Harry Kemelman, La série des rabbins

Publié le par Robin Guilloux

 

Diplômé de Harvard, Harry Kemelman était professeur de Lettres au State College de Boston, ville où il naquit le 24 novembre 1908.

A l'issue de la Seconde Guerre Mondiale, il renonça momentanément à l'enseignement pour travailler dans l'industrie privée, mais il finit par revenir à ses élèves.

Père de deux filles et d'un garçon, il habitait Marblehead, dans le Massachussets. Il buvait le vin de ses propres vignes et, par ailleurs se plaîsait à modeler l'argile, à faire des poteries.

Publié en 1965, On soupçonne le rabbin lui valut le Prix Edgar Poe du meilleur premier roman.

Ce succès l'encouragea à lui donner une suite en 1966 : Samedi, le rabbin a jeûné, puis une autre encore en 1969 : Dimanche, le rabbin est resté chez lui.

Il a publié aussi un certain nombre de nouvelles dans l'édition américaine de MYSTERE-MAGAZINE, qui ont été réunies en un volume portant le titre de la plus célèbre d'entre elles, "The Nine Mile Walk", qui figure dans plusieurs anthologies des meilleures histoires policières."

 

Je recommande chaudement la lecture de cette série hautement "addictive".

 

 

Publié en 1965, On soupçonne le rabbin (Friday The Rabbi Slept Late), traduit de l'américain par Raymond Albeck,  valut à son auteur le Prix Edgar Poe du meilleur premier roman. Le héros de ce livre (et de ceux qui l'ont suivi) est le rabbin David Small. Accusé de meurtre, ce chef religieux d'une petite communauté juive des environs de Boston se trouve contraint de mettre son bon sens, le pilpoul (argumentation subtile, dialectique talmudique) et la sagesse des écritures saintes au service de la Justice. Ainsi est-il devenu, pour des millions de lecteurs à travers le monde, le digne émule du Père Brown, le célèbre personnage de Chesterton."

 

 

Samedi le rabbin se met à table, traduit de l'américain par Nelly Skhlar (Saturday, The Rabbi Went Hungry)

"Seul capable au sein de la communauté juive de Barnard's Crossing de démêler l'écheveau des passions contrariées poussées au paroxysme, le rabbin détective David Small c'est l'homme qui en savait plus. Ce clin d'oeil à Chesterton n'étant pas, comme le lecteur en jugera, la moindre des surprises de ce récit."

 

Mardi le rabbin a vu rouge, traduit de l'américain par Lazare Rabineau (Thusday The Rabbi Saw Red)

"Les rabbins ne sont pas membres d'un clergé... Le rabbin n'est donc pas fondamentalement, ni un préposé au culte ni un grand maître de cérémonies, le rabbin est avant tout un maître à penser, à agir, un animateur, un rassembleur, un inspirateur, un conseiller et un conciliateur. Et sa compétence comme son autorité sont exclusivement fondées sur sa maîtrise et sa pratique de la Loi, de la Thora sous toutes ses faces."

(Emile Touati, Informations juives, juillet 87)

 

 

Le rabbin s'est envolé pour Israël, traduit de l'américain par Lazare Rabineau (Monday, the Rabbi Took Off)

"On aurait pu croire épuisée la galerie de personnages pittoresques utilisés par les auteurs de romans policiers. Eh bien, on se trompait. Trente ans après que le bouillonnant cerveau de Gilbert-Keith Chesterton eut enfanté le célèbre Père Brown, Harry Kemelman invente David Small, le rabbin-détective, qui allie à des qualités d'homme du XXème siècle les vertus traditionelles d'un sage. Il connaît notamment son Talmud sur le bout des doigts, et cette science lui permettra de venir à bout de ses difficultés. Un policier vraiment pas comme les autres." (J.C.Z, Lui, 1973)

 

 

Ce jour où le rabbin a quitté la ville, traduit de l'américain par Elisabeth Luc (The Day the Rabbi Left Town)

"David Samll rêvait depuis longtemps de quitter le rabbinat pour se consacrer à l'enseignement du judaïsme. Aussi est-il enchanté d'accepter un poste d'enseignant à l'université Windermere de Boston, même si sa promotion ne semble pas faire l'unanimité parmi  les membres du département d'anglais où il est temporairement domicilié. La disparition du Pr. Kent pendant le week-end de Thanskgiving, puis la découverte peu après de son corps dans la neige, vont bouleverser plus encore la communauté. S'agit-il d'une crise cardiaque ? David Small réfute les évidences et va mettre cette énigme à l'épreuve de sa dialectique talmudique.

