René Girard, Shakespeare, les feux de l'envie

Publié le par Robin Guilloux

René Girard, Shakespeare, Les feux de l'envie, traduit de l'anglais par Bernard Vincent, Editions Grasset et Fasquelle, 1990, Paris,

"L'ouvrage de René Girard n'est pas un nouveau livre sur Shalespeare - ce qui déjà serait une prouesse après tout ce qui a été écrit et publié sur ce génie de la littérature universelle ; c'est un livre nouveau sur le sujet. Et là réside tout son intérêt.

De Shakespeare, René Girard nous propose en effet une lecture neuve inspirée de la théorie dont il est le père : la théorie "mimétique" - ou théorie de la triangularité du désir. Mais, loin d'appliquer à Shakespeare les principes du mimétisme, il s'attache à montrer que Shakespeare était un "miméticien" avant la lettre et que toute la théorie mimétique était contenue, dès les premières pièces, dans l'oeuvre théâtrale du grand poète.
Au-delà de Shakespeare, René Girard nous interroge sur nous-mêmes, sur la dimension tragique de nos désirs, et nous propose un tableau à la fois sombre et plein d'espérance de l'humanité de toujours et de l'humanité d'aujourd'hui.

Il fait aussi oeuvre de polémiste et s'attaque à la critique littéraire contemporaine, mais son livre est moins un retour à la tradition que l'apparition d'un clacissisme critique "nouvelle manière" qui, face à un modernisme exténué, vient maintenant à son heure."

"Le but de cet ouvrage est de montrer que plus un critique approfondit la théorie mimétique, plus son regard se fait pénétrant à l'égard du texte shakespearien. La plupart des gens jugent impossible une telle réconciliation entre critique pratique et critique théorique. Le pari de ce livre est de démontrer qu'ils ont tort. Toutes les théories ne se valent pas au regard de la production shakespearienne : celle-ci obéit aux mêmes principes mimétiques que mes propres analyses et cela nous allons sans cesse le vérifier car elle obéit à ces principes de façon explicite : elle proclame elle-même cette obéissance.

Shakespeare, dans ses comédies, définit souvent le désir mimétique comme tributaire du choix des amis, amour par les yeux d'un autre, amour par ouï-dire, etc. Il a une façon à lui de théoriser la mimesis, une façon inimitable, à la fois insolente et discrète, parfois même indirecte ou cachée (il n'oublie jamais que la vérité mimétique est impopulaire), mais l'évidence comique éclate de manière irrésistible dès lors qu'on a la clef  qui en ce domaine ouvre toutes les serrures. Cette clef, je le répète, n'est pas le vieux passe-partout du "mimétisme réaliste" - cette mimesis esthétique prétendument indépendante et qu'on a amputé de sa dimension conflictuelle. Chez Shakespeare, même l'art a maille à partir avec cette espèce venimeuse d'imitation qu'est la rivalité mimétique.

Le terme d'interprétation, au sens courant du mot, décrit mal la nature de la tâche que je me suis assignée. Celle-ci est plus élémentaire. J'essaye de lire la lettre d'un texte qui, au regard de plusieurs notions essentielles à la littérature théâtrale, n'a jamais été déchiffré : ces notions sont celles de désir, de conflit, de violence, de sacrifice.

La joie que m'a donnée ce livre est liée aux découvertes textuelles incessantes que l'approche néo-mimétique permet de faire. Le théâtre de Shakespeare est plus comique qu'on ne l'imagine et beaucoup plus proche de nos attitudes contemporaines qu'on ne l'a jamais soupçonné. C'est une erreur de croire que ses intentions sont impossibles à retrouver ou à restituer. Depuis l'avènement déjà ancien de la nouvelle critique, le new criticism anglo-américain, les commentateurs ont pris le parti de disqualifier les intentions des poètes comme autant de choses inaccessibles - et même inessentielles. S'agissant de théâtre, cette attitude est désastreuse. Tandis qu'il écrit, un auteur de comédie a en tête des effets comiques qu'il est indispensable de comprendre si l'on veut mettre son texte en scène de façon efficace.

L'approche mimétique permet de résoudre les "problèmes" de bien des pièces baptisées "problem plays" par les critiques de langue anglaise et les interprétations que j'en propose me paraissent assez neuves. C'est plus particulièrement le cas pour Songe d'une nuit d'été, Beaucoup de bruit pour rien, Jules César, Le Marchand de Venise, La Nuit des rois, Troïlus et Cressida, Hamlet, Le Roi Lear, Le Conte d'hiver et la Tempête.

Cete approche met en lumière l'unité dramatique du théatre de Shakespeare et sa continuité thématique ; elle met aussi en évidence d'importantes variations dans la vision des choses qui fut la sienne, une histoire de son oeuvre qui renvoie sans doute à l'histoire de sa vie. Mais, surtout, l'approche mimétique révèle un penseur original, en avance de plusieurs siècles sur son temps, plus moderne qu'aucun de nos soi-disant maîtres penseurs.

Ayant identifié la force qui périodiquement détruit la structure différentielle de la société, il lui redonne vie sous forme d'une crise mimétique, qu'il appelle crise du Degré ("crisis of degree"), et la fait résoudre dans la violence collective infligée au bouc émissaire. Jules César est l'exemple le plus achevé. La fin d'un cycle culturel marque le début d'un autre et c'est la mise à mort unanime qui transforme la force destructrice de la rivalité mimétique en une force constructive, celle de la mimesis sacrificielle, laquelle reproduit périodiquement la violence originelle afin d'empêcher la crise de renaître.

En bon stratège de la scène, Shakespeare recourt à dessein au "sacrifice du bouc émissaire" et sait en utiliser toute la force. Pendant la plus grande partie de sa carrière, on peut dire que, chaque fois qu'il prend la plume, il écrit deux pièces en une seule : il propose consciemment aux diverses composantes de son public deux interprétations différentes de la même pièce, une interprétation sacrificielle à l'intention du parterre (qui d'ailleurs se perpétue à travers la plupart des interprétations modernes) et une lecture sacrificielle réservée aux happy few, la lecture mimétique, seule authentiquement shakespearienne." (René Girard, Shakespeare, les feux de l'envie, introduction, p. 11-12)

 

 

 

F.R. Tallis, La chambre des âmes

Publié le par Robin Guilloux

F.R. Tallis, La chambre des âmes (The Sleep Room), traduit de l'anglais par Eric Moreau, 10/18 coll. Grands détectives, 2013.

"A la fin des années 1950, quand le jeune psychiatre James Richardson se voit offrir un emploi dans une institution psychiatrique perdue dans le fin fond du Suffolk, il n'a pas un regard en arrière. Il est chargé d'un projet controversé : une thérapie pionnière au cours de laquelle des patients sont maintenus endormis pendant des mois. Si cette procédure radicale et potentiellement dangereuse était un succès, cela pourrait signifier sa gloire professionnelle. Mais, rapidement, Richardson découvre des phénomènes étranges dans la salle de sommeil..."

Mon avis :

Inspiré de faits réels, le roman de F.R. Tallis s'en prend aux méthodes d'un courant psychiatrique en vigueur en Angleterre dans les années 30 (un mélange d'électrochocs et d'hypnothérapie) et à son "mandarin" tout-puissant, en suggérant que l'inconscient des malades soumis à ces expériences barbares d'effacement des souvenirs - alors qu'il s'agit dans la perspective psychanalytique de les "rappeler" - pourrait bien se rebiffer.

Le roman précédent de F.R. Tallis : Les Portes de l'Interdit relevait du "réalisme fantastique". A l'instar du Dracula de Bram Stocker ou du Frankenstein de Marie Shelley, le "pacte de lecture" proposait au lecteur de "croire" au surnaturel.

