bien que mal, et descendit ouvrir la porte de la rue pour recevoir le commis du marchand de volailles. Comme il restait là debout à l'attendre, le marteau frappa ses regards.


"Je l'aimerai toute ma vie!" s'écria-t-il en le caressant de la main. "Et moi qui, jusqu'à présent, ne le regardais jamais, je crois. Quelle honnête expression dans sa figure! Ah! le bon, l'excellent marteau! Mais voici la dinde! Holà! hé! Houp, houp! comment vous va? Un joyeux Noël !"


C'était une dinde, celle-là! Non, il n'est pas possible qu'il se soit jamais tenu sur ses jambes, ce volatile; il les aurait brisées en moins d'une minute, comme des bâtons de cire à cacheter.

 

"Mais j'y pense, vous ne pourrez pas porter cela jusqu'à Camden-Town, mon ami", dit Scrooge; "il faut prendre un cab."


Le rire avec lequel il dit cela, le rire avec lequel il paya la dinde, le rire avec lequel il paya le cab, et le rire avec lequel il récompensa le petit garçon ne fut surpassé que par le fou rire avec lequel il se rassit dans son fauteuil, essoufflé, hors d'haleine, et il continua de rire jusqu'aux larmes.


Ce ne lui fut pas chose facile que de se raser, car sa main continuait à trembler beaucoup; et cette opération exige une grande attention, même quand vous ne dansez pas en vous faisant la barbe. Mais il se serait coupé le bout du nez, qu'il aurait mis tout tranquillement sur l'entaille un morceau de taffetas d'Angleterre sans rien perdre de sa bonne humeur.


Il s'habilla, mit tout ce qu'il avait de mieux, et, sa toilette faite, sortit pour se promener dans les rues. La foule s'y précipitait en ce moment, telle qu'il l'avait vue en compagnie du spectre de Noël présent. Marchant les mains croisées derrière le dos, Scrooge regardait tout le monde avec un sourire de satisfaction. Il avait l'air si parfaitement gracieux, en un mot, que trois ou quatre joyeux gaillards ne purent s'empêcher de l'interpeller :


"Bonjour, monsieur! Un joyeux Noël, monsieur!" Et Scrooge affirma souvent plus tard que, de tous les sons agréables qu'il avait jamais entendus, ceux-là avaient été, sans contredit, les plus doux à son oreille.


Il n'avait pas fait beaucoup de chemin, lorsqu'il reconnut, se dirigeant de son côté, le monsieur à la tournure distinguée qui était venu le trouver la veille dans son comptoir, et lui disant: "Scrooge et Marley, je crois?"

 

Il sentit une douleur poignante lui traverser le coeur à la pensée du regard qu'allait jeter sur lui le vieux monsieur au moment où ils se rencontreraient; mais il comprit aussitôt ce qu'il avait à faire, et prit bien vite son parti.


"Mon cher monsieur", dit-il en pressant le pas pour lui prendre les deux mains, "comment vous portez-vous? J'espère que votre journée d'hier a été bonne. C'est une démarche qui vous fait honneur! Un joyeux Noël, monsieur!"


- "Monsieur Scrooge?"

- "Oui, c'est mon nom; je crains qu'il ne vous soit pas des plus agréables. Permettez que je vous fasse mes excuses. Voudriez-vous avoir la bonté..." (Ici Scrooge lui murmura quelques mots à l'oreille.)

- "Est-il Dieu possible!" s'écria ce dernier, comme suffoqué. "Mon cher monsieur Scrooge, parlez-vous sérieusement?"

- "S'il vous plaît", dit Scrooge; "pas un liard de moins. Je ne fais que solder l'arriéré, je vous assure. Me ferez-vous cette grâce?"

- "Mon cher monsieur, reprit l'autre en lui secouant la main cordialement, je ne sais comment louer tant de munifi..."

- "Pas un mot, je vous prie", interrompit Scrooge. "Venez me voir; voulez-vous venir me voir?"

- "Oui! sans doute", s'écria le vieux monsieur. Évidemment, c'était son intention; on ne pouvait s'y méprendre, à son air.


"Merci" dit Scrooge. "Je vous suis infiniment reconnaissant, je vous remercie mille fois. Adieu!"


Il entra à l'église; il parcourut les rues, il examina les gens qui allaient et venaient en grande hâte, donna aux enfants de petites tapes caressantes sur la tête, interrogea les mendiants sur leurs besoins, laissa tomber des regards curieux dans les cuisines des maisons, les reporta ensuite aux fenêtres; tout ce qu'il voyait lui faisait plaisir. Il ne s'était jamais imaginé qu'une promenade, que rien au monde pût lui donner tant de bonheur. L'après-midi, il dirigea ses pas du côté de la maison de son neveu.


