Philippe Brenot, Les violences ordinaires des hommes envers les femmes

Publié le par Robin Guilloux

Philippe Brenot, Les violences ordinaires des hommes faites envers les femmes, Odile Jacob, mars 2008

L'ouvrage porte en exergue une citation de Pierre Bourdieu, tiré de La domination masculine :

"Et j'ai aussi toujours vu dans la domination masculine, et la manière dont elle est imposée et subie, l'exemple par excellence de cette soumission paradoxale, effet de ce que j'appelle la violence symbolique, violence douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes, qui s'exerce pour l'essentiel par les voies purement symboliques de la communication et de la connaissance, de la reconnaissance ou, à la limite, du sentiment.

Philippe Brenot est médecin psychiatre et thérapeute de couples, directeur d'enseignement en sexologie à l'universite Paris-V et président de l'Observatoire international du couple. Il a notamment publié Inventer le couple, Le Sexe et l'Amour et Le Génie et la Folie.

Philippe Brenot s'intéresse dans cet ouvrage aux causes de la violence morale et physique, statistiquement prépondérante, que les femmes subissent de la part des hommes, même s'il arrive, reconnaît l'auteur, que l'inverse se produise aussi.

Il explique les raisons culturelles pour lesquelles l'acceptation de l'autre comme un égal, une personne à part entière, est plus difficile pour les hommes et pourquoi les hommes ont souvent du mal à trouver leur place, en tant que compagnon et en tant que père, dans la société actuelle et se réfugient tantôt dans le silence, tantôt dans la surdité affective, tantôt dans la fuite (être là sans être vraiment présent) ou la réaffirmation injustifiée du rapport traditionnel de domination.

S'appuyant sur les analyses de l'Ecole de Palo Alto sur la communication intersubjective, il explique, à partir de la notion de "double bind" (injonction contradictoire), le processus de "montée aux extrêmes" (runaway), en paroles et en actes, et de renforcement par rétroaction (effet de miroir) entre les deux partenaires. 

La  différence entre l'homme et la femme est d'abord une différence "ontologique" : je ne suis pas l'autre (ipséité/alterité), avant d'être une différence sexuelle.

L'idéologie "unisexe" prétend lutter contre la violence faite aux femmes en atténuant au maximum et, à la limite, en cherchant à "déconstruire" réellement les différences non biologiques qualifiées de "stéréotypes de genre".

D'autres, comme Philippe Brenot (et je me range plutôt à leur avis) pensent qu'il n'est ni possible ni souhaitable de supprimer les notions de "masculinité " et de "féminité", qu'elles soient biologiques (innées) ou culturelles (acquises), mais qu'il convient de les redéfinir pour en finir avec l'oppression multiséculaire des femmes et permettre aux hommes d'évoluer ("renaître à soi") afin de mieux comprendre les femmes et de mieux vivre avec elles (renaître à l'autre").

Devenir homme aujourd'hui

Si un homme veut vivre avec une femme, aujourd'hui, il doit apprendre à vivre avec une femme, ce qui n'était pas le cas des générations précédentes où l'ordre établi imposait comme normale une attitude masculine que rien ne venait remettre en cause. Les femmes ont changé, elles sont plus sensibles, plus tendres, plus intimes, plus érotiques, ce qui ne peut se poursuivre qu'à une condition : l'absence de menace, de crainte, de soucis... c'est-à-dire un climat de douceur et de tranquillité. Or nos manières masculines ne vont pas toujours dans le sens de l'apaisement, nous vivons alors difficilement l'absence d'intimité et de sexualité qui s'ensuit naturellement. Tout cela semble logique, car il n'y a jamais l'un sans l'autre. C'est à nous, hommes, d'apprendre à partager l'imaginaire féminin, seule condition de l'entente amoureuse au long cours.

Je propose pour cela dix recommandations (qui vont devenir des qualités) pour tout homme désirant vivre avec une femme :

1. La remise en question

2. Le dégonflage narcissique

3. L'abandon de la domination

4. L'apprentissage de la frustration

5. Le retour de la séduction

6. L'apprentissage de la sensualité

7. L'accès à l'écoute et à la parole

8. L'investissement dans la vie commune

9. La disponibilité

10. La complicité

(Philippe Brenot, Les Vilences ordinaires des hommes envers les femmes, conclusion,  p.199 et suiv.)

 

Kierkegaard, Crainte et Tremblement

Publié le par Robin Guilloux

 Kierkegaard, Crainte et Tremblement, Lyrique-Dialectique par Johannès de Silentio, Traduit du danois par P.-H. Tisseau, introduction de Jean Wahl, Editions Aubier-Montaigne, 1984

Søren Kierkegaard, selon l'état civil Søren Aabye Kierkegaard, né le 5 mai 1813 et mort le 11 novembre 1855 à Copenhague, est un écrivain, théologien protestant et philosophe danois, dont l’œuvre est considérée comme une première forme de l'existentialisme.

Regine Schlegel, née Olsen (23 janvier 1822 – 18 mars 1904), est une femme danoise dont la notoriété provient de sa brève relation avec le philosophe et théologien S. Kirkegaard, de septembre 1840 à octobre 1841.

Après la fin de leur relation, Regine se maria à Johan Frederik Schlegel, un important fonctionnaire d'État. Bien qu'il fût à l'origine de la rupture, Kierkegaard fut anéanti et ne se remit jamais de cette séparation. Regine conserva une influence importante sur la vie et le travail ultérieur du philosophe.

Elle est enterrée au Cimetière Assistens, non loin de Kierkegaard.