La Chambre du sommeil joue sur une autre forme de fantastique que l'on trouve par exemple dans Le Horla de Maupassant, les mêmes phénomènes étranges pouvant être interprétés de deux manières différentes : rationnelle ou surnaturelle.

La chambre des morts illustre par ailleurs le paradoxe bien connu du sage chinois : "Un homme rêve qu'il est un papillon, et dans son rêve il ignore tout de sa vie d'être humain. A son réveil, il se pose la question suivante : "Suis-je un homme qui vient de rêver qu'il est un papillon, ou suis-je vraiment un papillon, en train de rêver qu'il est un homme ?"

Mais ce n'est qu'à la toute fin du roman que ce paradoxe prend tout son sens.

Franck Tallis est un docteur en psychologie renommé, spécialiste des troubles obsessionnels. Il a d'abord publié des essais de psychologie grand public, puis des romans (Killing Time, Sensing Others) pour lesquels il a reçu en 1999 le Writer's Award de l'Académie des arts de Grande-Bretagne et, un an plus tard, le New London Writer's Award. Sa série viennoise, "Les Carnets de Max Libermann", débute avec La Justice de l'insonscient, salué dès sa parution par une critique et un public unanimes. Il démarre un nouveau cycle fantastique avec Les Portes de l'interdit et La Chambre des âmes, sous la signature de F.R. Tallis.

 

René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde

Publié le par Robin Guilloux

René Girard, Des choses cachées depuis la fondation du monde, recherches avec J.M Oughourlian et Guy Lefort,  Grasset et Fasquelle, Paris, 1978

"L'homme diffère des autres animaux en ce qu'il est le plus apte à l'imitation." (Aristote, Poétique, 4)

"On savait depuis La violence et le sacré que toute société humaine est fondée sur la violence, mais une violence tenue à distance et comme transfigurée dans l'ordre du sacré. Dans ce livre, René Girard applique cette intuition originaire au grand recueil mythique de la mémoire occidentale, c'est-à-dire la Bible qui est tout entière, selon lui, cheminement inouï vers le Dieu non violent de notre civilisation.

Il s'ensuit une relecture critique et proprement révolutionnaire du texte évangélique qui apparaît du coup comme un grand texte anthropologique, le seul à révéler pleinement le mécanisme victimaire. Il s'ensuit aussi la fondation d'une nouvelle psychologie, fondée sur un mécanisme simple et universel que Girard appelle la "mimesis" et qui permet de faire le partage entre les processus d'appropriation générateurs de violence, et les antagonismes, producteurs de sacré.

Chemin faisant, on assiste à de magistrales analyses comparatives de Proust et de Dostoïevski, de Freud et de Sophocle, à la lumière de cette notion nouvelle et qui se révèle particulièrement féconde de "désir mimétique". René Girard, cette fois, approche du but, de cette anthropologie générale qui est, de son propre aveu, le projet ultime de son oeuvre : c'est pourquoi il nous donne là peut-être un des livres clés pour comprendre les mystères de notre monde et de ses plus lointaines, de ses plus archaïques généalogies."

René Noël Théophile Girard, né à Avignon (Vaucluse) le 25 décembre 1923, est un philosophe français, membre de l'Académie française depuis 2005. Ancien élève de l'Ecole des chartres et professeur émérite de littérature comparée à l'université  Stanford et à l'université Duke aux Etats-Unis, il est l’inventeur de la théorie mimétique qui, à partir de la découverte du caractère mimétique du désir, a jeté les bases d'une nouvelle anthropologie. Il se définit lui-même comme un anthropologue de la violence et du religieux.

Le docteur Jean-Michel Oughourlian est neuropsychiatre et psychologue. Ancien chef de clinique à la Faculté de médecine de Paris, il est attaché consultant du centre hospitalier Sainte-Anne et maître-assistant à l'université de Paris V. Auteur d'ouvrages scientifiques et d'un livre de nouvelle psychiatrie : La personne du toxicomane.

Le docteur Guy Lefort, médecin psychiatre, ancien interne des hôpitaux psychiatriques de Paris, est médecin chef du Centre psychothérapique d'Ainay-le-Château. Auteur de nombreuses publications scientifiques, Guy Lefort se réclame, lui aussi, de la nouvelle psychiatrie.

Jean-Michel Oughourlian

Tables des matières :

Livre I : Anthropologie fondamentale

Chapitre I : Le mécanisme victimaire : fondement du religieux

Chapitre II : Genèse de la culture et des institutions

Chapitre III : Le processus d'hominisation

Chapitre IV : Les mythes : le lynchage fondateur camouflé

Chapitre V : Les textes de persécution

Livre II : L'écriture judéo-chrétienne

Chapitre I : Des choses cachées depuis la fondation du monde

Chapitre II : Lecture non sacrificielle du texte évangélique

Chapitre III : Lecture sacrificielle et christianisme historique

Chapitre IV : Le Logos d'Héraclite et le Logos de Jean

Livre III : Psychologie interindividuelle

Chapitre I : Le désir mimétique

Chapitre II : Le désir sans objet

Chapitre III : Mimésis et sexualité

Chapitre IV : Mythologie psychanalytique

Chapitre V : Au-delà du scandale

Pour conclure

Notes

Bibliographie

Notes de lecture :

Livre I Anthropologie fondamentale

Chapitre premier

Le mécanisme victimaire : fondement du religieux

"Les textes présentés dans cet ouvrage sont le résultat de recherches poursuivies à Cheektowaga en 1975 et 1976 et à John Hopkins en 1977. Ces textes ont été ensuite retravaillés et complétés par certains écrits antérieurs de René Girard qui ont été intercalés ici ou là., principalement des extraits d'une discussion reproduite dans la revue Esprit en 1973, d'un essai intitulé "Malédictions contre les pharisiens", paru dans le Bulletin du Centre protestant d'études de Genève et de "Violence and Representation in the Mythical Text", publié dans MLN en décembre 1977."

La problématique est clairement posée dès le début du livre dans la question posée à René Girard par Jean-Michel Oughourlian : l'oeuvre de René Girard est marquée par la problématique du désir qui intéresse au premier chef le psychiatre. René Girard récuse l'interrogation sur le désir comme méthodologiquement prématurée. Il ne faut pas commencer par le désir, mais par le religieux. Or tout le monde pense aujourd'hui qu'une véritable science de l'homme reste inaccessible, a fortiori une science du religieux.

"L'esprit moderne dans ce qu'il a de plus efficace, c'est la science." La science transforme le mystère en énigme. Girard constate, comme nous tous que le religieux se retire depuis des siècles du monde occidental. C'est ce retrait même qui permet la métamorphose du mystère en énigme.

Pourquoi la croyance au sacré ? Pourquoi partout des rites et des interdits, pourquoi n'y a-t-il jamais eu d'ordre social, avant le nôtre, qui ne passe pour dominé par une entité surnaturelle ?

En accumulant les documents, l'ethnologie a transformé le religieux en une question scientifique et puisé son énergie dans l'espoir de répondre à cette question.

Malheureusement aucun livre, aucune théorie ne s'est imposée. Il n'y a pas eu, en ethnologie, l'équivalent de l'origine des espèces de Darwin.

On est donc passé de l'enthousiasme au pessimisme et la question de l'origine du religieux a été réputée insoluble.

Deux attitudes se sont manifestées :

a) l'idée que la conception problématique du religieux est fausse.

b) L'idée que l'on ne peut opérer que sur des stuctures de langage et non sur des principes généraux comme la notion de "sacré"

Pour René Girard, l'exclusion du religieux est le phénomène le plus caractéristique de l'ethnologie actuelle.

Il estime, quant à lui, que la recherche portant sur l'origine de la religion et les notions générales comme la notion de sacré ont un sens.