Georges Bernanos, La France contre les robots

Publié le par Robin Guilloux

La couverture de l'édition originale de 1947. L'ouvrage est également disponible en Livre de Poche, suvi de textes inédits, présentations et notes de Jean-Loup Bernanos (Librairie Plon, 1970).

 

"Les dernières bombes de la deuxième guerre mondiale n'ont pas encore fini de siffler que les grandes puissances s'entendent déjà pour organiser la paix. Comment le feront-elles selon un système que Georges Bernanos abomine ? Ce système, c'est celui qu'implique l'ère industrielle dont l'avènement, au lieu de provoquer l'Age d'or escompté, marque la fin de l'indépendance de l'homme.

L'auteur se défend d'être passéiste, mais voit dans la présente omnipotence de l'Etat la mort de notre liberté. Des robots, voilà ce que nous allons devenir si nous ne réagissons pas contre l'oppression de la technique et du profit, si nous ne ranimons pas la flamme de la foi. La France contre les robots est un cri d'alarme poussé par un croyant plein d'angoisse et de fureur contre la civilisation des machines.

N'a-t-il pas intitulé éloquemment la première version de ce pamphlet : La Révolution de la liberté ? Cet appel à la révolte contre la civilisation moderne broyeuse d'âmes retentit dans la plupart des huit autres textes inédits présentés par Jean-Loup Bernanos (dans le volume édité chez Plon en Livre de Poche) : interview, conférence, article, préface, discours. Georges Bernanos s'y montre égal à lui-même."

 

Extraits :

 

"Un monde gagné par la Technique est perdu pour la Liberté."

"Ainsi, le progrès technique n'est plus dans l'homme, il est dans la technique, dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain."

"La seule Machine qui n'intéresse pas la Machine, c'est la Machine à dégoûter l'homme des Machines, c'est-à-dire d'une vie tout entière orientée par la notion de rendement, d'efficience et finalement de profit."

"Les machines n'ont, jusqu'ici du moins, probablement rien changé à la méchanceté foncière des hommes, mais elles ont exercé cette méchanceté, elle leur en ont révélé la puissance et que l'exercice de cette puissance n'avait, pour ainsi dire, pas de bornes."

"La politique de production à outrance ménage aujourd'hui sa main-d'oeuvre, mais la furie de spéculation qu'elle provoque déchaîne périodiquement des crises économiques ou des guerres qui jettent à la rue des millions de chômeurs, ou des millions de soldats au charnier."

"Nous voyons (au contraire) se former plus ou moins secrètement, en vue des luttes futures pour la stabilité de la Paix, c'est-à-dire pour le partage des marchés, une coalition d'ignorance et d'intérêts qui s'autorise précisément contre nous des traditions de la Démocratie. Le moment me paraît venu de lui opposer notre tradition de la Liberté."

"Une Démocratie sans démocrates, une République sans citoyens, c'est déjà une dictature, c'est la dictature de l'intrigue et de la corruption."

"Qui ne défend la liberté de penser que pour soi-même est déjà disposé à la trahir."

"Le parasite intellectuel, toujours complice du pouvoir, même quand il paraît le combattre."

"Le jour n'est pas loin peut-être où il nous semblera aussi naturel de laisser notre clef dans la serrure, afin que la police puisse entrer chez nous nuit et jour, que d'ouvrir notre portefeuille à toute réquisition. Et lorsque l'Etat jugera plus pratique, afin d'épargner le temps de ses innombrables contrôleurs, de nous imposer une marque extérieure, pourquoi hésiterions-nous à nous laisser au fer, à la joue ou à la fesse, comme le bétail ? L'épuration des Mal-Pensants, si chère aux régimes totalitaires, en serait grandement facilitée."

"Le vice de la servitude va aussi profond dans l'homme que celui de la luxure, et peut-être que les deux ne font qu'un. Peut-être sont-ils une expression différente et conjointe de ce principe de désespoir qui porte l'homme à se dégrader, à s'avilir, comme pour se venger de lui-même, se venger de son âme immortelle."

 

 

 

 

Romancier, journaliste, conférencier, Georges Bernanos (né à Paris en 1888) a été profondément marqué par son éducation catholique, que parachevèrent des études de Lettres et de Droit. D'abord journaliste et directeur d'un hebdomadaire monarchiste (1913-1914), il devient inspecteur d'une compagnie d'assurances après la guerre qu'il fait comme engagé volontaire dans la cavalerie.