 

"C'est en 1841, la même année que Marx, que Søren Kierkegaard (1813-1855) soutient sa thèse de doctorat, sur Le Concept d'ironie chez Socrate. En 1843, quelques mois après L'Alternative, paraissent, le même jour, le 16 octobre, La Répétition et Crainte et tremblement, où la pensée paradoxale de l'auteur va prendre pour point de départ le problème théologiquement et philosophiquement épineux de l'interprétation de l'épisode biblique du sacrifice (la "ligature") d'Isaac par son père Abraham. La morale, dont les exigences sont universelles, peut-elle souffrir des exceptions ? Contre cette prétention à l'universalité, que Kant défendait, Kierkegaard va soutenir la thèse d'une « suspension téléologique de l'éthique ». « Le héros tragique [Agamemnon] renonce à lui-même pour exprimer le général ; le chevalier de la foi [Abraham] renonce au général pour devenir l'individu. » Faisant l'expérience de l'absurde et de la solitude, Abraham témoigne pour une existence irréductible à tout concept. Kierkegaard jette ainsi les fondements d'une pensée de l'existence singulière appelée à de nombreux développements.

Dans son Journal, Kierkegaard écrit ces lignes qui éclairent le sens de Crainte et tremblement : « Il y a en moi un côté poétique prépondérant et la mystification tient justement au fait que Crainte et tremblement, au fond, reproduisait ma propre vie. » C'est en octobre 1841, en effet, que Kierkegaard rompt ses fiançailles avec Régine Olsen, et qu'il commence à jeter frénétiquement les fondements philosophiques de sa propre pensée. Rompre avec le monde, la société, les institutions comme seule mesure de ce qui nous fait homme et homme singulier, tel est le thème qui aiguillonnera toute la recherche passionnée du penseur. Le rapport à l'absolu ne souffre aucun compromis avec les exigences du monde ; souffrance et paradoxe, traversée de l'absurde seront donc le prix à payer afin que l'individu singulier puisse émerger..." (source : encyclopédia universalis)

http://1.bp.blogspot.com/-hz8J892eNXM/T_uvpRvfK3I/AAAAAAAAPDo/1slQKjgdtxg/s1600/kierkegaard.jpg

"Kierkegaard tenait Crainte et Tremblement pour son meilleur livre ; il suffirait, disait-il, pour immortaliser mon nom. Jamais sa "dialectique lyrique", son art de nous faire sentir au-dessus de nous les caractères spécifiques de ce domaine religieux, au-dessous duquel lui-même ici prétend rester, ne nous ont touché aussi profondément. Jamais, non plus, et il nous le dit lui-même, son exposé ne fut plus intimement uni à ses conflits les plus personnels Mais il n'est pas toujours aisé de saisir la pensée de Kierkegaard, derrière celle de ce Johannès de Silentio, à qui il attribue l'ouvrage, et qui est lui, sans doute, mais non tout à fait lui. "C'est l'oeuvre la plus difficile de Kierkegaard, nous dit Hirsch, et dans laquelle, plus que dans n'importe quelle autre, il a tout fait pour égarer le lecteur."

Quel doit être le rapport de l'individu avec le réel ? Quel doit être son rapport avec le temps ? Ce sont les deux problèmes que Kierkegaard se pose dans Crainte et Tremblement. Ces deux problèmes sont liés et ils sont liés étroitement à la vie même de Kierkegaard. Pris dans leur relation avec cette vie, avec l'individu qu'il fut, ils signifient : pouvais-je épouser ma fiancée ? Devais-je l'épouser, alors que Dieu a fait de moi sinon un élu, au moins un individu isolé ; différent de tous les autres, et quand le mariage aurait été pour elle un malheur ? Devais-je l'épouser quand je sentais en moi, à côté de mes sentiments religieux, d'autres sentiments dont je ne suis pas toujours maître et qui me font peur ? Devais-je l'épouser enfin quand sentais si profondément que, en même temps qu'elle serait devenue ma femme, elle aurait cessé d'être l'idéale jeune fille que j'aimais, pour prendre place dans le réel, tandis que son souvenir seul me serait resté précieux, qu'elle me serait restée précieuse, mais seulement dans le passé ?

Kierkegaard cherche à retrouver le caractère originel du premier instant, du commencement ; il veut redécouvrir la jeune fille, la fiancée sous la femme. Impossible d'y arriver sur le plan esthétique, par les sensations renouvelées. Don Juan ou Edouard le Séducteur seront toujours déçus ; ils n'arriveront pas jusqu'au réel (et c'est ce que tend à prouver le Journal du Séducteur) ; impossible même, du moins pour Kierkegaard, d'y arriver sur le plan éthique, par la constance de la volonté. Reste à aller au-delà des sensations et même au-delà de la volonté, à franchir les limites de l'immanence et à se risquer, à s'aventurer sur le plan religieux, à l'aide d'une sorte de volonté sanctifiée. C'est ce que nous laissent entendre la Répétition (en danois le "Recommencement") et Crainte et Tremblement.