Le problème réside dans l'absence d'une terminologie cohérente en matière religieuse, personne ne s'entendant sur la définition de termes tels que "rituel", "sacrifice", "mythologie", etc.

Il dresse ensuite un état des lieux sur la situation actuelle des sciences de l'homme (l'ouvrage est paru en 1978).

Les sciences de l'homme ont été dominées dernièrement par le structuralisme. Le structuralisme est né pendant la guerre, à New York de la rencontre de Claude Lévi-Strauss et de la linguistique structurale de Roman Jakobson, après l'échec des grandes théories (Freud, Durkheim).

Pour Claude Lévi-Strauss, les données culturelles sont composées de signes, comme les langages, et ne signifient rien isolément. Il faut se limiter à la lecture des formes symboliques. Les cultures "ethnologiques" n'ont pas à s'interroger sur le religieux en tant que tel.

Le structuralisme a obtenu sur certains points des résulats remarquables en mettant en valeur la spécificité des formes culturelles. Son renoncement aux "grandes questions" telles qu'elles se posaient avant Lévi-Strauss dans un cadre "humaniste impressionniste" était la seule voie possible pour l'ethnologie, mais la proclamation de la "mort de l'homme" (cf. Michel Foucault, le dernier paragraphe de Les Mots et les Choses), après la "mort de Dieu (Nietzsche) est prématurée.

"Les notions d'homme et d'humanité vont rester au centre de tout un ensemble de questions et de réponses pour lesquelles il n'y a pas de raison de renoncer à l'appellation "science de l'homme". Mais un déplacement est en train de s'effectuer, en partie grâce à l'éthologie (étude du comportement animal), et en partie grâce au structuralisme lui-même qui nous désigne, ne serait-ce que de façon négative le domaine précis sur lequel la question de l'homme va porter, et en vérité porte déjà de façon très explicite. Ce domaine est celui de l'origine et de la genèse des systèmes signifiants. Il est reconnu comme problème concret du côté des sciences de la vie (...), c'est ce qu'on appelle le processus d'hominisation. On sait parfaitement que ce problème est loin d'être résolu, mais personne ne doute que la science, un jour, ne parvienne à le résoudre. Aucune question n'a plus d'avenir, aujourd'hui que la question de l'homme."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

S. Freud, Malaise dans la civilisation

Publié le par Robin Guilloux

Sigmund Freud, Malaise dans la Civilisation (Das Unbehagen in Der Kultur, Vienne, 1929), Presses universitaires de France, bibliothèque de psychanalyse, traduit de l'allemand par Ch. et J. Odier.

Autres éditions :

Sigmund Freud, Le malaise dans la civilisation, traduction par Bernard Lortholary, présentation par Clotide Leguil, Points/Essais.

Sigmund Freud, Malaise dans la civilisation, traduction inédite, Petite bibliothèque Payot.

Sigmund Freud, Le malaise dans la Culture, présentation par Pierre Pellegrin, Traduction par Dorian Astor, Garnier-Flammarion.

Intitulé Malaise dans la civilisation lors de sa première traduction française en 1934, cet ouvrage fut longtemps considéré comme appartenant à cette catégorie des œuvres freudiennes que l'on qualifiait d'anthropologiques non sans quelque mépris. Jacques Lacan, dans une perspective théorique, Peter Gay, sous un angle historique et biographique, ont contribué à redonner sa place essentielle à ce livre, celle d'une réflexion sur le tragique de la condition humaine, inséparable de ces autres travaux freudiens que sont L'Avenir d'une illusion (1927), Pourquoi la guerre ? (1933), Psychologie des masses et analyse du moi (1921) mais aussi Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort (1915). 

Aujourd'hui, répondant aux attentes d'un déchiffrage des ressorts cachés de l'actualité politique, les psychanalystes, mais aussi les philosophes se référent fréquemment au Malaise dans la culture pour en souligner la pertinence maintenue." (source : encyclopedia universalis)

Résumé de l'ouvrage :

À la suite de la première Guerre mondiale, qui avait entraîné Freud vers la mise en évidence, en 1920, de la pulsion de mort dans Au-delà du principe de plaisir, il élargit la perspective au-delà de l'inconscient au sens strict pour s'attacher à mettre en évidence un mécanisme semblable, à l’œuvre au niveau de la culture, entendu au sens de civilisation, comme tout ce qui régit et nourrit la vie en commun de l'humanité. Il s'agit d'un des rares ouvrages où Freud utilise sa métapsychologie en dehors du seul champ psychanalytique, pour l'inscrire dans une perspective sociale, en se posant la question de savoir si la civilisation tend vers un progrès à même de surmonter les pulsions destructrices qui l'animent.

Freud y affirme notamment que :

  • la culture est édifiée sur du renoncement pulsionnel, car la vie en commun suppose une restriction de la liberté individuelle ou le conformisme.
  • le respect des exigences sociales est assuré par le père puis par le "surmoi" (père intériorisé, faculté à s'autocontraindre, conscience morale) ; la tension entre le "çà" (principe de plaisir) et le "moi" (principe de réalité), entre l'égoïsme (amour de soi) et l'altruisme (amour d'autrui), est source du sentiment de culpabilité et de la conscience morale ;
  • ces exigences sociales se manifestent dans la morale et dans la religion, ainsi que dans la beauté, la propreté et l'ordre : ces discours tentent de légitimer et d'assurer le renoncement au plaisir égoïste.
  • la civilisation a toujours été animée par un « combat entre la pulsion de vie et celle de mort, et nul "ne peut présumer du succès et de l'issue" de ce combat. Ainsi, rien ne garantit selon Freud que les civilisations, même celles qui sont considérées comme les plus modernes, ne finissent par s’autodétruire. (source : encyclopédie en ligne wikipedia)

Citation :

"La question du sort de l'espèce humaine me semble se poser ainsi : le progrès de la civilisation saura-t-il, et dans quelle mesure, dominer les perturbations apportées à la vie en commun par les pulsions humaines d'agression et d'autodestruction ? A ce point de vue, l'époque actuelle mérite peut-être une attention particulière. Les hommes d'aujourd'hui ont poussé si loin la maîtrise des forces de la nature qu''avec leur aide il leur est devenu facile de s'exterminer mutuellement jusqu'au dernier. Ils le savent bien, et c'est ce qui explique une bonne part de leur agitation présente, de leur malheur et de leur angoisse. Et maintenant, il y a lieu d'attendre que l'autre des deux "puissances célestes" (l'une étant Thanatos, l'instinct de mort), l'Eros éternel, tente un effort afin de s'affirmer dans la lutte qu'il mène contre son adversaire non moins immortel." (conclusion du livre, p. 107)

Note :

"civilisation" (Kultur dans le texte allemand) : "Le terme de civilisation désigne la totalité des oeuvres et organisations dont l'institution nous éloigne de l'état animal de nos ancêtres et qui servent à deux fins : la protection de l'homme contre la nature et la réglementation des relations des hommes entre eux (...) Nous citerons à titre de premiers faits culturels l'emploi d'outils, la domestication du feu, la construction d'habitations..." (S. Freud, Malaise dans la civilisation, P.U.F., p. 37)

Sigmund Freud Et Romain Rolland - Correspondance 1923-1936, De La Sensation Océanique Au

Notes de lecture :

I/ Le sentiment océanique :

Entre 1923 et 1936, Romain Rolland et Sigmund Freud échangent une abondante correspondance dans laquelle le fondateur de la psychanalyse fait de l'auteur de Jean-Christophe un témoin et un confident privilégié.

Au début de Malaise dans la Civilisation , il se propose de répondre à une remarque de Romain Rolland sur l'origine du sentiment religieux.