Il passa et repassa une douzaine de fois devant la porte, avant d'avoir le courage de monter le perron et de frapper. Mais enfin il s'enhardit et laissa retomber le marteau.

"Votre maître est-il chez lui, ma chère enfant?" dit Scrooge à la servante... "Beau brin de fille, ma foi!"


- "Oui, monsieur."

- "Où est-il, mignonne?"

- "Dans la salle à manger, monsieur, avec madame. Je vais vous conduire au salon, s'il vous plaît."

- "Merci; il me connaît", reprit Scrooge, la main déjà posée sur le bouton de la porte de la salle à manger; "je vais entrer ici, mon enfant."

Il tourna le bouton tout doucement, et passa la tête de côté par la porte entrebâillée. Le jeune couple examinait alors la table (dressée comme pour un gala), car ces nouveaux mariés sont toujours excessivement pointilleux sur l'élégance du service: ils aiment à s'assurer que tout est comme il faut.


"Fred!" dit Scrooge.


Dieu du ciel! comme sa nièce par alliance tressaillit! Scrooge avait oublié, pour le moment, comment il l'avait vue assise dans son coin, un peu souffrante, sans quoi il ne serait point entré de la sorte; il n'aurait pas osé.


"Dieu me pardonne!" s'écria Fred, "qui est donc là?"

- "C'est moi, votre oncle Scrooge; je viens dîner. Voulez-vous que j'entre, Fred?"


S'il voulait qu'il entrât! Peu s'en fallut qu'il ne lui disloquât le bras pour le faire entrer. Au bout de cinq minutes, Scrooge fut à son aise comme dans sa propre maison. Rien ne pouvait être plus cordial que la réception du neveu; la nièce imita son mari; Topper en fit autant, lorsqu'il arriva, et aussi la petite soeur rondelette, quand elle vint, et tous les autres convives, à mesure qu'ils entrèrent. Quelle admirable partie, quels admirables petits jeux, quelle admirable unanimité, quel admirable bonheur!


Mais le lendemain, Scrooge se rendit de bonne heure au comptoir, oh! de très bonne heure. S'il pouvait seulement y arriver le premier et surprendre Bob Cratchit en flagrant délit de retard! C'était en ce moment sa préoccupation la plus chère.


Il y réussit; oui, il eut ce plaisir! L'horloge sonna neuf heures, point de Bob; neuf heures un quart, point de Bob. Bob se trouva en retard de dix-huit minutes et demie. Scrooge était assis, la porte toute grande ouverte, afin qu'il le pût voir se glisser dans sa citerne.


Avant d'ouvrir la porte, Bob avait ôté son chapeau, puis son cache-nez: en un clin d'oeil, il fut installé sur son tabouret et se mit à faire courir sa plume, comme pour essayer de rattraper neuf heures.


"Holà!" grommela Scrooge, imitant le mieux qu'il pouvait son ton d'autrefois; "qu'est-ce que cela veut dire de venir si tard?"

- "Je suis bien fâché, monsieur", dit Bob. "Je suis en retard."

- "En retard!" reprit Scrooge. "En effet, il me semble que vous êtes en retard. Venez un peu par ici, s'il vous plaît."


- "Ce n'est qu'une fois tous les ans, monsieur", dit Bob timidement en sortant de sa citerne; "cela ne m'arrivera plus. je me suis un peu amusé hier, monsieur."

- "Fort bien; mais je vous dirai, mon ami", ajouta Scrooge, "que je ne puis laisser plus longtemps aller les choses comme cela. Par conséquent, poursuivit-il, en sautant à bas de son tabouret et en portant à Bob une telle botte dans le flanc qu'il le fit trébucher jusque dans sa citerne; par conséquent, je vais augmenter vos appointements!"


Bob trembla et se rapprocha de la règle de son bureau. Il eut un moment la pensée d'en assener un coup à Scrooge, de le saisir au collet et d'appeler à l'aide les gens qui passaient dans la ruelle pour lui faire mettre la camisole de force.


"Un joyeux Noël, Bob!" dit Scrooge avec un air trop sérieux pour qu'on pût s'y méprendre et en lui frappant amicalement sur l'épaule. "Un plus joyeux Noël, Bob, mon brave garçon, que je ne vous l'ai souhaité depuis longues années! Je vais augmenter vos appointements et je m'efforcerai de venir en aide à votre laborieuse famille; ensuite cette après-midi nous discuterons nos affaires sur un bol de Noël rempli d'un bischoff fumant, Bob! Allumez les deux feux; mais avant de mettre un point sur un i, Bob Cratchit, allez vite acheter un seau neuf pour le charbon."