Voici, en effet, la réponse que va nous proposer Kierkegaard : si j'ai assez de foi, si je suis vraiment digne d'Abraham, le père de la Foi, oui, je puis épouser Régine ; je puis renoncer à elle, et, par un miracle incompréhensible, Dieu me la rendra ; ce mariage me sera possible, comme il fut possible à Abraham de retrouver son fils auquel il avait renoncé. Et le temps même sera changé ; de telle sorte que je serai au-dessus du temps ordinaire, dans un temps mûri, mais où rien ne passe, et où la jeune fille restera présente dans la femme. Mais suis-je Abraham ? Et on sait que Kierkegaaard a répondu "non" à cette question, et c'est pourquoi il n'a pas épousé celle à qui il avait donné sa parole." (Jean Wahl)

"Je ne suis pas Abraham, répond Kierkegaard. Mais il s'agit pour lui de décrire Abraham, de le comprendre, ou plus exactement de comprendre qu'on ne peut pas le comprendre, il s'agit de marquer, avec la plus grande honnêteté, les frontières entre les différents domaines de vie, de voir, avec la plus grande honnêteté, ce que c'est que vivre jusqu'au bout de l'idée religieuse, vivre dans l'idée, et de ne pas changer la foi en quelque chose d'autre, la foi qui est un vin fort en l'eau fade de la rationalité hégelienne."

 

Michel Tournier, Le miroir des idées

Publié le par Robin Guilloux

Michel Tournier, Le miroir des idées, Edition revue et augmentée par l'auteur, Mercure de France, 1994, 1996

En couverture : Alfred Rethel (1816-1859) L'Angélus de la mort

"Le soleil levant illumine la campagne. Du clocher de l'église s'égrène la sonnerie de l'Angélus du matin. Un oiseau posé sur le balcon observe curieusement.

Mais le philosophe qui a passsé la nuit dans ses grimoires sous le crucifix incliné sait que le sonneur n'est autre que la Mort, et qu'il ne verra pas la fin de ce jour."

Citation :

"Ma propre position dans le ciel, par rapport au soleil, ne doit pas me faire trouver l'aurore moins belle." (Dernières lignes du Journal d'André Gide avant sa mort)

Né en 1924, Michel Tournier habite depuis quarante ans un presbytère dans la vallée de Chevreuse. C'est là qu'il a écrit Vendredi ou les Limbes du Pacifique (Grand Prix du roman de l'Académie française) et Le Roi des Aulnes (Prix Goncourt à l'unanimité). Il voyage beaucoup avec une prédilection pour l'Allemagne et le Maghreb.

"Il faut deux jambes pour marcher, et pour bien saisir on se sert de ses deux mains. Cette évidence a été le point de départ de ce petit Traité où les idées s'éclairent en s'opposant deux à deux. La femme sert de révélateur à l'homme, la lune nous dit ce qu'elle est en plein soleil, la cuiller manifeste sa douceur maternelle grâce à la fourchette, l'encolure du taureau est mise en évidence par la croupe du cheval, etc.

L'autre principe de ce livre, c'est que la pensée fonctionne à l'aide de concepts clés qui sont en nombre fini. C'est ce que les philosophes appellent des catégories. Aristote en comptait dix, Leibniz six, Kant douze. Les définir et les analyser, c'est mettre à plat les pièces de la machnie cérébrale.

En élargissant sa "table des catégories" à cent concepts, l'auteur a manifesté sa modestie spéculative et son souci d'embrasser la plus grande richesse concrète possible."

 

 

 

Obolensky/Hayward, Russie, images d'un Empire

Publié le par Robin Guilloux

 

Chloé Obolenky, Max Hayward, Russie, Images d'un Empire, traduit de l'anglais par André Berelowitch, Albin Michel

Chloé Obolenski est née à Athènes en 1942. Elle fait ses études en Angleterre et en France, devient décoratrice de théâtre à Paris et commence sa carrière comme assistante de Lila de Nobili.

Max Hayward était Fellow du Saint Anthony's College à l'Université d'Oxford et spécialiste de la littérature russe de la période soviétique. Il a traduit plusieurs oeuvres importantes, dont Le Docteur Jivago, de Pasternak.

"Pour nous représenter la Russie du siècle dernier, nous n'avions que les oeuvres des grands écrivains : Gogol, Tourgueniev, Tchekov, Dostoïevski. Les cinq cents photographies réunies dans cet ouvrage apportent un témoignage d'une autre sorte : au fil des pages, nous découvrons les taudis petersbougeois de Crime et Châtiment, les maisonnettes blanchies à la chaux des Veillées du hameau, des Nemrods campagnards sortis tout droit des Récits d'un chasseur. Insolites, émouvantes, ou cocasses, ces clichés nous parlent d'une vie depuis longtemps disparue : des paysans aisés, coiffés de hauts-de-forme, prennent la pause devant leur belle maison, un vieil homme joue aux échecs avec son fils, officier au crâne rasé, des chameaux à l'attache, au nord de la Volga ; et cette partie de pêche, où l'on croit entendre les gouttes qui tombent du filet, et le calme éternel de la rivière.

Les premières photographies datent du milieu du XIXème siècle, les plus récentes de la veille de la Révolution. Inédites pour la plupart, elles proviennent d'albums de famille, de fonds d'archives, de musées et de bibliothèques dispersés à travers toute l'Europe et l'Amérique du Nord. C'est la collection la plus complète qu'on ait réunie à ce jour, et l'ensemble constitue un remarquable portrait de la vieille Russie, dans toute son incroyable diversité.

Ce voyage dans le temps commence par les deux capitales, Saint-Petersbourg et Moscou ; puis on flâne dans les villes et les campagnes de la Russie centrale, visitant au passage usines métallurgiques, monastères renommés et nids de gentilhommes campagnards. Franchissant les monts de l'Oural, on passe en Sibérie, pour la traverser jusqu'au Pacifique. Ensuite on revient vers l'Ouest, par le Turkestan, jusqu'à la Caspienne et à la mer Noire. On s'attarde au Caucase, en Crimée, et l'itinéraire s'achève dans le Nord, sur la Baltique.