Fasciné par la mystique indienne, Romain Rolland pense que la source du sentiment religieux réside dans un sentiment d'union indissoluble avec le grand Tout et d'appartenance à l'universel, le "sentiment océanique".

Freud réfute cette explication. Le "sentiment océanique" n'est pas la source du sentiment religieux, mais l'un de ses effets.

II/ L'origine du sentiment religieux :

Selon Freud, l'origine du sentiment religieux réside dans les expériences de la petite enfance. Au départ, le nourrisson ne distingue pas entre son "moi" et le monde extérieur. Deux facteurs vont contribuer à opérer cette distinction : l'apparition et la disparition du sein maternel et les sensations de douleur et de souffrance que le "principe de plaisir" exige que l'on supprime ou que l'on évite.

La tendance se développe à isoler du Moi, à expulser au-dehors tout ce qui peut devenir source de déplaisir, à former ainsi, explique Freud un "moi purement hédonique" (Lust-ich), auquel s'oppose un monde extérieur, un "dehors" étranger et menaçant. le petit enfant apprend à distinguer peu à peu l'interne se rapportant au moi, de l'externe, provenant du monde extérieur.

Notre sentiment actuel du Moi est un "résidu rétréci" d'un sentiment d'une étendue bien plus vaste qui correspondait à une union plus intime du Moi avec son milieu.

Freud explique que ce sentiment de la prime enfance persiste chez l'adulte  en raison de la nature du psychisme humain, constitué de "strates mnésiques" superposées qui subsistent, un peu à la manière des vestiges archéologiques (Freud donne l'exemple de la ville de Rome) ou des survivances d'espèces animales disparues.

Il faut rattacher les besoins religieux à l'état infantile de dépendance absolue et à la nostalgie du père que suscite cet état de dépendance, entretenu dans la vie adulte par l'angoisse ressentie par l'homme face au destin.

III/ L'aspiration au bonheur :

Telle qu'elle nous est imposée, notre vie est trop lourde, elle nous inflige trop de peines, de déceptions, de tâches insolubles. Pour la supporter nous avons besoin de sédatifs.

Ils sont de trois espèces :

a) les fortes diversions qui nous permettent de considérer notre misère comme peu de chose.

b) les satisfaction substitutives qui l'amoindrissent

c) les stupéfiants

La question du but de la vie humaine a été posée d'innombrables fois ; elle n'a jamais reçu de réponse satisfaisante. L'idée d'assigner un but à la vie n'existe qu'en fonction d'un système religieux. La question du but de la vie humaine doit être remplacée par une autre : que demandent les hommes à la vie ? A quoi tendent-ils ? Les hommes tendent vers le bonheur : d'un côté éviter la douleur, de l'autre rechercher de fortes jouissances. Or, ajoute Freud "toute la Création s'y oppose."

IV/ Les limitations de la condition humaines :

La souffrance nous menace en effet de trois côtés :

a) dans notre propre corps, destiné à la déchéance et à la dissolution, où la douleur et l'angoisse sont des "signaux d'alarme".

b) dans le monde extérieur qui dispose de forces invincibles et inexorables pour s'acharner contre nous et nous anéantir.

c) dans nos rapports avec les autres êtres humains.

Sous la pression de ces trois menaces, l'homme s'applique à réduire ses prétentions au bonheur et cherche au moins à éviter la souffrance et envisage plusieurs solutions :

  • la satisfaction illimitée des besoins
  • L'isolement volontaire
  • La science et la technique
  • La drogue, les briseurs de soucis ("Sorgenbrecher")
  • Le renoncement : abandonner toute activité quelle qu'elle soit (sacrifier sa vie)
  • maîtriser l'activité de la vie instinctive
  • La sublimation (le travail intellectuel, la création artistique, le travail en général) : il s'agit de transposer les objectifs des instincts de telle sorte que le monde extérieur ne puisse plus leur opposer de déni ou s'opposer à leur satisfaction.
  • La jouissance procurée par la contemplation des oeuvres d'art
  • L'isolement total de l'ermite
  • L'action collective
  •  L'amour, les relations affectives et sexuelles
  • Les jouissances qu'inspire la beauté (objets naturels, paysages, création artistiques). L'émotion esthétique dérive de la sphère des sensations sexuelles. Elle est un exemple typique de "tendance inhibée quant au but".
  • La religion

Freud montre les limites de chacune de ces solutions. Le programme que nous impose le principe de plaisir (être heureux) n'est pas réalisable, mais il est possible de s'en approcher. Cependant, aucune de ces voies ne permet à elle seule de réaliser tout ce que nous voulons. Tout dépend de la constitution psychique de chaque individu pris séparément, de son "économie libidinale", de son "tempérament" (narcissique, actif, érotique)

La sagesse recommande de ne pas attendre toute satisfaction d'un penchant unique. Le succès dépend d'un grand nombre de facteurs, mais celui dont il dépend le plus est la faculté dont jouit notre constitution psychique d'adapter ses fonctions au milieu et de les utiliser aux fins du plaisir.

Si l'homme voit ses efforts vers le bonheur frustrés, il fuira dans la maladie nerveuse, la drogue ou la psychose.

V/ Le refus de la civilisation :

Au début du chapitre III, Freud rappelle les trois sources d'où découle la souffrance humaine :

a) la puissance écrasante de la nature

b) la caducité de notre propre corps

c) l'insuffisance des mesures destinées à régler les rapports entre les hommes, que ce soit au sein de la famille ou de la société.

Pour certains, c'est la civilisation dans son ensemble qui est responsable de notre misère et il conviendrait de l'abandonner pour revenir à "l'état primitif".

Freud examine les causes de la désillusion ou de l'hostilité des hommes par rapport à la civilisation :

a) La dépréciation de la vie terrestre par le christianisme.

b) Les grandes découvertes et le mythe du "bon sauvage"

c) La découverte du mécanisme des névroses : "l'homme devient névrosé parce qu'il ne peut supporter le degré de renoncement exigé par la société au nom de son idéal culturel, et l'on en conclut qu'abolir ou diminuer notablement ces exigences signifierait un retour à des possibilités de bonheur."

d) Les promesses non tenues de la science et de la technique

VI/ Les exigences de la culture :

"La vie en commun ne devient possible que lorsqu'une pluralité parvient à former un groupement plus puissant que ne l'est lui-même chacun de ses membres, et à maintenir une forte cohésion en face de tout individu pris en particulier." (p. 44)

Le développement de la civilisation repose sur la "sublimation" et le renoncement aux pulsions instinctives individuelles.

La sublimation (du but des pulsions) permet aux activités psychiques élevées (scientifiques, idéologiques, artistiques) de jouer un rôle important dans la vie des êtres civilisés.

Le renoncement aux pulsions instinctives postule la non-satisfaction, le refoulement des instincts.

Ce renoncement culturel (Kulturversagung) régit le domaine des rapports sociaux et développe l'hostilité contre la civilisation.

Dans le chapitre IV, Freud répond à la question de savoir à quelles influences le développement de la civilisation doit son origine, comment il est né et par quoi son cours fut déterminé.

Il commence par rappeler le caractère permanent du désir sexuel dans l'espèce humaine (il n'y a pas de période de reproduction comme chez les animaux) et la longue et totale dépendance des petits humains par rapport aux parents (à la mère). Il reprend ensuite la thèse deTotem et tabou d'un père tout-puissant régnant sur la "horde primitive" (premier stade), suivi du  meurtre du père par ses fils ligués les uns avec les autres qui inaugure le "totémisme" (deuxième stade).

Il souligne ensuite la dimension conflictuelle du rapport entre l'amour et la civilisation.