C'est pendant ses tournées qu'il écrit so premier roman : Sous le soleil de satan (1926) dont le succès lui permet dès lors de vivre de sa plume. En 1929, il obtient le Prix Femina pour La Joie. Le Journal d'un curé de campagne lui vaut, sept ans plus tard, le Prix du roman de l'Académie française.

En 1932, Georges Bernanos se détache de l'Action française, comme il reniera en 1937 ses sympathies pour le franquisme dont il fustige dans Les Grands Cimetières sous la lune, les répressions vues à Palma de Majorque où il réside durant la guerre civile d'Espagne.

Du Brésil, où il vit de 1938 à 1945, il met tout son talent de polémiste au service de la France au combat.

Après deux ans environ passés en Tunisie, où il écrivit Dialogues des Carmélites, Georges Bernanos est mort à Neuilly le 5 juillet 1948.

 

 

Joyeuses Pâques !

Publié le par Robin Guilloux

 

"On ne va jusqu'à l'espérance qu'à travers la vérité, au prix de grands efforts. Pour rencontrer l'espérance, il faut aller au-delà du désespoir. Quand on va au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore."

(Georges Bernanos, Conférence aux étudiants brésiliens, Rio de Janeiro, 22 décembre 1944)

Source citations sur la page Georges Bernanos - Ses citations - Dicocitations


Source citations sur la page Georges Bernanos - Ses citations - Dicocitations

 

Mairie de Bourges, Pascal Blanc : "Tous ensemble ?"

Publié le par Robin Guilloux

 

"Tous ensemble, allons encore plus loin !" Tel était le slogan de campagne du nouveau maire de Bourges, Pascal Blanc. Je ne sais pas trop où nous allons, mais je sais que nous n'y allons pas tous ensemble, puisqu'un membre de l'équipage et un membre de taille, Alain Tanton (UMP), vient de quitter le bateau.

 

Quelques jours après l'intronisation du nouveau maire, la nouvelle municipalité recommence donc à étaler au grand jour les dissentions de l'ancienne, puisqu'on a pris les mêmes pour recommencer : le dauphin de Serge Le Peletier, Pascal Blanc (UDI) a pris la tête de la communauté de communes, poussant Alain Tanton (UMP) à demissionner de son poste-placard de maire-adjoint, chargé des relations avec la dite communauté de communes (et son nouveau Président... Pascal Blanc)... Vous suivez ?

Ca commence bien, et à vrai dire ça ne fait que continuer... Les adhérents de l'UMP dans le Cher sont fous furieux (et ils sont plus nombreux que ceux de l'UDI) et jurent de "dessouder" Pascal Blanc, quitte à s'abstenir ou même à faire voter pour la candidate socialiste Irène Félix la prochaine fois et de lui faire en attendant toutes les misères possibles.

Pascal Blanc a qui le succès semble monter à la tête semble oublier qu'il ne doit son élection qu'aux membres de la liste UMP Fénoll/Tanton et au maire sortant (centriste) qui a été jusqu'à s'inscrire sur la liste Blanc pour faire pencher la balance, tant le rapport de forces avec la liste Fénoll/Tanton était incertain et même plutôt en faveur de ces derniers.

Que l'UMP crie à la trahison et au coup fourré et bien que n'étant pas membre de l'UMP, ni du PS, je peux le comprendre.

Ca promet !

Je suis certainement très naïf, mais il m'avait semblé que les Français en avaient assez de la dictature des Partis - d'autant plus à cran qu'ils sont discrédités - et des querelles d'egos, qu'ils voulaient des hommes politiques qui soient au service de leurs concitoyens et non de leurs intérêts personnels, bref, qu'ils réclamaient une autre façon de gouverner.

Le taux d'abstention et le vote FN en dit long sur le ras-le-bol et le désaveu d'une grande partie des Français, mais apparemment, le message n'est pas arrivé jusqu'à Bourges.

Lord Byron, épitaphe pour un chien...

Publié le par Robin Guilloux

DR

 

"Il possèdait la beauté sans la vanité , la force sans l'insolence, le courage sans la férocité et toutes les vertus de l'homme sans ses vices... Dans la vie , le plus sûr des amis, le premier à vous accueillir, le premier à vous défendre, celui dont le cœur honnête appartient pour toujours à son maître, qui travaille, se bat, vit et respire pour lui seul."

 

Lord Byron

 

"EPITAPH TO A DOG" BY LORD BYRON

(AS INSCRIBED ON THE MONUMENT TO "BOATSWAIN", BYRON'S DOG, AT NEWSTEAD ABBEY, ENGLAND)

 

Near this Spot
are deposited the Remains of one
who possessed Beauty without Vanity,
Strength without Insolence,
Courage without Ferosity,
and all the virtues of Man without his Vices.