Cet amalgame bigarré de régions, de coutumes, de peuples différents, n'est pas un monde immobile. La Révolution de 1917 n'est que l'aboutissement d'une longue évolution, commencée au milieu du XIXème siècle. Déjà Pierre le Grand avait ouvert la Russie sur l'Europe, imposé l'occidentalisation du pays. Son oeuvre de réforme avait été poursuivie par ses successeurs, allant de pair avec l'expansion territoriale, et faisant de la Russie un vaste Empire multinational. Au moment précis où l'objectif photographique saisit les premières images de la société russe, celle-ci subit des bouleversements profonds : l'émancipation des serfs en 1861, l'introduction de l'industrie dans un pays resté essentiellement rural, l'opposition radicale d'une partie de l'intelligentsia amènent l'érosion progressive du pouvoir autocratique.

De là, cet étonnant mélange d'archaïsme et de modernité, inégalement dosé selon les régions et les classes sociales : les aristocrates de Saint-Petersbourg, les marchands, les ouvriers des villes de la Russie d'Europe sont sans doute plus ouverts aux idées nouvelles ; les militaires, le clergé, les paysans, les Peuples d'Asie plus attachés à l'ancien ordre des choses, avec ses fastes, sa douceur et son iniquité.

 

 

Obolensky/Hayward, Russie, images d'un Empire

Jean Dufournet, Les Très Riches Heures du Duc de Berry

Publié le par Robin Guilloux

Jean Dufournet, Les Très Riches Heures du Duc de Berry, Bibliothèque de l'Image

"Chef-d'oeuvre des manuscrits enluminés, Les Très Riches Heures du Duc de Berry (qui ne se limitent pas aux magnifiques miniatures des douze mois de l'année), justifient leur appellation par la profusion et l'exceptionnelle qualité des miniatures, des lettrines et des rinceaux et la somptuosité des formes et des couleurs, ainsi que le raffinement des dessins et le réalisme des formes. Ces images apportent de nombreuses informations sur la vie quotidienne, les mentalités et les valeurs du XVème siècle. Elles offrent une foule de motifs fondés à la fois sur une observation attentive de la nature et sur le goût des magnificences princières.

Elles assurent la complémentarité entre la grandeur des princes et le labeur des paysans, entre les splendeurs de ce monde et l'ordre cosmique. Elles marient les traditions françaises et des influences étrangères du Nord de l'Europe et de l'Italie. Enfin les métamorphoses du livre lui-même et la diversité des talents qui ont concouru à sa réalisation contribuent à la complexité de l'histoire de son élaboration et à la persistance des mystères qui entourent encore l'oeuvre et ses auteurs, en dépit des recherches d'éminents spécialistes.

En participant à la conquête d'une image vraie du monde et de la nature, les frères Limbourg et leurs successeurs nous ont laissé une chronique de la vie princière et une encyclopédie du Moyen-Âge finissant qui voit l'univers dans sa structure cosmique et sa hiérarchie sociale."

Jean de Berry (1340-1416)

Né le 30 novembre 1340, Jean était le troisième fils du roi Jean II le Bon, le frère de Charles qui deviendra Charles V, de Louis qui sera duc d'Anjou et de Philippe le Hardi, futur duc de Bourgogne. Armé chevalier en 1352, il vécut dans un milieu cultivé ; son père, dont il fut très proche, aimait la musique, la littérature et la peinture. Comte de Poitou en 1346, lieutenant des pays situés au sud de la Loire avec Bourges comme capitale, Jean échappa à la défaite de Poitiers (1356). Il épousa Jeanne d'Armagnac le 24 Juin 1360 et, après la trêve de Bretigny, il devint duc de Berry et d'Auvergne, mais il fut retenu en Angleterre pendant plus de quatre ans, jusqu'en 1366, pour garantir le paiement de la rançon de son père, même s'il put revenir en France de temps à autre.

Sa vie ne sera qu'alternance de toute puissance et de mise à l'écart.

 

Jean Dufournet, Les Très Riches Heures du Duc de Berry

Georges Bordonove, Jacques Coeur et son temps

Publié le par Robin Guilloux

Georges Bordonove - Jacques Coeur et son temps.

Georges Bordonove, Jacques Coeur et son temps, Editions Pygmalion/gérard Watelet, 1977

Georges Bordonove, né le 25 mai 1920 à Enghien-les-Bains (Seine et Oise) et mort le 16 mars 2007 à Antony (Hauts-de-Seine), est un écrivain et historien français.

"Marchand, armateur, banquier, industriel, maître de mines, Jacques Cœur, né à Bourges vers 1395, a été investi des plus hautes charges publiques. Commissaire royal et grand argentier, il restaura le commerce français après la Guerre de Cent Ans et rétablit les échanges " Import-Export " avec l'Orient. Créateur avant la lettre des sociétés multinationales et des Entreprises à succursales multiples, il réussit à stopper la dévaluation de la monnaie, s'efforçant en même temps d'instaurer une justice fiscale. Génial administrateur doublé d'un inégalable esprit d'entreprise, mécène, constructeur (son palais de Bourges est le plus beau monument civil de l'époque), il fut couvert d'honneurs et passa pour l'homme le plus riche du royaume. Arrêté sous un prétexte futile, il fut condamné, au terme d'un simulacre de procès, à une énorme amende, à la confiscation de tous ses biens et au bannissement, transformé par ordre du roi Charles VII, en emprisonnement. Sa chute brutale, sa captivité aggravée de tortures, son extraordinaire évasion et sa mort lointaine ajoutent une touche tragique à sa destinée prodigieuse, non sans étroite similitude avec celle que connaîtra, un peu plus de deux siècles plus tard, l'infortuné Foucquet."