La civilisation restreint la vie sexuelle afin d'accroître la sphère culturelle en instaurant des "tabous" : interdiction de l'inceste, restrictions de tous ordres frappant aussi bien les hommes que les femmes...

Cette restriction de la vie sexuelle des individus commence dès l'enfance.

La civilisation favorise essentiellement les unions monogames et ne tolère pas que la sexualité soit une source autonome de plaisir, indépendante de la procréation.

VII/ L'agressivité humaine :

Un deuxième facteur menace la civilisation : l'agressivité humaine : "L'homme n'est point cet être débonnaire, au coeur assoiffé d'amour, dont on dit qu'il se défend quand on l'attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne dose d'agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n'est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation." (p. 64)

"Cette tendance à l'agression, que nous pouvons déceler en nous-mêmes et dont nous supposons à bon droit l'existence chez autrui, constitue le facteur principal de perturbation dans nos rapports avec notre prochain ; c'est elle qui impose à la civilisation tant d'efforts. Par suite de cette hostilité primaire qui dresse les hommes les uns contre les autres, la société civilisée est constamment menacée de ruine."

Freud qualifie "d'utopie sans consistance" Le postulat du communisme selon lequel la suppression de la propriété privée pourrait supprimer la rivalité et la violence dans les sociétés humaines.

Freud explique à la fin du chapitre V que le moyen le plus fréquemment employé par les sociétés humaines pour gérer leurs conflits est de transférer le ressentiment que ses membres éprouvent les uns envers les autres sur des minorités ciblées : (les bourgeois, les Juifs...)

VIII/ L'instinct de mort

Dans le chapitre VI, Freud introduit une notion nouvelle  : l'instinct de mort et indique la genèse de ce concept dans la théorie psychanalytique : "Parti de certaines spéculations sur l'origine de la vie et certains parallèles biologiques, j'en tirai la conclusion qu'à côté de l'instinct qui tend à conserver la substance vivante et à l'agréger en unités toujours plus grandes, il devait en exister un autre qui lui fût opposé, tendant à dissoudre ces unités et à les ramener à leur état primitif, c'est-à-dire à l'état anorganique. Donc, indépendamment de l'instinct érotique, existait un instinct de mort ; et leur action conjuguée ou antagoniste permettait d'expliquer les phénomènes de la vie."

L'agressivité constitue une disposition instinctive primitive et autonome de l'être humain. La pulsion agressive, naturelle aux hommes, l'hostilité d'un seul contre tous s'opposent au programme de la civilisaton.

La signification de l'évolution de la civilisation doit nous montrer la lutte entre l'Eros et la mort, entre l'instinct de vie et l'instinct de destruction.

Note : "Au-delà du principe de plaisir, texte capital de 1920, écrit au lendemain de la Première Guerre mondiale, du suicide de Viktor Tausk et de la disparition d’êtres chers, est le livre de la pulsion de mort et de la compulsion de répétition, que Freud aborde ici pour la première fois. Certains, tel Jean Laplanche, le considèrent comme « le texte le plus fascinant et le plus déroutant de l’œuvre freudienne » à cause de son audace et de sa liberté de ton. Freud y abandonne notamment l’opposition conscient/inconscient au profit du conflit entre le moi et le refoulé, et aborde divers thèmes comme le traumatisme, le sadisme et la haine."

VII/ Le Surmoi

Freud va maintenant indiquer le moyen le plus important auquel recourt la civilisation pour inhiber l'agression : le surmoi.

"L'agression est "introjetée", intériorisée (...) retournée contre le propre Moi. Là, elle sera reprise par une partie de ce Moi, laquelle, en tant que "Surmoi", se mettra en opposition avec l'autre partie. Alors, en qualité de "conscience morale", elle manifestera à l'égard du Moi la même agressivité rigoureuse que le Moi eut aimé satisfaire contre des individus étrangers.

La tension née entre le Surmoi sévère et le Moi qu'il s'est soumis, nous l'appelons "sentiment conscient de culpabilité" ; et elle se manifeste sous forme de "besoin de punition". La civilisation domine donc la dangereuse ardeur agressive de l'individu en affaiblissant celui-ci, en le désarmant, et en le faisant surveiller par l'entremise d'une instance en lui-même, telle une garnison placée dans une ville conquise."

Le sentiment de culpabilité a deux origines :

a) l'angoisse devant l'autorité

b) l'angoisse devant le Surmoi

Le processus de constitution du Surmoi est le suivant (cf. p. 85) :

a) renoncement à la pulsion consécutif à l'angoisse devant l'agression de l'autorité extérieure

b) instauration de l'autorité intérieure, renoncement consécutif à l'angoisse devant cete dernière, angoisse morale.

La conscience est donc la conséquence du renoncement aux pulsions. Le renoncement aux pulsions, imposé du dehors, engendre la conscience qui exige alors de nouveaux renoncements.

La relation entre le Moi et le Surmoi est une reproduction de relations ayant réellement existé jadis entre le Moi encore indivis et un objet extérieur (Le père).

La conscience à l'origine provient de la répression d'une agression et se trouve ensuite renforcée par de nouvelles répressions semblables.

Freud précise que la sévérité du Surmoi qu'élabore un enfant ne reflète pas la sévérité des traitements qu'il a subis.

Faisant ensuite allusions aux thèses développées dans Totem et Tabou, Freud explique que la conscience morale a également des origines phylogénétiques (le meurtre du père de la horde primitive).

Note : Freud, s'inspirant d'une conviction de Darwin suppose à l'origine de l'humanité une horde primitive, sous l'autorité d'un père tout-puissant qui possède seul l'accès aux femmes. Il présuppose alors que les fils du père, jaloux de ne pouvoir posséder les femmes, se rebellèrent un jour et le tuèrent, pour le manger en un repas totémique. Une fois le festin consommé, le remords se serait emparé des fils rebelles, qui érigèrent en l'honneur du père, et par peur de ses représailles, un totem à son image. Afin que la situation ne se reproduise pas, et pour ne pas risquer le courroux du père incorporé, les fils établirent des règles, correspondant aux deux tabous principaux : la proscription frappant les femmes appartenant au même totem (inceste) et l'interdiction de tuer le totem (meurtre et parricide).

Le sentiment de culpabilité est l'expression du conflit d'ambivalence, de la lutte éternelle entre l'Eros et l'instinct de destruction ou de mort.

Comme la civilisation obéit à une poussée érotique interne visant à unir les hommes en une masse maintenue par des liens serrés, elle ne peut y parvenir qu'en renforçant toujours davanatge le sentiment de culpabilité.

Conclusion :

Le sentiment de culpabilité est le problème capital du développement de la civilisation et le progrès de celle-ci doit être payé par une perte de bonheur due au renforcement de ce sentiment.

Le sentiment de culpabilité est absolument identique à l'angoisse devant le Surmoi.

Il n'est pas reconnu comme tel, il reste en grande partie inconscient et se manifeste comme un malaise, un mécontentement auquel on cherche à attribuer d'autres motifs.

Freud précise la signification des concepts qu'il a développés dans son ouvrage : "surmoi", "conscience morale", "sentiment de culpabilité", "besoin de punition", "remords".

Le Surmoi est une instance qui consiste à surveiller et juger les actes et intentions du Moi et à exercer une activité de censure.

Le sentiment de culpabilité (la dureté du Surmoi) est la même chose que la sévérité de la conscience morale. Il est la perception, impartie au Moi, de la surveillance dont ce dernier est ainsi l'objet. Il mesure le degré de tension entre les tendances du Moi et les exigences du Surmoi.

Le besoin de punition est une manifestation d'une pulsion du Moi devenu masochiste sous l'influence du Surmoi sadique.

Le remords désigne la réaction du Moi dans un cas donné de sentiment de culpabilité.