This praise, which would be unmeaning Flattery
if inscribed over human Ashes,
is but a just tribute to the Memory of
BOATSWAIN, a DOG,
who was born in Newfoundland May 1803
and died at Newstead Nov. 18, 1808.

When some proud Son of Man returns to Earth,
Unknown by Glory, but upheld by Birth,
The sculptor’s art exhausts the pomp of woe,
And storied urns record who rests below.
When all is done, upon the Tomb is seen,
Not what he was, but what he should have been.
But the poor Dog, in life the firmest friend,
The first to welcome, foremost to defend,
Whose honest heart is still his Master’s own,
Who labours, fights, lives, breathes for him alone,
Unhonoured falls, unnoticed all his worth,
Denied in heaven the Soul he held on earth –
While man, vain insect ! hopes to be forgiven,
And claims himself a sole exclusive heaven.

Oh man ! thou feeble tenant of an hour,
Debased by slavery, or corrupt by power –
Who knows thee well must quit thee with disgust,
Degraded mass of animated dust !
Thy love is lust, thy friendship all a cheat,
Thy tongue hypocrisy, thy words deceit !
By nature vile, ennobled but by name,
Each kindred brute might bid thee blush for shame.
Ye, who perchance behold this simple urn,
Pass on – it honors none you wish to mourn.
To mark a friend’s remains these stones arise;
I never knew but one – and here he lies.

 

 

 

tentative de traduction :

 

Epitaphe pour un chien, inscrite sur le monument "A Boatswain", le chien de Byron, abbaye de Newstead, en Angleterre.

 

Ici reposent les restes d'un être qui avait

La Beauté sans la Vanité,

La Force sans l'Insolence,

Le Courage sans la Férocité,

Et toutes les vertus des hommes sans leurs vices.

Absurde flatterie sur des cendres humaines,

Cet éloge est le juste tribut à la mémoire

De mon chien qui portait le doux nom de Boatswain,

Né dans les Newfoundlands, en Mai 1803

Mort ici à Newstead, novembre 1808.

Lorsqu'un homme orgueilleux s'en retourne à la terre,

Délaissé par la Gloire, promu par la Naissance,

L'art du sculpteur épuise l'apparat du chagrin

Et les urnes historiées rappellent le souvenir

De celui qui repose,

Non pas celui qu'il fut, mais qu'il aurait dû être.

Mais lui, le pauvre chien, l'ami le plus fidèle,

Premier à accueillir et premier à défendre,

Et dont l'honnête coeur n'appartient qu'à un seul,

Qui pour lui seul combat et vit et qui respire,

Tombe sans être honoré et sans que sa valeur

Soit jamais reconnue.

On lui refuse aux cieux  l'âme qu'il avait sur terre,

Tandis que l'Homme, insecte, implore le pardon,

Et réclame pour lui seul exclusivement le ciel.

Homme qui ne fut jamais qu'un simple locataire,

Toi faible créature que le servage dégrade,

Chétive créature que le pouvoir corrompt,

Qui te connaît ne peut que fuir avec dégoût,

Homme, masse avilie de poussière animée

Dont l'amour est luxure et tricherie l'amitié,

Et la langue hypocrite et les paroles trompeuses.

Brutes que l'on rougit d'avoir pour parenté.

 

Toi qui jettes les yeux, par hasard, sur cette urne,

Passe donc ton chemin,

Elle n'honore pas quelqu'un dont tu portes le deuil.

Pour saluer un ami ces pierres sont debout,

Je n'en ai eu qu'un seul et c'est là qu'il repose.

 

 

 

 

 

 

Herbert R. Lottman, Albert Camus

Publié le par Robin Guilloux

 

 

Herbert Lottman, Albert Camus,biographie, traduit de l'américain par Marianne Véron, Editions du Seuil, 1978

"Camus lui-même redoutait les biophages et il est vrai que l'un des risques de la biographie littéraire est de faire croire au lecteur que l'essentiel s'y trouve, alors que l'essence de la vie de l'auteur tient dans ce qu'il a dit. Il revient au biographe d'attirer l'attention sur l'oeuvre sans prétendre y substituer son propre livre."

Ainsi Herbert R. Lotman présente-t-il les intentions et la méthode qui l'ont guidé dans la rédaction de cette monumentale enquête biographique sur l'auteur de l'Etranger et de la Peste, dont les années à venir ne feront que confirmer l'importance."

 

"Albert Camus, 1913-1960

Camus semblait tout avoir : jeunesse, charme, succès précoce (suffisant pour éveiller la jalousie, parfois vive, chez certains de ses contemporains célèbres). Il avait d'abord attiré l'attention avec un court roman, l'Etranger, et la parution de la Peste avait valu à cet étranger une gloire accrue et une réputation internationale. Le front auréolé par l'esprit de la Résistance, il avat émergé de la guerre en jeune héros. Dans les années de l'après-guerre, son journal Combat fut le guide moral d'une génération qui réclamait le changement. Ami de longue date (puis ennemi), Jean-Paul Sartre rappela la magie de cette époque dans une descritption de Camus que l'on cite souvent : "L'admirable conjonction d'une personne, d'une action et d'une oeuvre." Nul ne semblait porter davantage l'espoir de la jeune France et du monde.

Il ne se déroba à aucun combat - après avoir été l'un des premiers à protester contre les inégalités frappant les musulmans d'Afrique du Nord, il devient l'ami secourable des exilés espagnols antifascistes, des victimes du stalinisme, des jeunes révoltés, des objecteurs de conscience. En lui décernant le prix Nobel, l'Académie suédoise le cita comme l'un des plus engagés parmi les écrivains opposés au totalitarisme.

Le Prix Nobel lui fut attribué remarquablement tôt - seul Rudyard Kipling l'avair reçu plus jeune. "Voici l'une des rares voix littéraires qui ait émergé du chaos de l'après-guerre sur le ton harmonieux et mesuré de l'humanisme", proclama l'éditorialiste du New York Times.

Mais Albert Camus connaissait de graves problèmes. Les contoverses provoquées par le soutien qu'il accordait publiquement à des causes peu populaires, les difficultés personnelles crées par la guerre d'Algérie, la maladie dans sa famille, sa maladie même, tout cela contribua, sans que l'on puisse dire dans quelles proportions, à créer en lui un blocage d'écriture qui dura des années (même s'il parvint à le dissimuler sous d'abondantes activités de substitution). A droite comme à gauche, ses détracteurs surent en tirer parti, affirmant qu'il se trouvait désormais sur le second versant, imposteur imbu de lui-même et satisfait. De son côté, l'enfant élevé dans la pauvreté et l'humilité, qui s'était toujours tenu à l'écart des salons et des gloires littéraire, des récompenses et des décorations, refusa de se laisser transformer en statue. "Si seulement ils savaient qui je suis vraiment", se lamentait-il auprès d'un de ses rares confidents (sa secrétaire).

Puis il crut avoir enfin trouvé une l'issue : dans une nouvelle maison, de nouvelles habitudes. Il allait désormais pouvoir retourner à la création littéraire (un nouveau livre très important) et à son travail préféré - le théâtre.

C'est alors qu'il mourut."

 

Ecrivain américain. Vit en France depuis de nombreuses années. Obéissant aux strictes méthodes anglo-saxonnes - comme il l'a fait pour Pétain -, il s'attache ici à suivre au plus près la vie de Camus, n'avançant rien qui ne soit fondé par maintes source et références.

Evelyne Loew, Soutine l'acharné

Publié le par Robin Guilloux

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Né à Smilovitchi (Biélorussie), mort à Paris, eut un lien très fort avec la région Centre. Il y vécut des moments charnières de sa vie, une vie traversée par deux grandes guerres. Ces moments ont été imaginés, développés, et mis en scène dans la pièce qu'Eveline Loew a écrite en 2012. La pièce met en scène huit jeunes gens aujourd'hui qui font des aller et retour entre leur recherche et celle des peintres des années 20-30. La pièce a été publiée par les Editions de l"Amandier, elle a reçu le soutien du Centre national du Livre et a été donnée en lecture au Musée de l'Orangerie par les Trétaux de France - centre Dramatique National, directeur de la lecture Robin Renucci, dans le cadre de l'exposition Soutine.

 

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Portrait de Chaïm Soutine par Modigliani (1916)

 

Chaïm Soutine, né dans le village de Smilovitchi, près de Minsk, dans l'actuelle Biélorussie, le et mort à Paris, le , est un peintre français.

Il a développé précocement une vision et une technique de peinture très particulières en utilisant, non sans raffinement, une palette de couleurs flamboyantes dans un expressionnisme violent et tourmenté qui peut parfois, dans ses portraits, rappeler Egon Schiele. Il est l'un des peintres majeurs rattachés, avec Modigliani et Chagall, à ce qu'on appelle l'École de Paris.

Emmanuel Lévinas, De l'existence à l'existant

Publié le par Robin Guilloux

 

Emmanuel Levinas, né le 12 janvier 1906 à Kaunas et mort le 25 décembre 1995 à Paris, est un philosophe français d'origine lituanienne naturalisé français en 1930. Il a reçu dès son enfance une éducation juive traditionnelle, principalement axée sur la Torah. Plus tard, il a été introduit au Talmud par l'énigmatique « Monsieur Chouchani ». La Torah enseignée par Levinas est dérivée des leçons de Monsieur Chouchani. La philosophie de Levinas est centrée sur la question éthique et métaphysique d'autrui, caractérisé comme l'Infini impossible à totaliser, puis comme l'au-delà de l'être, à l'instar du Bien platonicien, ou de l'idée cartésienne d'infini que la pensée ne peut contenir. Levinas étend ses recherches à la philosophie de l'Histoire et à la phénoménologie de l'amour. Il est également l'un des premiers à introduire en France la pensée de Husserl et celle de Heidegger.

 

Paru en 1947, au lendemain de la Libération, mais pensé en captivité, ce livre contient en germe les thèmes fondamentaux de la pensée d'Emmanuel Lévinas et préfigure son oeuvre future, Totalité et Infini, Autrement qu'être ou au-delà de l'essence et de Dieu qui vient à l'idée.

Emmanuel Lévinas retient la distinction heideggerienne entre l'Etre et l'étant (le "pli de l'Etre"), mais "l'il y a" diffère de l'Être comme "donation" ("es gibt").

La conception lévinasienne de l'Être est plus proche de celle de Maurice Blanchot : bruissement silencieux, neutralité inhumaine.

Notre relation au monde est prédéterminée par notre relation à l'Être. L'analyse phénoménologique de la paresse ou de la fatigue montre que la conscience n'est pas reliée originairement à tel ou tel secteur de l'étant (à l'existant) : "on n'est pas las de quelque chose, mais de l'existence en général. La paresse, la fatigue, avant d'être des contenus de conscience sont des reculs devant l'existence en général... La lassitude est un impossible refus de la nécessité dernière d'exister."

Tous les étants ont en commun l'existence, mais tous n'existent pas de la même manière. C'est ainsi que parmi tous les étants, autrui a la particularité de ne pas être un objet du monde...

 

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"L'Etude que nous présentons a un caractère préparatoire. Elle parcourt et effleure un certain nombre de thèmes des recherches plus vastes consacrées au problème du Bien, au Temps et à la Relation avec Autrui comme mouvement vers le Bien.

La formule platonicienne plaçant le Bien au-delà de l'être est l'indication la plus générale et la plus vide qui les guide. Elle signifie que le mouvement qui conduit un existant vers le Bien n'est pas une transcendance par laquelle l'existant s'élève à une existence supérieure, mais une sortie de l'être et des catégories qui le décrivent : une ex-cendance. Mais l'ex-cendance et le Bonheur ont nécessairement pied dans l'être et c'est pourquoi être vaut mieux que ne pas être.

A cette position dans l'être se limite le thème du présent travail. L'exposé ne peut cependant masquer les perspectives où il se situe et il anticipe constamment sur les développements réservés à un autre ouvrage (Totalité et Infini, 1961)

L'ensemble de ces recherches, commencées avant la guerre, a été poursuivi et, en majeure partie, rédigé en captivité. Le stalag n'est pas évoqué ici comme un droit à l'indulgence, mais comme une explication de l'absence de toute prise de position à l'égard des oeuvres philosophiques publiées, avec tant d'éclat, entre 1940 et 1945." (E. Lévinas fait allusion à L'Etre et le Néant  de Jean-Paul Sartre)

E. Lévinas, Avant Propos

 

 

"La notion de l'il y a développée dans ce livre vieux de 30 ans, nous en semble le morceau de résistance. Une négation qui se voudrait absolue, niant tout existant - jusqu'à l'existant qu'est la pensée effectuant cette négation même - ne saurait mettre fin à la "scène" toujours ouverte de l'être, de l'être au sens verbal : être anonyme qu'aucun étant ne revendique, être sans étants, ou sans êtres, incessant "remue-ménage" pour reprendre une métaphore de Blanchot, il y a impersonnel, comme un "il pleut" ou un "il fait nuit". Terme foncièrement distinct du "es giebt" heideggerien. Il n'a jamais été ni la traduction, ni la démarque de l'expression allemande et de ses connotations d'abondance et de générosité. L'il y a , par nous décrit en captivité et présenté dans cet ouvrage paru au lendemain de la Libération, remonte à l'une de ces étranges obsessions qu'on garde de l'enfance et qui reparaissent dans l'insomnie quand le silence résonne et le vide reste plein.

Les énoncés qui se greffent sur le thème central de l'il y a et même les conclusions qui les achèvent dans ce livre de 1947, conservent, à leur niveau, leur sens. Il est probable, néanmoins, qu'ils décident, parfois prématurément, des possibles que cette notion comporte. Qu'il soit donc permis d'indiquer les éléments auxquels, dans ces développements, on attache, encore aujourd'hui, une certaine importance. Ce sont, dans les textes de la première partie de l'ouvrage où est tentée une phénoménologie de la paresse, de la fatigue, de l'effort, certains traits marqués par le caractère désertique, obsédant et horrible de l'être, entendu selon l'il y a ; mais c'est surtout la description de cet il y a même et l'insistance sur son inhumaine neutralité. Neutralité à surmonter déjà dans l'hypostase où l'être, plus fort que la négation, se soumet, si l'on peut dire, aux êtres, l'existence à l'existant. C'est cette hypostase, cette position qu'essayent d'approcher dans De l'existence à l'existant  la plupart des descriptions (...)

(E. Lévinas, Préface à la deuxième édition)

 

 

"Ce travail s'articule (donc) de la manière suivante : il cherche à approcher l'idée de l'être en général dans son impersonnalité pour analyser ensuite la notion du présent et de la position où, dans l'être impersonnel surgit, comme par l'effet d'une hypostase, un être, un sujet, un existant. Mais ces questions n'ont pas été posées à partir d'elles-mêmes. Elles nous semblent procéder de certaines position de l'ontologie contemporaine qui a permis de renouveler la problématique philosophique (Husserl, Heidegger, Sartre).

Le renouveau de l'ontologie dans la philosophie contemporaine n'a plus rien de commun avec le réalisme. La recherche ne suppose pas une affirmation de l'existence du monde extérieur et de son primat par rapport à la connaissance. Elle affirme que le fait essentiel de la spiritualité humaine ne réside pas dans notre relation avec les choses qui composent le monde, mais est déterminée par une relation qui, de par notre existence, nous entretenons d'ores et déjà avec le fait même qu'il y a de l'être, avec la nudité de ce simple fait. Cette relation, loin de masquer une tautologie, constitue un événement dont la réalité et le caractère en quelque manière surprenant, s'annoncent dans l'inquiétude qui l'accomplit. Le mal de l'être, le mal de la matière de la philosophie idéaliste, devient le mal d'être (...)"

(E. Lévinas, Introduction)

 

Tables des matières :

 

AVANT-PROPOS

INTRODUCTION

La relation avec l'existence et l'existant

La relation avec l'existence

La fatigue et l'instant

LE MONDE

Les intentions

La lumière

EXISTENCE SANS MONDE

L'exotisme

Existence sans existant

L'HYPOSTASE

L'insomnie

La position

Vers le temps

Conclusion

 

Notes de lecture :

 

Existence = être, le fait d'être, "l'étance", "il y a"

... ce que la pensée ne peut supprimer sans se nier elle-même et qui, de ce fait, est plus fondamental (et plus certain) que le cogito cartésien : "il y a" (de l'être)".

"il y a" est le contraire de la profusion de l'Etre au sens heideggerien ("es gibt" = la Phusis ?)

Le "il y a" a été écrit en captivité (stalag) et présenté dans De l'existence à l'existant à la Libération, en 1947.

"il y a" : expérience existentielle remontant à l'enfance.

Nous faisons l'expérience du "il y a" dans l'insomnie, la fatigue, l'effort, l'ennui (être sensible au temps pur, sans contenu).

neutralité inhumaine du "il y a"

"Il y a (...) quelque chose de calme et de rassurant dans les premières heures d'obscurité, mais à mesure que la nuit avance et que tous les bruits se taisent, l'ombre et le silence prennent vite un caractère différent. Une espèce d'immobilité surnaturelle pèse sur tout et il n'est pas un mot plus éloquent que celui d'horreur pour décrire les moments qui précèdent la venue de l'aube." (Julien Green, Adrienne Mesurat, 1ère partie (IV), Plon)

"Neutralité à surmonter déjà dans l'hypostase où l'être, plus fort que la négation, se soumet, si l'on peut dire, aux êtres, l'existence à l'existant. C'est cette hypostase, cette position (Kant ?) qu'essayent d'approcher dans De l'existence à l'existant la plupart des descriptions (phénoménologiques)."

 

Hypostase : du grec hupostasis, support, fondement.

Ce mot a été surtout introduit dans la langue technique de la philosophie par Plotin et par les écrivains chrétiens de son époque, qui l'appliquent aux trois personnes divines en tant qu'on les considère comme substantiellement distinctes.

En latin, substantia (qui en est la transcription) et, dans la langue scolastique, hypostasis, qui garde surtout le sens d'individu et spécialement de personne morale (cf. Thomas d'Aquin, somme théologique, I, 29,1 c)

A. substance, considérée comme une réalité ontologique

B. (Péjoratif). Entité fictive, abstraction faussement considérée comme une réalité. - ce sens est surtout usuel pour le verbe hypostasier (= transformer une relation logique en une substance, au sens ontologique de ce mot) ; et même, plus généralement, donner à tort une réalité absolue à ce qui n'est que relatif.(Dictionnaire technique et critique de la philosophie Lalande

 

"Nous cherchions l'apparition même du substantif. Et pour indiquer cette apparition, nous avons repris le terme d'hypostase qui, dans l'histoire de la philosophie, désignait l'événement par lequel l'acte exprimé par un verbe devenait un être désigné par un substantif. L'hypostase, l'apparition du substantif, n'est pas seulement  l'apparition d'une catégorie grammaticale nouvelle ; elle signifie la suspension de l'il y a anonyme, l'apparition d'un domaine privé, d'un nom. Sur le fond de l'il y a surgit un étant. la signification ontologique de l'étant dans l'économie générale de l'être - que Heidegger pose simplement à côté de l'être par une distinction - se trouve ainsi déduite. Par l'hypostase, l'être anonyme perd son caractère d'il y a. L'étant - ce qui est - est sujet du verbe être et, par là, il exerce une maîtrise sur la fatalité de l'être devenu son attribut. Quelqu'un existe qui assume l'être, désormais son être." (E. Lévinas, De l'existence à l'existant, p. 140)

 

"Nous" avons tendance à "hypostasier" l'être en ramenant l'être à l'étant. Lévinas reprend donc la distinction fondamentale que fait Heidegger dans Sein und Zeit entre l'être et l'étant (le "pli" de l'être), mais il ne définit pas l'être comme "profusion" (es gibt).

Mais par ailleurs, le sujet, l'existant, surgit à la manière d'une "hypostase", à la manière une substance séparée, bien qu'il ne soit pas  substance, mais existence dans l'indifférence de l'être.

Il faut distinguer trois "réalités" : l'être (le fait d'être, la neutralité), l'existence (l'irruption de cet étant particulier qu'est l'homme, la conscience et l'existant, les choses, les étants, cet arbre, cette table, l'idée de Dieu comme "étant suprême"... perçus dans le présent. Cf. Heidegger : dans l'expression "Sein und Zeit", le mot le plus important est le mot "Zeit" (Temps). A ces trois réalités s'ajoutent la relation à autrui, au prochain, qui est plus qu'un autre moi-même et la temporalité.

Le véritable sujet du livre est la question d'autrui. Ma relation au prochain n'est pas symétrique. Jamais je ne suis quitte envers l'autre.

La relation à autrui "déneutralise" l'être qui laisse enfin entrevoir la signification éthique du mot "bien".

L'être n'est pas le "conatus essendi" (Spinoza), la pure et simple persévérance dans l'être, l'instinct de conservation.

L'en-face autrui ne fait pas du Dasein (l'être là, le "là" de l'Etre) un "être pour la mort" (Heidegger).

De l'existence à l'existant préfigure les études ultérieures (Totalité et infini, 1961, Autrement qu'être ou au-delà de l'essence, 1974)

"Dans ces études récentes, c'est en partant de la relation avec autrui et du retournement de l'égoïté du moi qu'elle signifie, qu'ont pu être abordés les thèmes de la transcendance et essayées les analyses de la temporalité comme désir de l'infini."

Il ne s'agit pas pour E. Lévinas de revenir "en-deça" de Heidegger en provilégiant l'étant aux dépens de l'être.

L'existence est antérieure au monde.

On n'est pas las de quelque chose, mais de l'existence en général. La paresse et la fatigue sont des reculs devant l'existence avant d'être des contenus de conscience.

La lassitude est un impossible refus de l'obligation dernière d'exister.

La paresse est liée à la difficulté de commencer.

Chaque instant, en tant qu'instant, est un commencement.

La paresse est une fatigue de l'avenir.

L'avenir est impossible à un sujet seul car il implique la relation.

 

 

 

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