"Le XVème siècle est l'une des périodes les plus troubles et les plus tragiques de notre Histoire ; c'est aussi l'un de ses tournants. Le style flamboyant qui le caractérise procède de ce tumulte, de cette ambiguïté. On ne sait trop si les flammes de pierre dont il peuple ses églises et ses monuments civils sont d'enfer ou de paradis. Elles expriment en tout cas les angoisses et le défi ultimé d'un monde agonisant. Michelet notait que ces contrecourbes qui lèchent les façades et remplissent le vide des fenêtres peuvent aussi bien fugurer des flammes que des larmes ou des coeurs. Siècle charnière où la chevalerie en tant que telle expire, tout en exhaltant sa propre caricature : les tournois, les vêtements de parade, les fêtes dont le luxe et l'extravagance s'aggravent à mesure que le Peuple s'enfonce davantage dans la misère ! Où les cadres d'une société sclérosée s'effondrent, faute de s'adapter ou d'évoluer en profondeur. Où les vertus traditionnelles non seulement sont remises en question, mais tournées en ridicule et bientôt balayées. Où la Foi elle-même qui, depuis les invasions barbares, a été la raison d'être et le moteur secret de l'Occident, s'anémie sous l'effet du malheur, se corrompt, s'égare en superstitions, voire en pratiques de sorcellerie, entraînant la perversion des moeurs et le désespoir collectif.

C'est pourtant de ce chaos que vont naître une société nouvelle et une nouvelle façon de vivre connue plus tard sous le nom de Renaissance. Le pouvoir central rassemblera dans sa main, en se substituant à la féodalité, les morceaux épars de la puissance publique. La richesse ne sera plus exclusivement terrienne ; elle changera de nature et trouvera d'autres sources. L'argent, si rare aux siècles précédents, va brusquement se répandre et devenir le ressort de toute politique. La bourgeoisie bénéficiera de cette mutation. Le Peuple lui-même s'appropriera une partie des biens jusque-là détenus par la seule  noblesse. Celle-ci ne gardera même pas le privilège de mourir pour son roi et de défendre le territoire. Le rôle déterminant du Peuple dans la libération du royaume conduira Charles VII à l'inclure dans cette première armée permanente et nationale dont il va jeter les bases et qui est promise à la fortune que l'on sait !

Il y a dans ce déracinement, ici brutal, et là, progressif, dans cet effondrement des hiérarchies séculaires, dans ce chevauchement des couches sociales qui en est la conséquence, dans cette décadence et cette gestation parralèles, quelque chose qui ressemble étrangement au monde où nous vivons.

C'est peut-être pour cela, et c'est en cela, que Jacques Coeur reprend une sorte d'actualité..."

 

Georges Bordonove, Jacques Coeur et son temps

La Linguistique : notions fondamentales

Publié le par Robin Guilloux

André Martinet, Eléments de linguistique générale, Armand Colin

André Martinet (Saint-Alban-des-Villards, Savoie, 12 avril 1908 - Châtenay-Malabry, Hauts-de-Seine 16 juillet 1999) est un linguiste français, père de l’analyse fonctionnaliste en linguistique française.

Ferdinand de Saussure, né à Genève le 26 novembre 1857 et mort à Vufflens-le-Château le 22 février 1913, est un linguiste suisse Reconnu comme fondateur du structuralismeen linguistique, il s'est aussi distingué par ses travaux sur les langues indo-européennes.

On estime qu'il a fondé la linguistique moderne et établi les bases de la sémiologie. Dans son Cours de linguistique générale (1916), publié après sa mort par ses élèves, il définit certains concepts fondamentaux (distinction entre langage, langue et parole entre synchronie et diachronie, le caractère arbitraire du signe linguistique, etc.) qui inspireront non seulement la linguistique ultérieure mais aussi d'autres secteurs des sciences humaines comme l'ethnologie l'analyse littéraire, la philosophie et la psychanalyse lacanienne..

Aux élèves :

André Martinet reprend, au début de son livre, les analyses du Cours de Linguistique générale de Ferdinand de Saussure, le fondateur de la linguistique moderne, dite "structurale" et apporte des contributions personnelles originales.

Je vous recommande de lire au moins les deux premiers chapitres des Eléments de linguistique générale :  1."La linguistique, Le langage et la langue" - 2. "La description des langues".

Les notions fondamentales de la linguistique (ce qu'il faut absolument savoir !) :

La linguistique est l'étude scientifique, non prescriptive, du langage humain, essentiellement du langage vocal.

Note : "non prescriptive" veut dire que le linguiste étudie la langue telle qu'elle est, y compris ses usages "fautifs", sans porter de jugement. L'énoncé : "V'la la bagnole que j'tai causé." relève d'une étude de ses caractèristiques lexicaux, grammaticaux et syntaxiques, au même titre que n'importe quel énoncé et non d'une critique au nom du "bon usage de la langue".

La linguistique distingue entre le langage, la langue et la parole :

a) Le langage est la faculté générale de pouvoir s'exprimer au moyen de signes. Cette faculté caractérise toute forme de communication humaine.

b) La langue est un ensemble de signes utilisés par une communauté humaine pour communiquer.

c) La parole est l'utilisation concrète des signes linguistiques dans un contexte précis.

Les fonctions du langage

a ) fonction (centrale) de communication

b) fonction de support de la pensée

c) fonction d'expression

d) fonction esthétique

Langage et réalité

Les langues ne sont pas des "nomenclatures", le langage n'est pas un calque de la réalité. Par exemple, le continu du spectre solaire est diversement articulé selon les langues. A chaque langue correspond une organisation particulière des données de l'expérience. Apprendre une autre langue, ce n'est pas mettre de nouvelles étiquettes sur des objets connus, mais s'habituer à analyser autrement ce qui fait l'objet de communications linguistiques.