Freud propose de limiter les découvertes psychanalytiques relatives au sentiment de culpabilité de sa dérivation des pulsions agressives seules. Les symptômes des névroses sont des substituts de satisfaction de désirs sexuels non exaucés. Quand une pulsion instinctive succombe au refoulement, ses éléments libidinaux se transforment en symptômes, ses éléments agressifs en sentiment de culpabilité.

Le processus de civilisation  répondrait à cette modification du processus vital subie sous l'influence d'une tâche imposée par l'Eros et rendue urgente par l'Ananké (le Destin), la nécessité réelle, à savoir l'uion d'êtres humains isolés en une communauté cimentée par leurs relations libidinales réciproques.

Le combat entre l'individu et la société répond à une discorde intestine dans l'économie de la libido, comparable à la lutte pour la répartition de celle-ci entre le Moi et les objets. Ce combat, si pénible qu'il rende la vie à l'individu actuel, autorise en celui-ci un équilibre final. Il faut espérer qu'il en sera de même de la civilisation.

Freud affirme l'existence, au-delà du Surmoi individuel l'existence d'un "Surmoi collectif" : l'éthique.

Le Surmoi d'une époque culturelle donnée, explique Freud, a une origine semblable à celle du Surmoi d'un individu. Les deux mécanismes, celui du développement culturel de la masse et celui du développement culturel propre à l'individu, sont régulièrement et intimement accolés l'un à l'autre.

Il fait deux objections au Surmoi individuel et au Surmoi collectif :

a) par la sévérité de ses ordres et de ses interdictions, il se soucie trop peu du bonheur du Moi.

b) il ne tient pas assez compte des résistances à lui obéir.

Freud prend l'exemple du commandement évangélique : "Aime ton prochain comme toi-même",  qu'il qualifie de "mesure de défense la plus forte contre l'agressivité et exemple le meilleur des procédés antipsychologiques du Surmoi collectif".

Il se demande si la plupart des civilisations ou des époques culturelles et même l'humanité entière ne sont pas devenues "névrosées" sous l'influence des efforts de la civilisation et introduit la notion de "névrose collective".

"La question du sort de l'espèce humaine, affirme-t-il pour finir, me semble se poser ainsi : le progrès de la civilisation saura-t-il, et dans quelle mesure, dominer les perturbations apportées à la vie en commun par les pulsions humaines d'agression et d'autodestruction ? A ce point de vue, l'époque actuelle mérite peut-être une attention toute particulière. Les hommes d'aujourd'hui ont poussé si loin la maîtrise des forces de la nature qu'avec leur aide il leur est devenu facile de s'exterminer mutuellement jusqu'au dernier. Ils le savent bien, et c'est ce qui explique une bonne part de leur agitation présente, de leur malheur et de leur angoisse. Et maintenant, il y a lieu d'attendre que l'autre des deux "puissances célestes", l'Eros éternel, tente un effort afin de s'affirmer dans la lutte qu'il mène contre son adversaire non moins mortel."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

S. Freud, Malaise dans la civilisation

La politique d'Israël ne peut mener qu'à la catastrophe

Publié le par Robin Guilloux

Près de 100 Palestiniens ont perdu la vie, ce dimanche, sur la bande de Gaza. (Mahmud Hams - AFP)

Spinoza disait que le racisme consiste à "généraliser". La plupart des Français juifs ne sont pas, comme Jacques Attali, favorables à un "gouvernement mondial avec Jérusalem pour capitale", la plupart des Français juifs ne font pas semblant d'oublier qu'une majorité de Français, consultés par référendum se prononcèrent contre le projet de constitution européenne, comme le fait Bernard-Henri Lévy, la plupart  des Français juifs ne sont pas des obsédés sexuels comme Dominique Strauss-Kahn, les Français juifs n'ont pas échangé les idéaux de leur jeunesse contre un plat de lentilles au Parlement de Bruxelles, comme Daniel Cohn-Bendit.

La plupart des Français juifs ne font pas la pluie et le beau temps dans les médias, alors qu'ils en subissent, comme les autres Français, le bourrage de crâne et la censure.

C'est ainsi qu'il est impossible, par exemple, de demander la sortie de la France de l'Union européenne et le retour au Franc sans être taxé de "lepeniste" et ceux qui ont le courage de le faire, comme François Asselineau, sont purement et simplement interdits d'antenne sur les grands médias, comme il est impossible d'exprimer la moindre critique à l'encontre de la politique de l’État d'Israël sans être traité d'antisémite, si l'on est un "goy" ou de renégat, de kapo et de traître, si l'on est juif.

Ces manipulations malhonnêtes sont le fait de gens qui ne connaissent pas la Torah, qui n'ont aucune idée de l'éthique, de la religion et de la spiritualité juives, qui vont jusqu'à instrumentaliser la Shoah pour étouffer toute velléité de critique et qui ont trahi depuis longtemps le cœur du judaïsme : la modestie, la rectitude et le service du prochain.

Ces gens utilisent le judaïsme  pour accroître leur pouvoir et leur influence. Ce sont les Pharisiens d'aujourd'hui. Ils crucifient les malheureux. Le monde les craint, mais l'Esprit les vomit. Ils seront dispersés, ils seront renversés de leur trône, ils seront renvoyés les mains vides. Ils sont la honte du judaïsme.

Beaucoup de Français juifs (y compris de nombreux Juifs pratiquants et de rabbins),  ne sont ni sionistes, ni solidaires de la politique d'apartheid pratiquée par l’État d'Israël à l'encontre des Palestiniens (l'opération "Plomb fondu" au Liban, de sinistre mémoire ou la colonisation ininterrompue des territoires qui hypothèque toute chance de paix au Moyen-Orient). Tous les Français juifs ne sont pas persuadés d'avoir le monoplole de la souffrance. Tous les Français juifs ne sont pas euro-atlantistes et aveuglément pro-américains, tous les Juifs ne sont pas des délinquants en cols blancs comme Mrs. Goldmann, Sachs ou Madoff et des adorateurs du veau d'or.

On peut avoir des origines juives, sans pour autant être riche et ne se préoccuper que d'accroître sa fortune personnelle, faire partie d'un lobby, travailler à la disparition de la France dans un Empire supra-national dirigé par l'Allemagne et les États-Unis d'Amérique, Bref, on peut être juif, pauvre et patriote.

Le CRIJF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et la prétendue "Ligue de Défense contre le Racisme et l'Antisémitisme" (LICRA)  ne représentent qu'elles-mêmes et la politique de l’État d'Israël et n'ont aucune légitimité à parler au nom de tous les Français juifs auxquels elles font un tort considérable en favorisant le racisme anti-juif. Les Juifs (parmi lesquels des descendants de déportés) ne supportent plus l'instrumentalisation indécente qui est faite de la Shoah.

Juifs d'Israël et d'ailleurs, réfléchissons, je vous en supplie, avant qu'il ne soit trop tard,  à la manière dont nous élevons nos enfants, à l'endoctrinement que nous leur imposons, sous prétexte que "les autres" font pareil, à l'état d'esprit obsidional dans lequel nous vivons, à la culture de la haine que nous entretenons, à l'image que nous donnons du judaïsme et du Peuple juif, comme d'un "peuple à la nuque raide, dominateur et sûr de lui".  

Nous avons le droit d'exister et de nous défendre, mais l'idée obsessionnelle que nous sommes entourés d'ennemis et que nous devons rendre coup pour coup ne peut mener qu'à la catastrophe.