 

scrooge-and-ratchett.jpg

Scrooge fit encore plus qu'il n'avait promis; non seulement il tint sa parole, mais il fit mieux, beaucoup mieux.


Quant à Tiny Tim, qui ne mourut pas, Scrooge fut pour lui un second père.


Il devint un aussi bon ami, un aussi bon maître, un aussi bon homme que le bourgeois de la bonne vieille Cité, ou de toute autre bonne vieille cité, ville ou bourg, dans le bon vieux monde. Quelques personnes rirent de son changement; mais il les laissa rire et ne s'en soucia guère; car il en savait assez pour ne pas ignorer que, sur notre globe, il n'est jamais rien arrivé de bon qui n'ait eu la chance de commencer par faire rire certaines gens. Puisqu'il faut que ces gens-là soient aveugles, il pensait qu'après tout il vaut tout autant que leur maladie se manifeste par les grimaces, qui leur rident les yeux à force de rire, au lieu de se produire sous une forme moins attrayante. Il riait lui-même au fond du coeur; c'était toute sa vengeance.


Il n'eut plus de commerce avec les esprits; mais il en eut beaucoup plus avec les hommes, cultivant ses amis et sa famille tout le long de l'année pour bien se préparer à fêter Noël, et personne ne s'y entendait mieux que lui: tout le monde lui rendait cette justice.


Puisse-t-on en dire autant de vous, de moi, de nous tous, et alors, comme disait Tiny Tim : 

 

"Que Dieu nous bénisse, tous tant que nous sommes!"

 

repas-de-noel.jpg


Par Robin Guilloux
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Samedi 24 décembre 2011 6 24 /12 /Déc /2011 14:10

Charles-Pepin-copie-1.gif

 

 

Je recommande à tous les Terminales, et plus particulièrement aux miens, cet excellent petit livre - 110 pages, ce n'est pas "amer à boire" et c'est moins long que Le désir d'éternité de Ferdinand Alquié (et l'éternité, c'est long, surtout vers la fin, comme dirait Woody Allen) !... de mon collègue Charles Pépin ; il contient des exposés sur des thèmes essentiels : le sujet, la culture, la raison et le réel, la politique, la morale, une "boîte à outils" contenant des définitions indispensables : absolu/relatif, abstrait/concret, en acte/en puissance, analyse/synthèse, cause/fin, contingent/nécessaire/possible...

 

Je vous recommande particulièrement ses conseils concernant la "bonne attitude" à adopter pour trouver la problématique et pour faire venir les idées (p. 100-104).

 

Il y a aussi de judicieux conseils pour arriver en forme le jour du bac, ainsi que les faux amis à éviter : la bière, le vin, le Guronsan, le Lexomil et le Redbull... et, en guise de conclusion, un (beau) sujet traité : "Si la philosophie pouvait nous guérir, de quoi nous guérirait-elle ?"

 

Charles Pépin

 

 

Charles Pépin est diplômé de Sciences Po Paris et d'HEC Paris. Également agrégé de philosophie, il enseigne cette dernière au lycée d'État de la Légion d'Honneur (Saint Denis) et à l'institut d'Études politiques de Paris.


Il tint durant quelque temps une chronique de philosophie dans les émissions télévisées Culture et dépendances (France 3, 2001-2006) et En aparté (Canal +, 2006-2007), chroniques qu'il tient aujourd'hui tous les mois dans les magazines, Transfuge et Psychologies magazine.

 

Enfin, il participe régulièrement à Philosophie Magazine, dans lequel il répond chaque mois à une interrogation personnelle d'ordre philosophique, métaphysique ou morale formulée par un lecteur. Depuis 2010, il anime un séminaire philosophique ouvert à tous au cinéma MK2 Hautefeuille, 75006 Paris, tous les lundis à 18H.

Par Robin Guilloux
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Samedi 24 décembre 2011 6 24 /12 /Déc /2011 11:42

sapin-de-noel.gif

 

 

 

Par Robin Guilloux
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  • : Ce blog a pour ambition de faire connaître et apprécier la région Centre et en particulier la ville de Bourges. Je souhaite y faire partager mes goûts pour la poésie, la littérature, la peinture, le cinéma... J'y aborde également des questions qui me tiennent à cœur, souvent liées à l'actualité, en particulier le système scolaire (je suis enseignant), mais aussi la politique au sens large du terme et les problèmes de société.
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