La dimension synchronique et la dimension diachronique du langage :

a) La dimension diachronique (de "dia", à travers, et "chronos", temps) du langage est l'évolution des signes au cours du temps. Elle ne permet pas de rendre compte du fait que le langage est un système.

b) La dimension synchronique (de "sun", ensemble, et chronos, temps) est constituée par les rapports entre les signes à un instant donné. Elle montre que la signification des signes dépend de la structure de l'ensemble du langage.

La linguistique moderne étudie le fonctionnement de cet instrument qu'est la langue avant de chercher pourquoi cet instrument se modifie au cours du temps.

La langue est un système de signes.

Le linguiste distingue dans le signe deux éléments : le signifiant et le signifié.

Le signifié

désigne le concept, c'est-à-dire la représentation mentale d'une chose (le référent).

Le signifant

désigne la dimension phonématique d'un mot. Ce qui importe dans un mot, ce n'est pas sa sonorité en elle-même, mais les différences phoniques qui le distinguent des autres. Sa valeur découle de ces différenciations.

Le signe pris dans sa totalité

La langage est un système clos de signes. Tout signe est défini par rapport aux autres, par pure différence (négativement) et non par ses caractéristiques propres. "Le langage est un système de différences".

L'arbitraire (le caractère conventionnel) du signe.

Le rapport entre le signifiant et le signifié est arbitraire (conventionnel) et immotivé : rien, a priori, ne justifie, en français par exemple, qu'à la suite de phonèmes [a-R-b-R] (le signifiant, en l'occurrence, du signe "arbre"), on associe le concept d’"arbre" (qui est ici le "signifié"). La linguistique adopte un point de vue "nominaliste" sur le langage.

La double articulation : les phonèmes et les monèmes (ou morphèmes) :

La langue est fondée sur une double articulation : les unités de première articulation : les monèmes (ou morphèmes) et les unités de deuxième articulation : les phonèmes.

un monème (ou morphème) est la plus petite unité porteuse de sens. On lui préfère aujourd'hui le terme morphème.

Les monèmes (morphèmes) sont des unités de première articulation qui possèdent forme et sens. Ceux-ci ne coïncident pas toujours avec un mot. Par exemple, dans mangeais, on peut retrouver deux unités de sens distinctes : l'action de manger et l'indication d'une temporalité. On distingue donc, dans ce mot, deux monèmes : mange et ais.

un phonème est la plus petite unité discrète ou distinctive (c'est-à-dire permettant de distinguer les mots les uns des autres) que l'on puisse isoler par segmentation dans la chaîne parlée. Un phonème peut correspondre à plusieurs sons. Chaque langue construit son lexique à partir d'un nombre limité de phonèmes, caractérisés comme les signifiés, non par leur qualité propre et positive, mais par ce qui les oppose (jouet/fouet).

Les unités linguistiques

L'unité linguistique est "une tranche de sonorités" qui est, à l'exclusion de ce qui précède et de ce qui suit, le signifiant d'un certain concept. Pour parvenir à cette analyse, la langue établit entre les unités de sens deux sortes de rapports, indispensables l'un à l'autre : les rapports syntagmatiques et les rapports associatifs (ou paradigmatiques).

Les rapports syntagmatiques (horizontaux)

Les unités linguistiques s'enchaînent l'une à l'autre dans le déroulement de la chaîne parlée et dépendent l'une de l'autre. Toute combinaison de deux ou plusieurs signes linguistiques constitue un syntagme. Tout signe placé dans un syntagme tire sa valeur de son opposition à ce qui précède, à ce qui suit ou aux deux.

Les rapports associatifs - ou paradigmatiques - (verticaux)

Les éléments ainsi combinés sont par ailleurs associés chez le locuteur à d'autres qui appartiennent à des groupes multiformes, par exemple :  "enseignement" est relié aussi bien à "enseignant"… par parenté qu'à "armement", chargement"… par suffixation identique ou qu'à "apprentissage, éducation" par analogie des signifiés. Alors que les rapports syntagmatiques sont directement observables, Les rapports associatifs sont virtuels, sous-jacents.

Soit le syntagme nominal "Un bon bock de bière". Les rapports syntagmatiques sont les relations qui s'établissent entre chacune des unités signifiantes de première articulation (les monèmes), ainsi que la succession des unités non signifiantes de seconde articulation, les phonèmes (u/n b/o/n b/o/c/k d/e b/i/è/r/e). L'axe syntagmatique (vertical) est constitué par les unités de première et de seconde articulation qui n'ont pas été choisies par le locuteur, par exemple : "Le/ mauvais/ verre/ vin".

Le critère de pertinence

Seuls les éléments porteurs d'information sont pertinents en linguistique ; si dans l'énoncé "Prends le livre !", le linguiste distingue trois unités de première articulation, c'est qu'il y constate trois choix : prends au lieu de donne, jette, pose, etc. ; le au lieu de un ; livre au lieu de cahier, canif ou verre.

La forme, garantie du caractère linguistique

A chaque différence de sens correspond nécessairement une différence de forme. Un élément linguistique n'a de sens que dans un contexte et une situation donnés. En soi, un monème ou un signe plus complexe ne comporte que des virtualités sémantiques dont certaines se réalisent effectivement dans un acte de parole déterminé. Par exemple le mot "maison" dans les actes de parole "Madame n'est pas à la maison", "il représente une maison de commerce", "il lutta contre la Maison d'Autriche" : le contexte fait apparaître dans chaque cas certaines virtualités et rejette les autres dans l'ombre.