 

 

Gaston Berger, Traité pratique d'analyse du caractère

Publié le par Robin Guilloux

Gaston Berger, membre de l'institut, Traité pratique d'analyse du caractère, Presses universitaires de France, 1979 (première édition : 1950), avant-propos de René Le Senne

Gaston Berger (1896-1960)

Né le 18 octobre 1896 à Saint-Louis du Sénégal, décédé le 13 novembre 1960 à Longjumeau, Gaston Berger est un industriel, philosophe, et haut fonctionnaire français, connu principalement pour ses études sur Husserl et pour ses travaux sur la caractérologie. Il est le père du chorégraphe Maurice Béjart.

Êtes-vous un "passionné" comme Napoléon, un colérique comme Victor Hugo, un sentimental comme Jean-Jacques Rousseau, un nerveux comme Baudelaire, un flegmatique comme Emmanuel Kant, un sanguin comme Talleyrand, un apathique comme Louis XVI ou un amorphe comme La Fontaine ? Ce livre vous permettra de mieux vous connaître (et de mieux connaître les autres et donc de mieux gérer vos relations avec eux).

"La caractérologie mérite vraiment d'être tenue pour une science. Elle nous met en présence d'un immense domaine à reconnaître, dont les psychologues et aussi les romanciers, les hommes d'action, les auteurs dramatiques, les moralistes ont aperçu quelques aspects, mais dont l'exploration méthodique est récente. Toutes les découvertes ne sont pas faites. D'autre part, loin d'apparaître comme une application de la psychologie générale ou simplement une de ses parties, la caractérologie se présente comme une discipline originale. Elle propose une manière nouvelle de reprendre la psychologie tout entière, à partir de la réalité concrète des individus et non en étudiant quelques grandes fonctions que l'on suppose identiques ou du moins analogues chez tous les hommes."

(Gaston Berger, Traité pratique d'analyse du caractère, p. 20)

Caractère : "Il est, comme le dit M. Lalande dans le Vocabulaire de la Philosophie, l'ensemble des manières habituelles de sentir et de réagir qui distinguent un individu d'un autre (VII, T. I, p. 95), habituelle, ne signifiant pas qu'elles sont dues à l'habitude, mais qu'elles ont une fixité relative. Ainsi entendu, on ne saurait nier que chacun ait un caractère, même les inconsistants dont le changement d'humeur est précisément la loi." (G. Berger, Traité pratique d'analyse du caractère, p. 35)

Selon Gaston Berger, notre personnalité est gouvernée par trois grands facteurs : l'émotivité, l'activité et la secondarité et le "caractère" est une manière particulière d'aborder les conflits avec le monde et avec les autres.

1) l'émotivité : "nous appelons émotif celui qui est troublé quand la plupart des hommes ne le sont point ou qui, dans des circonstances données, est plus violemment ému que la moyenne. Le non-émotif est au contraire, celui qui est difficile à émouvoir et dont les émotions sont peu violentes."

2) l'activité : "ce que signifie cette notion, en caractérologie, n'est pas le comportement de celui qui agit beaucoup, mais la disposition de celui qui agit facilement. L'actif agit de lui-même, l'impulsion semblant venir de lui et les choses n'étant que des occasions. L'inactif, au contraire, agit contre son gré, à son corps défendant, avec peine, souvent en grommelant ou en se plaignant."

3) la secondarité : cette notion se rattache à celle de "retentissement", analysée par le psychologue allemand Otto Gross. Toutes les impressions que nous subissons, ou plus généralement toutes nos représentations, exercent sur nous, pendant qu'elles sont présentes, une action immédiate que nous pouvons appeler leur "fonction primaire". Mais, lorsqu'elles ont disparu du champ de la conscience claire, elles continuent à "retentir" en nous-mêmes et à influencer notre manière d'agir et de penser. C'est cette action prolongée qui est leur "fonction secondaire". Par extension, on appelera "primaires" les individus chez lesquels les impressions agissent surtout par leur fonction primaire, "secondaires" ceux chez qui les impressions ont un fort retentissement et exercent par conséquent une "fonction secondaire" importante.

Ces trois facteurs se combinent pour produire huit grands types de caractères :

Les passionnés (émotifs, actifs, secondaires) : Napoléon, Pascal, Racine, Corneille, Flaubert, Michel-Ange, Pasteur

Les colériques (émotifs, actifs, primaires) : V. Hugo, Mirabeau, G. Sand, Gambetta, Péguy

Les sentimentaux (émotifs, non actifs, secondaires) : Vigny, Amiel, Biran, Rousseau, Kierkegaard, Robespierre

Les nerveux (émotifs, non actifs, primaires) : Baudelaire, Musset, Poe, Verlaine, Heine, Chopin, Stendhal

Les flegmatiques (non émotifs, actifs, secondaires) : Kant, Washington, Joffre, Franklin, Turgot, Bergson

Les sanguins (non émotifs, actifs, primaires) : Montesquieu, Talleyrand, Mazarin, Anatole France

Les apathiques (non émotifs, non actifs, secondaires) : Louis XVI

Les amorphes (non émotifs, non actifs, primaires) : La Fontaine

S'appuyant sur les travaux de René Le Senne et les enquêtes statistiques d'Heymans et Wiersma, Gaston Berger analyse chacun de ces huit types de caractère et leur attitude dans la vie.

G. Berger explique qu'Il ne faut pas prendre les mots "colérique", "nerveux", "apathique", "amorphe" au sens courant ou leur attacher une signification péjorative.

Le livre comporte un test sous forme de questionnaire, page 149, portant sur les trois principaux facteurs qui composent le caractère : l'émotivité, l'activité, la secondarité et sur six facteurs complémentaires : la largeur du champ de conscience, la polarité (Mars/Vénus), l'avidité, les intérêts sensoriels, la tendresse et la passion intellectuelle.

Les facteurs de tendance  (aucune de ces tendances ne se trouve "à l'état pur" chez le même individu) :

La polarité Mars/Vénus : La première liée à une attitude de conquête au sens de l'agression, la seconde une attitude de conquête au sens de la séduction.

La largeur de champ de conscience est la précision sur les détails (champ de conscience étroit) ou au contraire le besoin d'appréhender un domaine de façon plus vaste quitte à en avoir une vision moins exacte, mais plus générale (champ de conscience large) : esprit de finesse et esprit de géométrie mentionnés par Pascal, ainsi que l'opposition entre le chercheur de pointe et le vulgarisateur.

L'avidité : "Dans son principe, ce que nous appelons avidité est la faim, le besoin de faire entrer en soi le monde extérieur et de le transformer en sa propre substance."

Les intérêts sensoriels : "La sensation, quand elle est vraiment maîtresse et qu'elle envahit tout, est un ravissement. Elle est sortie de soi, "ec-stase". Elle nous offre un monde qui se suffit. L'un de ceux qui en ont le mieux célébré les attraits, André Gide, excelle à saisir à l'état pur le jeu des couleurs, des formes, des mouvements..." (p. 106)

La tendresse : "Comme l'amour, l'amitié, telle que la conçoivent les âmes tendres, n'est ni un échange de services, ni la simple occasion d'un divertissement intellectuel, mais l'union de deux âmes, le don de soi à l'autre, l'émotion commune de deux sensibilités."

La passion intellectuelle : "Comme étrangère à la vie, éloignée des pulsions biologiques fondamentales, elle est le désir de savoir et surtout de comprendre, en dehors de toute utilité pratique et de tout souci d'application."

Le chapitre VIII ("Illustration et interprétation du questionnaire") permet de mieux comprendre le sens des facteurs et de faciliter la conduite de l'analyse. Chaque question y est illustrée de nombreux exemples qui permettent de la replacer dans le cadre de la vie concrète.

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"La vie de Nietzsche est un exemple excellent du conflit entre la tendresse et l'avidité. S'il a si bien su décrire la volonté de puissance, c'est qu'il en connaissait par expérience personnelle l'appel impérieux. Mais l'obstacle qu'il rencontrait ne résidait pas dans la résistance des choses et des êtres, mais dans la tendresse de son propre coeur. En luttant contre la pitié, c'était contre lui qu'il luttait. Il s'oppose avec violence au christianisme, parce que cette religion porte la pitié (la com-passion) à l'absolu.; mais en même temps, il s'identifie dans ses hallucinations à Jésus, le crucifié. Zaratoustra était déjà le sage à la fois le plus dur et le plus tendre. Dans cette âme à la fois exigeante, sensible et lucide, le drame est sans issue. On sait qu'il s'est achevé par l'éclatement de sa personnalité : une ultime crise le jette, lui qui se voulait impitoyable, au cou d'un cheval que maltraitait son conducteur." (Gaston Berger, Traité pratique d'analyse du caractère, p. 100)

Michel Foucault, Naissance de la clinique

Publié le par Robin Guilloux

Michel Foucault, Naissance de la clinique, une archéologie du regard médical, Presses universitaires de France, collection "Galien", Histoire et Philosophie de la biologie et de la médecine, dirigée par Georges Canguilhem, 1963.

 

"Dans Naissance de la clinique, Michel Foucault fait le projet de déterminer comment un nouveau type de regard sur l'homme a vu le jour à la fin du XVIIIe siècle. Son objet est la clinique, c'est-à-dire la médecine moderne, mais la mutation qui a lieu au sein de cette discipline est révélatrice du bouleversement du champ de la connaissance qui s'amorce alors. Il s'attache donc à mettre en évidence « les conditions de possibilité de l'expérience médicale telle que l'époque moderne l'a connue », procède à une fouille méthodique dans cette entreprise qui se veut « archéologique ». L'étude patiente des évolutions que connaît la médecine va lui permettre de mettre en évidence les changements que connaissent les structures de perception du réel et de l'homme à la fin du XVIIIe et au début du XIXe." (source : philosophie des sciences, memento)

 

"Jusqu'à présent, l'histoire des idées ne connaissait guère que deux méthodes. L'une, esthétique, était celle de l'analogie - d'une analogie dont on suivait les voies de diffusion dans le temps (genèse, filiations, parentés, influences), ou à la surface d'une plage historique (l'esprit d'une époque, sa Weltanschuung, ses catégories fondamentales, l'organisation de son monde socioculturel). L'autre, psychologique, était celle de la dénégation des contenus (tel siècle ne fut pas aussi rationaliste, ou irrationaliste qu'il le disait et qu'on l'a cru), par quoi s'inaugure et se développe une sorte d "psychanalyse" des pensées dont le terme est de plein droit réversible - le noyau du noyau étant toujours son contraire.

On voudrait essayer ici l'analyse d'un type de discours - celui de l'expérience médicale - à une époque où, avant les grandes découvertes du XIXème siècle, il a été modifié moins ses matériaux que sa forme systématique. La clinique c'est à la fois une nouvelle découpe des choses, et le principe de leur articulation dans un langage où nous avons coutume de reconnaître le langage d'une "science positive" (...)

La recherche ici entreprise implique (donc) le projet délibéré d'être à la fois historique et critique, dans la mesure où il s'agit, hors de toute intention prescriptive, de déterminer les conditions de possibilité de l'expérience médicale telle que l'époque moderne l'a connue.

Une fois pour toutes, ce livre n'est pas écrit pour une médecine contre une autre, ou contre la médecine pour une absence de médecine. Ici, comme ailleurs il s'agit d'une étude qui essaie de dégager dans l'épaisseur du discours les conditions de son histoire.

Ce qui compte dans les choses dites par les hommes, ce n'est pas tellement ce qu'ils auraient pensé en deçà ou au-delà d'elles, mais ce qui d'entrée de jeu les sytématise, les rendant pour le reste du temps, indéfiniment accessibles à de nouveaux discours et ouvertes à la tâche de les transfomer."

(Michel Foucault, Naissance de la clinique, Préface, p. XIII-XIV)

 

S.C. Kleene, Logique mathématique

Publié le par Robin Guilloux

Stephen C. Kleene, professor of Mathematics, the University of Wisconsin, Madison, Logique mathématique, traduction de Jean Largeault, assistant à l'université de Paris IV, Librairie Armand Colin, 1971. Cet ouvrage a été publié en 1967 sous le titre Mathematical Logic par John Wiley and Sons, New York.

 

Quel ouvrage me conseilleriez-vous pour débuter la Logique ? Réponse : Logique mathématique de S.C. Kleene, sans aucune hésitation !

"Un manuel de logique écrit à l'intention des étudiants par un logicien de réputation internationale.

Ce livre, sans équivalent, même dans sa langue originale, est le fruit à la fois d'une longue expérience pédagogique et d'une connaissance de première main des sujets qui y sont exposés.

L'auteur réussit à donner à sa pensée une expression accessible et rigoureuse, jouant de toutes les ressources d'une pédagogie très au point : démonstrations informelles, résultats généraux prouvés sur un cas typique traité in extenso, exemples développés jusqu'à l'extrême détail, exercices placés à la fin de chaque section, grâce auxquels le lecteur peut reconstituer les concepts abstraits et s'assurer qu'il sait les mettre en oeuvre.

Les notes placées en bas de page, renvoyant les unes aux autres et à des parties antérieures de l'ouvrage, contribuent à resserrer la cohérence et à guider le lecteur. Elles contiennent en outre une profuson de remarques et d'informatios historiques, critiques, bibliographiques d'un intérêt considérable.

Ensemble d'une rare richesse intellectuelle et instrument de travail exceptionnel, ce manuel devrait rendre les plus grands services à l'enseignement de la logique dans les universités."

Description de cette image, également commentée ci-après

Stephen Cole Kleene (1909-1994)

Mathématicien américain né à Hartford (Connecticut). Diplômé de l'Amherst College, Stephen C. Kleene entre, en 1930, à l'université de Princeton. Il est docteur de la même université en 1934. Dès cette époque, il partage son temps entre l'enseignement (université du Wisconsin) et la recherche. Il est successivement membre du Conseil national de la recherche scientifique (1957), puis président de la section de mathématiques de l'Académie nationale des sciences. De 1956 à 1958, il est président de l'Association de logique symbolique.

Les travaux de Kleene se rapportent à la logique formelle et à la logique mathématique. Essentiellement « formaliste », il s'intéresse tout particulièrement à la théorie des fonctions récursives et rejoint dans ses recherches les résultats déjà établis par K. Gödel, A. M. Turing, A. Church ; il définit avec ce dernier les fonctions lambda-définissables (1932-1935). En 1936, il montre, avec Church, que les notions de fonction lambda-définissable et de fonction récursive générale sont identiques ; ces notions permettent de préciser le concept d'algorithme et débouchent sur la description et l'étude des langages des calculateurs. À partir de 1934, Kleene publie de nombreux ouvrages et articles à caractère pédagogique et théorique. On peut citer : Introduction aux métamathématiques (Introduction to Metamathematics, 1952) ; « Representation of Events in Nerve Nets, and Finite Automata » (1956), étude consacrée à un modèle de neurones. Il définit à cette occasion une classe de langages formels, dits « langages réguliers » ou « langages de Kleene », à laquelle est associée la classe des automates finis ; il montre en particulier que tout K-langage (langage de Kleene) peut être obtenu par une composition de langages finis. En 1965, il publie, en collaboration avec R. E. Vesley, The Foundations of Intuitionistic Mathematics, Especially in Relation to Recursive Functions. En 1967, enfin, paraît Logique mathématique (Mathematical Logic), ouvrage pédagogique traduit en français en 1971.

Pierre GOUJON (Encyclopedia universalis)

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