Qu'est-ce qu'une langue ?

"Nous pouvons maintenant tenter de formuler ce que nous entendons par "langue" : Une langue est un instrument de communication selon lequel l'expérience humaine s'analyse, différemment dans chaque communauté, en unités douées d'un contenu sémantique et d'une expression phonique, les monèmes ; cette expression phonique s'articule à son tour en unités distinctives et successives, les phonèmes, en nombre déterminé dans chaque langue, dont la nature et les rapports mutuels diffèrent eux aussi d'une langue à l'autre."

Ce qui veut dire que :

a) le terme de "langue" doit être réservé pour désigner un instrument de communication doublement articulé et de manifestation vocale.

b) hors cette base commune, rien n'est proprement linguistique qui ne puisse différer d'une langue à une autre. (A. Martinet, Eléments de linguistique générale, "Linguistique, Langage et Langue", p. 20)

 

 

 

 

 

 

Roman Jakobson, Essais de linguistique générale

Publié le par Robin Guilloux

http://pmcdn.priceminister.com/photo/Jakobson-Roman-Les-Essais-De-Linguistique-Generale-T-1-Double-Vol-Triple-Livre-896666112_ML.jpg

Roman jakobson, Essais de linguistique générale, Les fondations du langage, traduit de l'anglais et préfacé par Nicolas Ruwet, Les éditions de Minuit, collection Arguments, 1963

Roman Jakobson

Roman Ossipovitch Jakobson (en russe : Роман Осипович Якобсон ; 23 octobre 1896 à Moscou - 18 juillet 1982 à Boston) est un penseur russe qui devint l'un des linguistes les plus influents du XXème siècle en posant les premières pierres du développement de l'analyse structurelle du langage de la poésie et de l'art.

Fondateur, avec N. S. Troubetzkoy, de la phonologie moderne, représentant la forme la plus riche et la plus souple du structuralisme, il a, par son enseignement à Harvard et au M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology), contribué à abolir les frontières entre la linguistique européenne et la linguistique américaine. Il a exercé, et continue à exercer, une profonde influence sur la linguistique générale (notamment la théorie de la grammaire générative, élaborée par N. Chomsky et M. Halle), les études slaves, mais aussi la sémiotique, l'anthropologie, la psychanalyse et les études littéraires. (source : encyclopédia universalis)

Jakobson distingue six fonctions dans le langage :

1) la fonction référentielle ou représentative, où l'énoncé donne l'état des choses (aussi dénommée sémiotique ou symbolique) ;

2) la fonction expressive, où le sujet exprime son attitude propre à l'égard de ce dont il parle ;

3) la fonction conative, lorsque l'énoncé vise à agir sur l'interlocuteur ;

4) la fonction phatique où l'énoncé révèle les liens ou maintient les contacts entre le locuteur et l'interlocuteur ;

5) la fonction métalinguistique ou métacommunicative, qui fait référence au code linguistique lui-même ;

6) la fonction poétique, où l'énoncé est doté d'une valeur en tant que tel, valeur apportant un pouvoir créateur.

Chaque message relève de plusieurs de ces fonctions, mais l'une d'elle domine.

et 6 éléments :

1) le contexte - (fonction dénotative ou référentielle)

2) l’émetteur - (fonction expressive, fonction conative)c)

3) le récepteur - (fonction expressive, fonction conative)

4) le canal - (fonction phatique, fonction poétique)

5) le message - (fonction phatique, fonction poétique)

6) le code - (fonction métalinguistique)

Schema communication generale jakobson.png

 

"Nous présentons ici onze essais récents (le plus ancien date de 1949, le dernier, "Tension et laxité", est paru en anglais en 1963) de Roman Jakobson : ces essais portent sur le plupart des problèmes fondamentaux qui se posent à la linguistique structurale, dans ses différents domaines : phonologie, grammaire, sémantique, rhétorique, poétique, rapports avec les disciplines voisines.

Le rôle de pilote que joue la linguistique à l'égard des autres sciences humaines est devenu évident. Non seulement la linguistique est la première des disciplines qui ont l'homme pour objet à avoir élaboré une méthodologie rigoureuse et à s'être vraiment constituée en science, mais, d'un autre côté, les anthropologues se persuadent de plus en plus que le langage, ou, plus généralement, la fonction symbolique, est le caractère le plus propre à définir l'homme."

Table des matières :

Préface du traducteur

Première partie :

Chapitre I. Le langage commun des linguistes et des anthropologues. Résultats d'une conférence interdisciplinaire

Chapitre 2. deux aspects du langage et deux types d'aphasie

Chapitre 3. Les études typologiques et leur contribution à la linguistique historique comparée.

Chapitre 4. Aspects linguistiques de la traduction.

Deuxième partie :

Phonologie

Chapitre 6. Phonologie et phonétique

Chapitre 7. Tension et laxité

Troisème partie :

Grammaire

Chapitre 8. L'aspect phonologique et l'aspect grammatical du langage, dans leurs interrelations.

Chapitre 9. Les embrayeurs, les catégories verbales et le verbe russe

Chapitre 10. La notion de signification grammaticale selon Boas

Quatrième partie

Poétique

Chapitre 11. Linguistique et poétique

Appendices

Liste des abréviations

Bibliographie abrégée de Roman Jakobson

Henrik Ibsen, Une maison de poupée

Publié le par Robin Guilloux

Henrik Ibsen, Une maison de poupée, traduction, introduction, biographie et chronologie par Régis Boyer, GF-Flammarion, 1994 (Editions du Porte-Glaive, Paris, 1988 pour la traduction)

Henrik Johan Ibsen (20 mars 1828, Skien, Norvège - 23 mai 1906, Christiania, est un dramaturge norvégien.

Résumé de la pièce :

Nora, personnage principal de la pièce, est mariée depuis huit ans au banquier Torvald Helmer, avec lequel elle a eu trois enfants. Son mari la traite comme une mineure, ne cessant de l'appeler son "alouette" ou son "petit écureuil" et de lui dicter ce qu'elle doit faire, considérant que c'est le rapport normal entre un homme et sa femme, comme le veut l'idéologie de l'époque.

L'intrigue se greffe sur un événement qui s'est produit peu après leur mariage : le médecin de famille a annoncé à Nora que son mari était atteint d'une grave maladie et que le seul moyen de le sauver était de l'emmener se reposer en Italie, d'où il est effectivement revenu guéri. Mais le voyage coûtant cher et Nora n'en ayant pas les moyens, elle n'a trouvé d'autre recours que d'emprunter l'argent à Krogstad, un collègue de son mari, à l'insu de ce dernier et de faire un faux en écriture, sans avoir conscience de la gravité de son acte.

Krogstad envoie une lettre expliquant tout à Helmer. Ce dernier réagit avec horreur, dégoût et colère. Il ne pense qu'à sa réputation, et qualifie l'amour qui a poussé Nora à agir comme elle l'a fait de "prétexte stupide".

Peu après, une seconde lettre parvient à Helmer, contenant la reconnaissance de dette de sa femme : Krogstad renonce à rendre l'affaire publique. À la suite de quoi Helmer pardonne à sa femme. Mais la pièce ne s'arrête pas là : Nora quitte son mari pour mieux comprendre le monde et trouver ses propres réponses aux grandes questions de la vie. Dans l'optique d'un possible retour, elle impose une condition à son mari : "que leur vie en commun puisse devenir un mariage".

Extrait :

Helmer

Quoi ! Tu ne verrais pas claire dans ta situation ici, dans ton propre foyer ? Pour des questions de ce genre, n'as-tu pas un guide infaillible ? N'as-tu pas la religion ?

Nora

Hélas, Torvald, le fait est que je ne sais pas au juste ce qu'est la religion.

Helmer

Qu'est ce que tu dis là ?

Nora

Je ne sais pas ce que le pasteur Hansen disait quand j'ai fait ma confirmation. Il faisait valoir que la religion était ceci ou cela. Quand j'aurais quitté tout ça ici et que je serai seule, j'examinerai cette question comme les autres. Je verrai si ce que le pasteur Hansen disait est exact ou, en tout cas, si c'est exact pour moi.

Helmer

Oh ! entendre une femme dire des choses pareilles, c'est tout de même inouï. Mas si la religion ne peut te mettre sur le droit chemin, laisse-moi tout de même sonder ta conscience. Car tu as tout de même un sens moral ? Ou bien, réponds-moi... tu n'en as pas, peut-être ?

Nora

Vois-tu, Torvald, ce n'est pas facile de répondre. En fait, je ne sais pas, tout simplement. Je suis complètement perdue dans tout cela. Je sais seulement que j'ai sur ces choses-là une toute autre opinion que toi. J'apprends aussi que les lois ne sont pas ce que je croyais. Mais que les lois soient justes, je n'arrive pas à me mettre ça dans la tête. Ainsi, une femme n'aurait pas le droit d'épargner son vieux père mourant ou de sauver la vie de son mari ! Des choses comme cela, je n'y crois pas.

Helmer

Tu parles comme une enfant. Tu ne comprends rien à la société dans laquelle tu vis.

Nora

Non, je n'y comprends rien. Mais je vais m'y mettre à présent. Il faut que j'arrive à décider qui a raison, de la société ou de moi.

Helmer

Tu es malade, Nora. Tu as la fièvre. Pour un peu, je croirais que tu as perdu la raison.

Nora

Je ne me suis jamais sentie aussi lucide et sûre de moi que cette nuit.

Extrait d'une analyse de Régis Boyer, traducteur de la pièce en français : "(...) Ce dont il est question dans Une maison de poupée, ce n'est pas de la Femme, de la Mère, de l'Epouse du banquier Helmer, c'est de la Personne humaine, ni plus ni moins. De ses devoirs, certes, mais surtout de ses droits imprescriptibles. Et il est parfaitement clair que, dans les circonstances sociales, il faudrait dire socio-historiques où elle se trouve, ne disons pas : elle n'a pas été "comprise", mais tout simplement, elle n'a jamais été envisagée comme être humain, les disciples chrétiens d'Emmanuel Mounier diraient : comme Personne.  (...)

Ce qui est refusé à Nora, c'est d'être une Personne humaine capable (...) d'amour, capable de la totale liberté de l'amour, c'est en cela qu'elle se trouve annihilée. Aux banquiers et aux pasteurs dûment salariés (comme dirait Kierkegaard) de condamner cette "pécheresse" (cette "folle"). Pour Nora, elle n'a plus qu'à tenter d'être elle-même, de vivre dans la liberté totale, la pureté véridique de son coeur d'enfant. On devine bien qu'elle n'y résistera pas, qu'elle sera brisée comme tant d'autres pélerins de l'absolu (...)

 

 

 

 

 

 

 

Victor Hugo et l'Ecole obligatoire

Publié le par Robin Guilloux

"Victor Hugo a plaidé pour l'Ecole obligatoire. Elle existe et produit des gens qui ne peuvent plus le lire." (Jean-Marc Hovasse)

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog