Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 13:23

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On a laissé le gouvernement grec diriger le pays comme le capitaine du Concordia, laissant les plus riches faire de l'évasion fiscale une institution nationale et dispensant l’Église orthodoxe, la plus riche propriétaire foncière du pays, de payer l'impôt.

Et comme la réalité dépasse toujours la fiction, on apprend maintenant que des cabinets d'affaires internationaux (Goldman-Sachs) ont aidé le gouvernement grec a trafiquer le budget de la Grèce.

Ce sont les classes moyennes des autres pays d'Europe (vous et moi) qui ont financé cette gabegie et il faut toujours plus de milliards d'euros, qui ne vont nullement aider le Peuple grec que l'on "punit" de façon abominable, mais servir en priorité au remboursement usuraire de la dette.

Le petit peuple grec et les classes moyennes n'ont rien à voir dans ces trucages dont elles sont les victimes.

Le problème de fond, c'est l'Union européenne. Les pays qui la composent, comme l'Histoire vivante qui se rie des utopies humaines est en train de le démontrer peuvent cohabiter harmonieusement (contrairement à ce que l'on nous serine, l'Union européenne n'est nullement un "rempart contre la guerre") et échanger dans tous les domaines, mais n'ont pas vocation à se constituer en confédération.

Qui ne voit à présent ce qu'est l'Union européenne ? Un Empire sous domination allemande, comme les membres du Pacte de Varsovie étaient sous domination soviétique.

l'Union européenne, dirigée par une commission de technocrates non élus (la commission européenne), acquis aux intérêts de la finance internationale,  est une invention des États-Unis pour assurer sa domination politique et économique en divisant les peuples d'Europe. 

 

Le général de Gaulle était l'un des seuls à l'avoir déjà compris et à inciter à la prudence. L'avenir (notre aujourd'hui) montre qu'il avait raison.

Par Robin Guilloux
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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 08:13

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lundi 20 février 2012

PAR UN COLLECTIF D’INTELLECTUELS ET D’ARTISTES EUROPÉENS

http://www.liberation.fr/monde/01012391134-sauvons-le-peuple-grec-de-ses-sauveurs

Au moment où un jeune Grec sur deux est au chômage, où 25 000 SDF errent dans les rues d’Athènes, où 30% de la population est tombée sous le seuil de pauvreté, où des milliers de familles sont obligées de placer leurs enfants pour qu’ils ne crèvent pas de faim et de froid, où nouveaux pauvres et réfugiés se disputent les poubelles dans les décharges publiques, les «sauveurs» de la Grèce, sous prétexte que les Grecs «ne font pas assez d’efforts», imposent un nouveau plan d’aide qui double la dose létale administrée. Un plan qui abolit le droit du travail, et qui réduit les pauvres à l’extrême misère, tout en faisant disparaître du tableau les classes moyennes.

Le but ne saurait être le «sauvetage» de la Grèce : sur ce point, tous les économistes dignes de ce nom sont d’accord. Il s’agit de gagner du temps pour sauver les créanciers tout en menant le pays à une faillite différée.


Il s’agit surtout de faire de la Grèce le laboratoire d’un changement social qui, dans un deuxième temps, se généralisera à toute l’Europe. Le modèle expérimenté sur les Grecs est celui d’une société sans services publics, où les écoles, les hôpitaux et les dispensaires tombent en ruine, où la santé devient le privilège des riches, où les populations vulnérables sont vouées à une élimination programmée, tandis que ceux qui travaillent encore sont condamnés aux formes extrêmes de la paupérisation et de la précarisation.

Mais pour que cette offensive du néolibéralisme puisse arriver à ses fins, il faut instaurer un régime qui fait l’économie de droits démocratiques les plus élémentaires. Sous l’injonction des sauveurs, on voit donc s’installer en Europe des gouvernements de technocrates qui font fi de la souveraineté populaire. Il s’agit d’un tournant dans les régimes parlementaires où l’on voit les «représentants du peuple» donner carte blanche aux experts et aux banquiers, abdiquant leur pouvoir décisionnel supposé. Un coup d’Etat parlementaire en quelque sorte, qui fait aussi appel à un arsenal répressif amplifié face aux protestations populaires.

Ainsi, dès lors que les députés ont ratifié la convention dictée par la troïka (l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international), diamétralement opposée au mandat qu’ils avaient reçu, un pouvoir dépourvu de légitimité démocratique aura engagé l’avenir du pays pour trente ou quarante ans.

Parallèlement l’Union européenne s’apprête à constituer un compte bloqué où serait directement versée l’aide à la Grèce afin qu’elle soit employée uniquement au service de la dette. Les recettes du pays devraient être en «priorité absolue» consacrées au remboursement de créanciers, et, si besoin est, directement versées à ce compte géré par l’Union européenne.


La convention stipule que toute nouvelle obligation émise dans son cadre sera régie par le droit anglais, qui engage des garanties matérielles, alors que les différends seront jugés par les tribunaux du Luxembourg, la Grèce ayant renoncé d’avance à tout droit de recours contre une saisie décidée par ses créanciers. Pour compléter le tableau, les privatisations sont confiées à une caisse gérée par la troïka, où seront déposés les titres de propriété de bns publics. Bref, c’est le pillage généralisé, trait propre du capitalisme financier qui s’offre ici une belle consécration institutionnelle. Dans la mesure où vendeurs et acheteurs siégeront du même côté de la table, on ne doute guère que cette entreprise de privatisation soit un vrai festin pour les repreneurs.

Or toutes les mesures prises jusqu’à maintenant n’ont fait que creuser la dette souveraine grecque et, avec le secours de sauveurs qui prêtent à des taux usuraires, celle-ci a carrément explosé en approchant des 170% d’un PIB en chute libre, alors qu’en 2009 elle n’en représentait encore que 120%. Il est à parier que cette cohorte de plans de sauvetage - à chaque fois présentés comme «ultimes» - n’a eu d’autre but que d’affaiblir toujours davantage la position de la Grèce de sorte que, privée de toute possibilité de proposer elle-même les termes d’une restructuration, elle soit réduite à tout céder à ses créanciers sous le chantage de «la catastrophe ou l’austérité».

L’aggravation artificielle et coercitive du problème de la dette a été utilisée comme une arme pour prendre d’assaut une société entière. C’est à bon escient que nous employons ici des termes relevant du domaine militaire : il s’agit bel et bien d’une guerre conduite par les moyens de la finance, de la politique et du droit, une guerre de classe contre la société entière. Et le butin que la classe financière compte arracher à «l’ennemi», ce sont les acquis sociaux et les droits démocratiques, mais au bout du compte, c’est la possibilité même d’une vie humaine. La vie de ceux qui ne produisent ou ne consomment pas assez au regard des stratégies de maximisation du profit, ne doit plus être préservée.

Ainsi, la faiblesse d’un pays pris en étau entre la spéculation sans limites et les plans de sauvetage dévastateurs, devient la porte dérobée par où fait irruption un nouveau modèle de société conforme aux exigences du fondamentalisme néolibéral. Modèle destiné à toute l’Europe et plus si affinités.

C’est le véritable enjeu et c’est pour cela que défendre le peuple grec ne se réduit pas à un geste de solidarité ou d’humanité abstraite : l’avenir de la démocratie et le sort des peuples européens sont en question. Partout la «nécessité impérieuse» d’une austérité «douloureuse, mais salutaire» va nous être présentée comme le moyen d’échapper au destin grec, alors qu’elle y mène tout droit.

Devant cette attaque en règle contre la société, devant la destruction des derniers îlots de la démocratie, nous appelons nos concitoyens, nos amis français et européens à s’exprimer haut et fort. Il ne faut pas laisser le monopole de la parole aux experts et aux politiciens. Le fait qu’à la demande des dirigeants allemands et français en particulier la Grèce soit désormais interdite d’élections peut-il nous laisser indifférents ? La stigmatisation et le dénigrement systématique d’un peuple européen ne mériteraient-ils pas une riposte ? Est-il possible de ne pas élever sa voix contre l’assassinat institutionnel du peuple grec ? Et pouvons-nous garder le silence devant l’instauration à marche forcée d’un système qui met hors la loi l’idée même de solidarité sociale ?

Nous sommes au point de non-retour. Il est urgent de mener la bataille des chiffres et la guerre des mots pour contrer la rhétorique ultralibérale de la peur et de la désinformation. Il est urgent de déconstruire les leçons de morale qui occultent le processus réel à l’œuvre dans la société.


Il devient plus qu’urgent de démystifier l’insistance raciste sur la «spécificité grecque», qui prétend faire du caractère national supposé d’un peuple (paresse et roublardise à volonté) la cause première d’une crise en réalité mondiale. Ce qui compte aujourd’hui ne sont pas les particularités, réelles ou imaginaires, mais les communs : le sort d’un peuple qui affectera tous les autres.

Bien des solutions techniques ont été proposées pour sortir de l’alternative «ou la destruction de la société ou la faillite» (qui veut dire, on le voit aujourd’hui : «et la destruction et la faillite»). Toutes doivent être mises à plat comme éléments de réflexion pour la construction d’une autre Europe. Mais d’abord il faut dénoncer le crime, porter au grand jour la situation dans laquelle se trouve le peuple grec à cause des «plans d’aide» conçus par et pour les spéculateurs et les créanciers. Au moment où un mouvement de soutien se tisse autour du monde, où les réseaux d’Internet bruissent d’initiatives de solidarité, les intellectuels français seraient-ils donc les derniers à élever leur voix pour la Grèce ?

Sans attendre davantage, multiplions les articles, les interventions dans les médias, les débats, les pétitions, les manifestations. Car toute initiative est bienvenue, toute initiative est urgente.

Pour nous, voici ce que nous proposons : aller très vite vers la formation d’un comité européen des intellectuels et des artistes pour la solidarité avec le peuple grec qui résiste. Si ce n’est pas nous, ce sera qui ? Si ce n’est pas maintenant, ce sera quand ?

Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue «Alètheia», Athènes, Michel Surya, directeur de la revue «Lignes», Paris, Dimitris Vergetis, directeur de la revue «Alètheia», Athènes. Et : Daniel Alvara, Alain Badiou, Jean-Christophe Bailly, Etienne Balibar, Fernanda Bernardo, Barbara Cassin, Bruno Clément, Danielle Cohen-Levinas, Yannick Courtel, Claire Denis, Georges Didi-Huberman, Roberto Esposito, Francesca Isidori, Pierre-Philippe Jandin, Jérôme Lèbre, Jean-Clet Martin, Jean-Luc Nancy, Jacques Rancière, Judith Revel, Elisabeth Rigal, Jacob Rogozinski, Hugo Santiago, Beppe Sebaste, Michèle Sinapi, Enzo Traverso

Par Robin Guilloux
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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 06:51

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Jürgen Habermas (18 juin 1929, Düsseldorf) est un théoricien allemand en philosophie et en sciences sociales. Il est avec Axel Honneth l'un des grands représentants de la deuxième génération de l'École de Francfort, et développe une pensée qui combine le matérialisme historique de Marx avec le pragmatisme américain, la théorie du développement de Piaget et Kohlberg, et la psychanalyse de Freud. Il a pris part à tous les grands débats théoriques en Allemagne, et s'est prononcé sur divers événements sociopolitiques et historiques.

 

Un point de vue sur le situation de l'Europe et des "pays du sud", même si l'on peut émettre des réserves sur la viabilité du projet d'Union européenne dont Habermas souhaite le maintien :

 

 

 Le sort de l’Europe est lié aux 8 et 9 mai. À l’Ouest, on célèbre la victoire sur l’Allemagne nazie le 8, en Russie, le 9. En Allemagne même, ces deux journées sont officiellement désignées comme celles de « la Libération ». Cette année, pour la première fois, toutes les forces alliées (y compris une unité polonaise) ont défilé ensemble à Moscou pour commémorer l’événement. Sur la Place rouge, Angela Merkel se tenait à la droite de Poutine, incarnant l’esprit de l’Allemagne « nouvelle », des générations allemandes d’après-guerre qui n’oublient pas qu’elles furent aussi libérées par l’armée russe – qui paya d’ailleurs le plus lourd tribut à la guerre.


Or la chancelière venait tout juste de quitter Bruxelles, où elle avait joué un tout autre rôle, dans une défaite d’un tout autre genre. S’il est un état d’esprit que trahit la photo de la conférence de presse au cours de laquelle les dirigeants européens rendirent publique leur décision de créer un fonds de sauvetage commun pour l’euro en difficulté, ce n’est pas celui de l’Allemagne nouvelle, c’est un état d’esprit étriqué : celui de l’Allemagne d’aujourd’hui. On y voit les visages pétrifiés de Merkel et Sarkozy, un chef de gouvernement et un chef d’État usés par l’affrontement, n’ayant plus rien à se dire. Ce document est-il voué à symboliser l’échec d’une vision qui a habité pendant plus d’un demi-siècle l’histoire européenne de l’après-guerre ?


Si, à Moscou, Merkel apparaissait dans l’ombre projetée de l’ancienne République fédérale, à Bruxelles, le 8 mai, elle portait les stigmates de la lutte des lobbyistes durs qui, pendant une semaine, défendirent âprement les intérêts nationaux de la première économie européenne. En en appelant au modèle de la discipline budgétaire allemande, elle a bloqué un plan commun de l’Union qui aurait crédibilisé, quand il en était encore temps, la solvabilité de la Grèce face aux spéculateurs visant sa faillite. Des déclarations d’intention inefficaces ont empêché une action commune préventive. La Grèce devait demeurer un cas isolé.


Ce ne fut qu’après le dernier choc boursier que la chancelière cessa enfin de résister sans mot dire, « ramollie » il est vrai par les pressions persuasives convergentes du président des États-Unis, du FMI et de la BCE. Par crainte des armes de destruction massive de la presse populaire, elle avait, semble-t-il, perdu de vue la capacité destructrice d’autres armes de destruction massive : celles des marchés financiers. Pour elle, plus question de zone euro − ce qui fera dire à José Manuel Barroso, le président de la Commission, quelques jours plus tard : « Les États membres doivent avoir le courage de dire s’ils veulent une union économique et monétaire ou pas. S’ils ne veulent pas d’une union économique, alors il faut oublier l’union monétaire. »


Pour ceux qu’elle implique, la portée de la décision du 8 mai commence à se faire jour. Les métaphores de la « novlangue » actuelle, qui permettent sans relâche d’ouvrir des «parachutes de secours », de mettre en place des « paquets de sauvetage », ne doivent pas nous induire en erreur ; les conséquences entraînées par les mesures d’urgence adoptées, cette nuit-là, en faveur de l’euro n’ont aucune commune mesure avec celles de tous les plans de sauvetage financier qui ont pu exister jusqu’ici. Puisque, désormais, la Commission contracte des crédits au nom de l’Union européenne dans son ensemble, ce « mécanisme de crise » est un « instrument communautaire » qui modifie la base même des échanges économiques et commerciaux au sein de l’Union.

 

Le fait que les contribuables de la zone euro doivent répondre des risques budgétaires encourus par tout autre État membre induit un changement de paradigme. Ce qui nous fait prendre conscience d’un problème longtemps refoulé. La transformation de la crise financière en crise étatique nous rappelle la tare congénitale d’une union politique inachevée, abandonnée au milieu du gué. Dans un espace économique à l’échelle d’un continent, englobant une population considérable, on a fait naître un marché commun partiellement doté d’une monnaie commune, sans qu’aient été instituées, au niveau européen, des compétences capables de coordonner les politiques économiques des États membres.


Plus personne aujourd’hui ne peut prétendre que lorsque le directeur général du FMI réclame un « gouvernement économique européen », il formule une requête déraisonnable que l’on peut balayer d’un revers de main. Les modèles, qui dans le respect du pacte de stabilité se contentent de prôner des politiques économiques « conformes aux règles » et des budgets « disciplinés », ne satisfont pas à l’exigence d’adaptation flexible que suppose un environnement politique en proie aux changements rapides. Bien sûr, il faut assainir les budgets nationaux. Mais, ce ne sont toutefois pas seulement les « tricheries » des Grecs ou les « illusions de prospérité » des Espagnols qui sont en jeu ; il s’agit, au sein d’une zone monétaire qui réunit des économies nationales hétérogènes, d’imaginer une politique économique qui compense les niveaux de développement. Le pacte de stabilité, auquel la France et l’Allemagne elles-mêmes avaient dû déroger en 2005, est devenu un fétiche. Un renforcement des sanctions ne suffira pas à contrebalancer les conséquences non voulues qu’engendre une asymétrie voulue entre une union économique complète et une union politique incomplète.


Même la rédaction économique de la Frankfurter Allgemeine Zeitung voit « l’Union européenne à la croisée des chemins ». Elle se borne, il est vrai, à attiser la nostalgie du Deutschemark en arrangeant un scénario catastrophe dont seraient responsables les « pays à monnaie faible » ; de son côté, la chancelière avec un bel opportunisme se met à parler de la nécessité pour les Européens « de s’engrener les uns aux autres plus solidement sur les plans économique et financier ». Mais nulle part n’apparaît la moindre conscience de la césure profonde à laquelle nous sommes confrontés. Les uns brouillent les relations de causalité qui existent entre la crise bancaire et celle de l’euro et imputent le désastre au seul manque de discipline budgétaire. Les autres n’ont qu’une idée en tête : réduire à une question de meilleur management le problème d’une nécessaire harmonisation des politiques économiques nationales.


La Commission souhaite pérenniser le fonds de sauvetage de l’euro et avoir un droit de regard sur les projets de lois de finance nationaux − et ce, avant même qu’ils ne soient soumis aux parlements concernés. Il n’est pas dit que ses propositions seraient déraisonnables, mais laisser entendre qu’une telle immixtion de la Commission dans le droit des parlements serait sans incidence sur les traités et ne constituerait pas une aggravation sans précédent d’un déficit démocratique déjà profond et ancien est une suggestion proprement éhontée. Une coordination efficace des politiques économiques doit entraîner un renforcement des compétences du Parlement de Strasbourg ; elle attirera l’attention sur la nécessité d’une meilleure coordination dans d’autres domaines politiques également.


Les pays de la zone euro vont être confrontés à une alternative : approfondir la collaboration européenne ou abandonner l’euro. Ce n’est pas une question de « surveillance mutuelle des politiques économiques », comme le dit Jean-Claude Trichet, mais une question d’action commune. Et, à cela, la politique allemande est mal préparée.

Après la Shoah, le retour de la République fédérale dans le cercle des nations civilisées − d’Adenauer et Heinemann à Weizsäcker et Kohl en passant par Brandt et Helmut Schmidt − a requis des décennies d’efforts. L’habileté tactique d’un Hans-Dietrich Genscher et l’ancrage à l’Ouest par opportunisme ne pouvaient suffire. Ce qu’il fallait, c’était un changement de mentalité dans l’ensemble de la population ; il eut lieu, mais ce fut laborieux. Ce qui a en fin de compte incliné nos voisins à la réconciliation, ce furent, tout d’abord, le changement de nos convictions normatives et l’ouverture au monde des jeunes générations nées avec la République fédérale. Ensuite, bien sûr, la crédibilité des dirigeants politiques d’alors a pu faire pencher la balance dans les relations diplomatiques. Qu’une union européenne pacifique ait été dans l’intérêt des Allemands était l’évidence même mais ne constituait pas un argument suffisant pour diminuer une méfiance historiquement justifiée à leur égard.

 

Les Allemands de l’Ouest parurent, certes, devoir s’accommoder d’une partition nationale. Mais, compte tenu de leurs excès nationalistes passés, il leur était de toute façon impossible de ne pas renoncer au recouvrement de leurs droits de souveraineté, de ne pas assumer le rôle de premier contributeur européen et, le cas échéant, de ne pas fournir certaines prestations – qui, de toute façon, se révélaient bien rentables pour la République fédérale. Pour être convaincant, l’engagement allemand devait témoigner d’un ancrage normatif.


Jean-Claude Juncker dit bien où réside la preuve par neuf lorsque, face au froid calcul d’intérêt d’Angela Merkel, il déplore un personnel politique si peu disposé « à prendre pour l’Europe des risques en politique intérieure ».


L’Allemagne d’aujourd’hui est insensible, constipée, et c’est en amont qu’il faut en rechercher les causes. Dès la réunification, en s’ouvrant sur une Allemagne redevenue grande et toute à ses propres affaires, la perspective s’est mise à changer. La faille qui divisait les mentalités depuis la fin de la guerre gagna en importance, pour se faire plus profonde encore qu’après le départ de Kohl. À l’exception d’un Joschka Fischer trop vite épuisé, la génération au pouvoir depuis l’investiture de Gerhard Schröder en 1998 est sans principes normatifs ; elle s’en laisse conter par une société qui, du fait de sa complexité croissante, la conduit à aborder poussivement des problèmes qui surgissent de jour en jour. Voyant sa latitude d’action se réduire, elle se donne de moins en moins de buts et abdique tout dessein politique − sans parler, bien entendu, de projets comme d’unifier politiquement l’Europe.


Aujourd’hui, les élites allemandes jouissent d’un État-nation qui leur a permis de rallier la normalité. Au bout du « long chemin qui mène à l’Ouest », elles ont décroché leur brevet démocratique et peuvent à nouveau « être comme les autres ». Mais alors que le peuple – à partir de ce qui, pour lui aussi, avait été une défaite morale qui rendait nécessaire l’autocritique – avait jusque-là forgé une volonté de trouver au plus vite ses repères dans la « constellation postnationale », il a aujourd’hui perdu cette disposition. Dans un monde globalisé, tout le monde doit apprendre à intégrer les perspectives des autres aux siennes plutôt que de se replier sur un mélange égocentrique d’esthétisation et d’optimisation des profits.

 

Un symptôme politique de cet affaissement de la capacité d’apprentissage est manifeste dans les arrêts de la Cour fédérale constitutionnelle sur les traités de Maastricht et Lisbonne ; ils s’accrochent à des idées de la souveraineté qui procèdent d’une doctrine juridique obsolète. L’Allemagne est devenue un colosse au cœur de l’Europe, mais parce qu’il ne se réfère qu’à lui-même, qu’il fait preuve d’une mentalité nombriliste dépourvue de toute prétention normative, ce colosse est incapable de simplement garantir le fragile statu quo actuel, et donc la survie de l’Union européenne.

Il n’y a pas lieu de reprocher un changement de mentalité, mais cette indifférence nouvelle n’est pas sans conséquences dans la manière dont doit être perçu politiquement le défi actuel. Qui est vraiment prêt à tirer la leçon de la crise bancaire ? Il y a déjà longtemps qu’on en connaît la teneur ; il suffit de se rapporter aux belles déclarations d’intention du sommet du G20, à Londres, en avril 2009. Qui est prêt à se battre pour cela ?


Quant à savoir s’il faut dompter ce capitalisme financier redevenu sauvage, personne ne peut se méprendre sur la volonté majoritaire des peuples. À l’automne 2008, pour la première fois dans l’histoire du capitalisme, la colonne vertébrale d’un système économique mondial, désormais entièrement mu par les marchés financiers, n’a pu être sauvée de l’effondrement que grâce aux garanties apportées par les contribuables. Que le capitalisme soit dorénavant incapable de se reproduire à partir de ses propres forces, c’est là un fait bien établi dans la conscience des citoyens qui ont dû répondre en tant que contribuables de la « faillite du système ». Les exigences des experts sont sur la table.

 

On parle d’imposer un relèvement des capitaux propres des banques, de plus de transparence dans la gestion des fonds alternatifs, d’un contrôle amélioré des bourses et des agences de notation, de l’interdiction des instruments de spéculation inventifs mais délétères pour les économies nationales, d’un impôt sur les transactions financières, d’une taxe sur les banques, de séparer les banques d’investissement des banques d’affaires, d’un démantèlement des complexes bancaires « trop gros pour qu’on les laisse plonger ». Quand, au cours de son talkshow politique du jeudi, Maybrit Illner offrit à Josef Ackermann − PDG de la Deutsche Bank et lobbyiste averti − de choisir au moins quelques-uns de ces «instruments de torture » que pourrait s’approprier le législateur, on vit la nervosité se réfléchir sur le visage du banquier.


Ce n’est pas que la régulation des marchés financiers soit une affaire simple. Sans doute aura-t-on besoin du savoir-faire des banquiers les plus aguerris. Mais ce n’est pas tant la « complexité des marchés » qui risque de faire échouer les bonnes intentions, que la pusillanimité et le manque d’indépendance des gouvernements nationaux. Elles échouent parce que l’on renonce au préalable à une collaboration internationale ayant précisément pour but de mettre en place les capacités d’action qui font défaut − il en est ainsi, à l’échelle mondiale, dans le cadre de l’Union européenne, et plus encore au sein de la zone euro. En matière d’aide à la Grèce, les cambistes et es spéculateurs préféreront faire crédit au défaitisme d’un expert comme Ackermann qu’à l’adhésion pincée de Merkel au fonds de sauvetage de l’euro − et comme ils sont réalistes, ils ne croient de toute façon pas en une coopération résolue des pays de l’euro. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’un tel club consacre toute son énergie à des combats de coqs dont l’issue revient toujours à livrer les postes les plus influents aux personnages les plus falots ?


En temps de crise, tout le monde peut faire l’histoire. Ce n’est pas parce que, dans leur vacuité, nos élites préfèrent suivre les grands titres de Bild, qu’elles doivent y trouver prétexte et feindre de croire que ce sont les peuples qui font obstacle à un approfondissement de l’intégration européenne. Elles sont le mieux placées pour savoir que l’opinion des gens reflétée par les sondages est autre chose que la volonté des citoyens formée dans la délibération démocratique. Jusqu’à présent, il ne se trouve pas encore un seul pays où le résultat d’un référendum ou d’une élection européenne se serait décidé sur autre chose que des personnalités ou des thèmes nationaux.

 

Sans parler de l’aveuglement de la gauche, incapable de voir au-delà de l’État-nation (et je ne vise pas seulement Die Linke), ce sont tous les partis qui sont en reste à notre égard puisque aucun n’a même seulement essayé d’aider l’opinion publique à se former politiquement à l’échelle européenne en l’informant en raison. À condition de faire preuve d’un minimum de courage politique, cette crise de la monnaie commune peut provoquer ce que beaucoup avaient espéré d’une politique extérieure européenne commune : une conscience qui franchisse les frontières nationales, dans le partage d’un destin européen commun.

Jürgen Habermas

Traduit de l’allemand par Christian Bouchindhomme

Par Robin Guilloux
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 15:47

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"La vérité ne fait pas tant de bien dans le monde que ses apparences y font de mal." (Blaise Pascal)

 

Je ne trouve pas particulièrement "courageux" les récents propos de Monsieur Vanneste.

Si Monsieur Vanneste était vraiment courageux, il aurait dit : "Je suis opposé au mariage homosexuel et à l'adoption. Point final" ou bien : "les homosexuels français ne sont pas des citoyens à part entière" ou bien : "les homosexuels français collaboraient pendant l'Occupation", ou bien : "les homosexuels détruisent la civilisation, il faut s'en débarrasser."

Mais évidemment, Christian Vanneste ne peut pas dire cela, car il sait bien que c'était exactement ce que disait Goebels, celui avec lequel il suggère que les homosexuels français collaboraient - les défenseurs de Monsieur Vanneste citent d'ailleurs complaisamment des listes d'intellectuels collaborationnistes ou qui se sont rendus à Berlin, à l'invitation des nazis, avec des noms d'écrivains ou d'hommes politiques connus pour leur orientation sexuelle.

Christian Vanneste se contente, nous dit-on, d'avancer une "vérité indiscutable" et ses défenseurs d'en référer à Pierre Vidal-Naquet et à Serge Klarsfeld. Or ni Pierre Vidal-Naquet, ni Serge Klarsfeld ne cautionnent l'ensemble des propos de Monsieur Vannest, mais seulement une de ses affirmations selon laquelle il n'y a pas eu d'homosexuels déportés, en dehors de l'Allemagne et des territoires occupés.

Or il sait très bien que l'affirmation d'un fait (à supposer que son affirmation soit fondée) implique, dans l'esprit des auditeurs, un pourquoi ? Par exemple, pourquoi les nazis n'ont-ils pas déporté les homosexuels français ? Et une réponse à ce pourquoi.

 

Car ce que laisse réellement entendre Christian Vanneste en lâchant cette petite phrase prétendûment "objective" sur le fait que les homosexuels français n'auraient pas été déportés sous l'Occupation, mais seulement les homosexuels allemands et ceux de la zone occupée (l'Alsace-Lorraine), c'est que l'homosexualité corrompant, selon les nazis, le "sang" des peuples, ils n'entendaient se préoccuper que de la "race aryenne", laissant les autres "races" à leur sort afin d'assurer durablement la domination aryenne.

 

En d'autres termes, la petite phrase de Christian Vanneste peut être entendue comme l'expression du point de vue nazi, lors même qu'elle ne relève pas, en tant "qu'affirmation objective" du délit pénal. Très fort, n'est-ce pas ?

 

On retrouve le même procédé de "l'objectivité qui laisse entendre" chez Eric Zemour quand il affirme qu'il y a une majorité "d'étrangers" dans les prisons françaises.

Pourquoi ne dit-il pas simplement ce qu'il pense de l'émigration et ce qu'il faut faire, selon lui, face à ce phénomène, plutôt que de laisser les gens en déduire n'importe quoi, y compris le pire ?

Pas un instant, Monsieur Vanneste ne se demande s'il n'y a pas des homosexuels conservateurs, mais qui n'ont pas le même courage que le maire de Paris, ou des homosexuels chrétiens, dont certains, comme Julien Green, ont été une source de réconfort et ont témoigné d'une vraie charité. Peut-on lui suggérer, pour échapper à une vision simpliste du monde et cesser d'enfoncer le clou de la souffrance, de lire La Confusion des sentiments de Stefan Zweig ?

 

Max Weber a distingué entre l'éthique de conviction et l'éthique de responsabilité. On peut avoir des convictions, mais il faut réfléchir, surtout quand on est un homme public, aux conséquences de ce que l'on dit.

Par Robin Guilloux
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 10:19

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Jean-Jacques Rousseau, né le 28 juin 1712 à Genève et mort le 2 juillet 1778 à Ermenonville, est un écrivain, philosophe et musicien genevois de langue française.

 

 

Désireux de montrer que la société d'Ancien régime où il vit n'a rien d'inévitable ni de naturel, Rousseau utilise le concept "d'état de nature". Cet instrument intellectuel ne cherche pas à décrire une hypothétique situation passée, mais il permet de retracer les raisons qui ont conduit les hommes à s'associer pour produire des institutions, des langues, des coutumes.

 

"Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu'ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique, en un mot tant qu'ils ne s'appliquèrent qu'à des ouvrages qu'un seul pouvait faire, et qu'à des arts qui n'avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu'ils pouvaient l'être par leur nature, et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d'un commerce (1) indépendant : mais dès l'instant qu'un homme eut besoin du secours d'un autre ; dès qu'on s'aperçut qu'il était utile à un seul d'avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut, la propriété s'introduisit, le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes et dans lesquelles on vit bientôt l'esclavage et la misère germer et croître avec les moissons."

 

Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité des hommes (1755)

 

(1) : ici, relations entre les hommes

 

Compréhension :

 

1) Quelles périodes dans l'Histoire des hommes le texte de Rousseau oppose-t-il ?

 

2) A quelle condition les hommes auraient-ils pu, d'après Rousseau, rester "libres, sains, bons et heureux" ?

 

3) Pourquoi les forêts se changèrent-elles en campagnes ? en quoi est-il paradoxal que ces "campagnes riantes" aient dû être "arrosées de la sueur des hommes" ?

 

4) Par quelles étapes et à cause de quoi passe-t-on de "l'égalité" à "l'esclavage et la misère" ?

 

Réflexion :

 

5) L'idée d'un "pur état de nature" est-elle une hypothèse historique ou un mythe ?

 

6) Pourquoi, avec l'apparition de la propriété, le travail devient-il nécessaire ?

 

7) L'explication de l'apparition de "l'esclavage et la misère" proposée par Rousseau vous semble-t-elle acceptable ? Peut-on, de la même façon, expliquer "l'eclavage et la misère" de nos jours ?

 

Proposition de correction :

 

1) Rousseau oppose deux périodes de l'Histoire : la période antérieure à la division du travail ("dès qu'un homme eut besoin d'un autre") et à l'instauration de la propriété privée et la période qui suit ; dans la période qui précède la division du travail, les hommes vivent "libres, sains, bons et heureux", alors que, par la suite, le travail devient nécessaire et instaure l'inégalité parmi les hommes : il est synonyme de prospérité pour les uns, de misère et de souffrance pour les autres ("on vit bientôt l'esclavage et la misère germer avec les moissons."). 

 

2) Les hommes auraient pu, d'après Rousseau, rester "libres, sains, bons et heureux" à condition de se contenter de l'état dans lequel ils étaient, où chacun se suffisait à lui-même et n'avait pas besoin du concours des autres pour subsister, vivaient au jour le jour et n'éprouvait pas le besoin de "faire des provisions pour deux".

 

3) "Les forêts se changèrent en campagnes" : la quasi totalité de la terre était occupée par de vastes forêts, comme on le voit encore en Amazonie, mais à partir du moment où les hommes instaurèrent la division du travail, ils se mirent à défricher la forêt pour faire des cultures. Le paradoxe réside dans le fait que la campagne semble plus "riante" que la forêt sauvage où, cependant, les hommes vivaient (toujours selon Rousseau) plus heureux. Selon Rousseau, les campagnes sont devenues "riantes", au prix de la souffrance et de la sueur, de l'esclavage et de la misère.

 

4) La première étape qui marque le passage de "l'égalité" à "l'esclavage et à la misère" est le passage de l'indépendance à la dépendance ("dès l'instant qu'un homme eut besoin d'un autre"), c'est-à-dire de l'autosuffisance à la division du travail, puis de la mise en commun à la propriété privée ("on s'aperçut qu'il était utile d'avoir des provisions pour deux"), puis de la liberté à l'exploitation de la force de travail ("des campagnes riantes qu'il fallut arroser de la sueur des hommes")

 

5) L'idée d'un pur état de nature n'est pas une hypothèse historique, mais un mythe. Cet état de nature n'a jamais existé, même (et peut-être surtout) dans les sociétés premières.

 

Rien chez l'homme n'est purement naturel. Ses sentiments et ses conduites sont inventés, comme les mots ; Il est impossible de séparer chez l'homme les comportements naturels et les comportements culturels, fabriqués. L'homme a le génie de l'équivoque (Maurice Merleau-Ponty), il détourne les conduites vitales de leur sens.

 

Les cultures premières ne sont pas "plus proches de la nature" que les nôtres ; ces cultures ont des techniques, des oeuvres d'art, des croyances religieuses, des mythes, des rituels, des prohibitions ; ceux qui la composent ne se contentent pas d'émettre des sons, ils parlent un langage articulé.

 

6) Le travail devient nécessaire avec l'apparition de la propriété privée car les "propriétaires" veulent avoir des provisions pour deux et pour ce faire, il faut mettre la terre en valeur, la cultiver, l'ensemencer.

 

7) Cette explication de la misère et de l'esclavage est sans doute historiquement discutable, mais elle contient une part de vérité philosophique. Claude Levi-Strauss oppose les sociétés chaudes aux sociétés froides. Les sociétés froides fonctionnent comme des horloges, elles ont un passé, mais elles n'ont pas vraiment d'Histoire.

 

Elles sont confirmes à ce que Rousseau décrit dans la première partie de ce texte : des hommes, généralement peu nombreux, constitués en tribus, qui ne connaissent pas la propriété privée et où il y a pas de division du travail, sinon entre les hommes et les femmes : les anthropologues parlent se sociétés de "chasseurs-cueilleurs".

 

La deuxième partie du texte de Rousseau correspond à ce que nous dit Claude Lévi-Strauss des sociétés chaudes (les nôtres), que Claude Lévi-Strauss compare à des machines à vapeur ; ces sociétés connaissent la propriété privée, la division du travail, tous les avantages, mais aussi tous les inconvénients et les désordres du "progrès", que Lévi-Strauss nomme "l'entropie civilisationnelle" : extrême richesse et extrême pauvreté, révolutions, conflits sociaux, terrorisme, gaspillage, désastres écologiques...

 

Il est certain que le manque de régulation des sociétés chaudes conduit vers l'entropie civilisationnelle et, du moins dans certaines régions du monde à "l'esclavage et à la misère". Claude Lévi-Strauss préconise, au lieu d'un impossible retour en arrière, que la culture (l'Etat, le Droit, les institutions, l'art, les sciences humaines) serve de régulateur à l'entropie civilisationnelle. Cette idée a été récemment réactualisée par Edgar Morin, mais elle est encore loin de se traduire dans la réalité.

 


Par Robin Guilloux
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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 12:19

Alain 03

Alain, de son vrai nom Émile-Auguste Chartier (Mortagne-au-Perche, Orne, 3 mars 1868 - Le Vésinet, Yvelines, 2 juin 1951), philosophe, journaliste, essayiste et professeur.

 

 

Terminales ST2S - Proposition de correction :

 

"Il reste à dire en quoi l'artiste diffère de l'artisan. Toutes les fois que l'idée précède et règle l'exécution, c'est industrie. Et encore est-il vrai que l'oeuvre souvent, même dans l'industrie, redresse l'idée en ce sens que l'artisan trouve mieux qu'il n'avait pensé dès qu'il essaye ; en cela il est artiste, mais par éclairs. Toujours est-il que la représentation d'une idée dans une chose, je dis même d'une idée bien définie comme le dessin d'une maison, est une oeuvre mécanique seulement, en ce sens qu'une machine bien règlée d'abord ferait l'oeuvre à mille exemplaires.

 

Pensons maintenant au travail du peintre de portrait ; il est clair qu'il ne peut avoir le projet de toutes les couleurs qu'il emploiera à l'oeuvre qu'il commence ; l'idée lui vient à mesure qu'il fait ; il serait même rigoureux de dire que l'idée lui vient ensuite, comme au spectateur, et qu'il est spectateur aussi de son oeuvre en train de naître. Et c'est là le propre de l'artiste. Il faut que le génie ait la grâce de la nature et s'étonne lui-même. Un beau vers n'est pas d'abord un projet, et ensuite fait ; mais il se montre beau au poète ; et la belle statue se montre belle au sculpteur à mesure qu'il l'a fait ; et le portrait naît sous le pinceau. (...) Ainsi la règle du beau n'apparaît que dans l'oeuvre et y reste prise, en sorte qu'elle ne peut servir jamais, d'aucune manière, à faire une autre oeuvre.

 

Alain, Système des beaux-arts (1920)

 

Compréhension :

 

1) Expliquer l'affirmation: "toutes les fois que l'idée précède et règle l'exécution, c'est industrie (l.1-2). Donnez un exemple illustrant cette affirmation d'Alain.

 

2) Pour quelle raison l'artisan est-il artiste seulement "par éclairs" ?

 

3) Qu'est-ce qui caractérise une "oeuvre mécanique" ?

 

4) Sur quels arguments est construite l'opposition entre l'artisan et le peintre de portrait ?

 

5) Expliquez la dernière phrase. Pour quelle raison "la règle du beau" ne peut-elle jamais servir "à faire une autre oeuvre" ?

 

Réflexion :

 

6) Les termes "artisan" et "artiste" ont une origine commune. Laquelle ? Quelle différence essentielle faites-vous entre un artiste et un artisan ?

 

7) Les règles et méthodes propres à tout art (peinture, photographie, musique, etc.) sont-elles nécessaires ? Que permettent-elles d'apprendre ? Suffit-il de les appliquer pour être un artiste ?

 

Eléments de réponses :

 

1) Alain explique dans ce texte en quoi consiste la différence entre l'art et l'artisanat. "Toutes les fois que l'idée précède et règle l'exécution, c'est industrie..." : l'artiste, comme l'artisan créent tous les deux des "objets ou, comme le dit plus poétiquement Heidegger, les "portent à l'éclat du paraître". Dans La Poétique (poétique, poème, viennent d'un mot grec qui signifie "créer"), le philosophe grec Aristote distingue quatre genres de causes.

 

Prenons l'exemple d'une coupe en argent : la matière dont la coupe est faite, l'argent, Aristote la nomme la "cause matérielle" de la coupe, la forme que l'artisan donne à la coupe est sa "cause formelle", le travail de l'artisan est la "cause efficiente" de la coupe ; la "cause finale", enfin, désigne l'usage auquel la coupe est destinée, par exemple le sacrifice.

 

La culture grecque, cependant ne faisait aucune distinction entre l'artiste et l'artisan. Cette distinction n'apparaît qu'au XVIIIème, sous la plume de d'Alembert,  dans L'Encyclopédie. d'Alembert distingue les "beaux-arts" de l'artisanat et des techniques sous le rapport de l'utilité : les oeuvres d'art, contrairement aux objets techniques n'ont aucune utilité.

 

Alain reprend la distinction de d'Alembert entre l'art et l'artisanat (l'industrie), mais fonde cette distinction non pas sur l'utilité, mais sur la correspondance plus ou moins grande entre l'objet et sa "cause formelle" : quand l'objet est conforme à l'idée qui lui préexiste, il relève de l'artisanat, quand le créateur ne sait pas exactement ce qu'il va faire, il s'agit d'un objet d'art.

 

Prenons l'exemple d'un menuisier qui construit un meuble. Le menuisier a une idée préalable du meuble qu'il veut faire. Il fait un dessin du meuble, accompagné de mesures pécises qui détermineront ses dimensions, puis il se met au travail et construit un meuble en s'éloignant aussi peu que possible de son projet.

 

2) L'objet que produit l'artisan correspond à un projet, il est conforme à sa "cause formelle". Il peut arriver cependant que l'artisan, au cours de la réalisation de son oeuvre change d'idée et "trouve mieux" que ce qu'il avait projeté au départ. Il va alors modifier son projet initial. Mais cette modification opérée par l'artisan est exceptionnelle. L'artisan est artiste, mais seulement "par éclairs", c'est-à-dire par moments et pas constamment.

 

3) Une "oeuvre mécanique" pour Alain est la "représentation d'une idée bien définie dans une chose" ; Alain prend l'exemple d'un plan d'architecte, du dessin d'une maison. La maison est "pensée" dans ses moindres détails : le nombre d'étages, la superficie, la disposition des pièces, le style architectural... Une oeuvre mécanique est une oeuvre qui correspond totalement à sa cause formelle.

 

Selon Alain, "une machine bien règlée d'abord ferait l'oeuvre à mille exemplaires" ; sa caractéristique essentielle est d'être reproductible sans que l'on puisse distinguer "l'original" des "copies" qui sont absolument semblables. Un objet d'art ne peut pas être reproduit, il peut seulement être copié et dans ce cas, on distingue l'original de la copie ; l'objet d'art est unique.

 

4) L'artiste se distingue de l'artisan, selon Alain par le fait que l'idée chez l'artisan précède l'exécution, alors qu'elle vient à l'artiste à mesure qu'il fait. Il peut arriver que l'artisan trouve mieux que ce qu'il avait prévu au départ, mais c'est par accident. L'argument d'Alain est que l'on peut reproduire un objet technique en une infinité d'exemplaires, chaque exemplaire étant une oeuvre à part entière,  alors que l'on peut seulement copier un objet d'art.

 

Il n'y qu'un seul et unique objet d'art, c'est l'objet initial. Cette caractéristique de l'oeuvre d'art repose sur le fait que l'artiste n'a pas d'idée préétablie de ce qu'il veut faire.

 

5) La règle qui a présidé à une oeuvre d'art reste prise dans cette oeuvre et ne peut servir à faire une autre oeuvre, en d'autres termes, l'artisanat relève, en règle général, de l'application d'un "procédé", alors que l'art relève de l'invention et du génie. Selon Alain, "un beau vers se montre beau au poète", une belle statue se montre belle au sculpteur à mesure qu'il la fait", "le portrait naît sous le pinceau"... L'artisan est satisfait que son oeuvre corresponde à son projet, l'artiste est "surpris" par son oeuvre. La règle du beau qui se trouve prise dans cette oeuvre ne peut pas servir à faire une autre oeuvre parce que, dans ce cas, l'artiste ne serait plus "surpris", il ne serait que "satisfait".

 

6) Le terme art (ars - qui a donné "artifex", artisan,  en latin - traduit le mot grec techné) désigne aussi bien la technique, le savoir-faire, que la création artistique, la recherche du beau. Il s'oppose à la science, en tant que savoir théorique, à la pratique aveugle et à la routine.

 

L'artisanat ne doit pas être opposé de façon rigide à la création artistique car il est loin de se réduire à la répétition d'un geste sans réfléxion.

 

L'art, cependant, s'affranchit de l'utile et d'une fin déterminée à l'avance.

 

7) Les règles et méthodes propres à tout art sont nécessaires. Par exemple, pour être musicien,  il vaut mieux connaître le solfège (il y a quelques exceptions notables parmi les musiciens de jazz), un photographe doit connaître les caractéstiques techniques de son appareil, apprendre à régler la vitesse et la focale, savoir développer lui-même ses clichés, un peintre doit connaître la théorie des couleurs, un poète doit connaître les différentes figures de style, les possibilités musicales de l'alliteration et de l'assonance et avoir lu d'autres poètes.

 

Ces savoirs, règles et techniques permettent d'acquérir de culture et habileté ; elles sont nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes car l'art véritable commence là où s'arrête la technique et le savoir.

 

La beauté offre une impression de complétude, de totalité, de liberté, sans qu'une idée puisse justifier ce sentiment. L'artiste susceptible de produire cette beauté possède le génie, qui est, selon Kant, plus que le simple talent, il est ce qui donne des règles à l'art, ce qui crée des formes susceptibles d'être imitées, sans se référer, par principe à quelque chose de réel et de déjà existant.

 

Une oeuvre se référant visiblement à un modèle ou faite selon des règles laborieusement appliquées, sera dite "académique" et pourra susciter de l'agrément, sans plus.

 

L'art véritable rivalise avec la nature ("il faut que le génie ait la grâce de la nature et s'étonne lui-même"), non seulement par son pouvoir de création, mais parce que ses créations, comme le spectacle de la nature, peuvent procurer un véritable sentiment esthétique.

 


 


 


 


 


Par Robin Guilloux
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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 20:58

 

la-grece-vit-de-nouvelles-journees-decisives-dans-l-attente

 

Maintenant que vos yeux découvrent leurs mensonges

Que la lumière éclaire nos terres désolées

Que la Grèce à genoux dans le sang qu’elle éponge

Premier peuple d’Europe sur l’autel immolé

 

Non peuples de la terre vous n’êtes pas coupables

Ils vous ont endormi dans des prisons dorées

En vous brouillant la vue d’émissions et de fables

Sur des écrans TV qu’ils vous ont préparés

 

Mais la terre est malade vous la sentez gémir

Pendant que ses bourreaux qui vous ont asservi

Sans vergogne et sans rien qui ne les fasse frémir

L’éventrent toujours plus au mépris de vos vies

 

Dans leurs temples d’argent : des peuples sacrifiés

La peur devient leur arme, la peur, la division

Leurs chiens de garde hurlent pour vous faire plier

Ils ne sont rien pourtant, nous sommes des millions

 

Non peuples de la terre vous n’êtes pas coupables

Le danger n’est pas l’autre mais la peur de l’autre

Unissez-vous, aimez, partagez votre table

laissez-la s’agiter la bête qui se vautre.

 

Aujourd’hui vous voyez qu’elle règne sur le monde

Se repaissant sans cesse du fruit de vos efforts

Vous n’avez que les miettes quand l’argent les inonde

Ils vous construisent un monde qui s’éteint dans la mort

 

La richesse est en vous et la bête en a peur

Relevez-vous, debout, les autres sont vos frères

Ce beau rêve d’union la bête en a horreur

C’est en ouvrant ses bras que l’homme se libère

 

Non peuples de la terre vous n’êtes pas coupables

Ils vous ont fabriqué de belles illusions

Vous éloignant de vous, humains pourtant capables

De recréer le monde loin de leurs divisions.

 

La bête s’est jetée sur le peuple de Grèce

La peur est dans ses flancs, la bête est aux abois

Redressons-nous ensemble avant qu’elle ne nous blesse

Et ne dévaste tout sous de nouvelles lois

 

Non peuples de la terre vous n’êtes pas coupables

Abandonnez un temps vos rêves chimériques

Que vous font miroiter la horde détestable

Des grands bonimenteurs faiseurs de polémiques

 

Revenez à vous-mêmes, au Dieu qui vous habite

A cet homme qui crée, qui magnifie le monde

Debout, n’ayez plus peur c’est la vie qui invite

Car la bête se meurt et notre terre gronde

 

Non peuples de la terre vous n’êtes pas coupables

Mais si vous choisissez de refermer les yeux

Alors je vous le dis vous êtes responsables

De la mort annoncée des peuples miséreux.

 

ALEXANDRE LEGREC

 

 

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Par Robin Guilloux
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Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 08:24

Aux élèves de ST2S et  H :

 

Vous traiterez l'un de ces trois sujets au choix :

 

1er sujet :

 

hegel-young.jpg

 

Georg Wilhelm Friedrich Hegel, né le 27 août 1770 à Stuttgart et mort le 14 novembre 1831 à Berlin, est un philosophe allemand. Son œuvre, postérieure à celle de Kant, est l'une des plus représentatives de l'Idéalisme allemand et a eu une influence décisive sur l'ensemble de la philosophie contemporaine.

 

Hegel enseigne la philosophie sous la forme d'un système de tous les savoirs suivant une logique dialectique. Le système est présenté comme une « phénoménologie de l'esprit » puis comme une « encyclopédie des sciences philosophiques », titres de deux de ses ouvrages, et englobe l'ensemble des domaines philosophiques, dont la métaphysique et l'ontologie, la philosophie de l'art et de la religion, la philosophie de l'histoire, la philosophie morale et politique ou la philosophie du droit.

 

"La sauvagerie, force et puissance de l'homme dominé par les passions, (...) peut être adoucie par l'art, dans la mesure où celui-ci représente à l'homme les passions elles-mêmes, les instincts et, en général, l'homme tel qu'il est.

 

En se bornant à dérouler le tableau des passions, l'art, alors même qu'il les flatte, le fait pour montrer à l'homme ce qu'il est, pour l'en rendre conscient. C'est déjà en cela que consiste son action adoucissante, car il met ainsi l'homme en présence de ses instincts, comme s'ils étaient en dehors de lui, et lui confère de ce fait une certaine liberté à leur égard. Sous ce rapport, on peut dire de l'art qu'il est un libérateur.

 

Les passions perdent leur force, du fait même qu'elles sont devenues objets de représentations, objets tout court. L'objectivation des sentiments a justement pour effet de leur enlever leur intensité et de nous les rendre extérieurs, plus ou moins étrangers. Par son passage dans la représentation, le sentiment sort de l'état de concentration dans lequel il se trouvait en nous et s'offre à notre libre jugement.

 

Il en est des passions comme de la douleur : le premier moyen que la nature met à notre disposition pour obtenir un soulagement d'une douleur qui nous accable, sont les larmes ; pleurer, c'est déjà être consolé. Le soulagement s'accentue ensuite au cours de conversations avec des amis, et le besoin d'être soulagé et consolé peut nous pousser jusqu'à composer des poésies.

 

C'est ainsi que dès qu'un homme qui se trouve plongé dans la douleur et absorbé par elle est à même d'extérioriser cette douleur, il s'en sent soulagé, et ce qui le soulage encore davantage, c'est son expression en paroles, en chants, en sons et en figures. Ce dernier moyen est encore plus efficace."

 

Hegel

 

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d'abord étudié dans son ensemble.

 

Questions :

 

1) Dégagez la thèse de texte et montrez comment elle est établie.

 

2) En vous appuyant sur des exemples que vous analyserez, expliquez :

 

a) l'art, alors même qu'il les flatte, le fait pour montrer à l'homme ce qu'il est"

 

b) "l'objectivation des sentiments a justement pour effet de leur enlever leur intensité et de nous les rendre extérieurs."

 

c) "ce qui soulage encore davantage, c'est son expression en paroles, en chants, en sons et en figures."

 

3) L'art nous libère-t-il de la violence des sentiments ?

 

 

Deuxième et troisième sujet :

 

"L' artiste est-il un artisan ?"

 

"La technique s'oppose-t-elle à la nature ?"


 

Quelques conseils :

 

L'explication de texte :

 

Dans ce texte sur l'art et les passions, Hegel se réfère implicitement (sans le dire) à la notion de "catharsis" dans la Poétique du philosophe grec Aristote (IV ème siècle av. J.-C.) - il faut citer des exemples précis pour illustrer la thèse développée par Hegel (elle est présentée au début du texte).

 

Aristote se réfère à la tragédie grecque et plus particulièrement à l'Oedipe Roi de Sophocle. Ceci dit, vous n'êtes pas obligés de vous référer au théâtre grec !

 

Et même si Herr Professor Georg Wilhelm Friedrich Hegel n'allait pas très souvent au cinéma , rien ne vous empêche de parler d' un film.

 

Pensez aussi à donner des exemples musicaux, puisque Hegel, contemporain de Beethoven (ils sont nés la même année, en 1770) évoque aussi la musique (cf. la fin du texte) que privilégieront Schopenhauer et Nietzsche, alors que Kant, philosophe des Lumières (XVIIIème siècle) se réfère essentiellement aux arts plastiques.

 


 

 

 

 

Par Robin Guilloux
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 19:06

affiche_la_danse.jpg

 

Mario D'Souza, installation à la Galerie du Château d'Eau, Place Séraucourt,  à Bourges, jusqu'au 11 mars 2012 

 

Aux Terminales ST2S et H 

 

Pour compléter le cours sur l'Art, je vous suggère, entre autre,  d'aller admirer à la galerie du Château d'eau à Bourges l'installation de Mario D'Souza, spécialement conçue pour ce cadre.

 

(Levez la tête et regardez avec les yeux... et avec les oreilles !)

 

L'artiste et le philosophe ne se tiennent pas sur des sommets opposés, mais distincts (Heidegger), mais si la philosophie veut renoncer à se poser en "savoir absolu"  pour se muer en "pensée méditante", il faut qu'elle cesse de parler sur les oeuvres et qu'elle laisse enfin les oeuvres lui parler.

 

Nous sommes bien en peine, malgré tout le respect que nous leur devons, de deviner à quels artistes et à quelles oeuvres se réfèrent précisément Kant dans sa Critique du Jugement de Goût ou Hegel dans son Esthétique. Le philosophe a tout à apprendre des artistes et non l'inverse.

 

On oppose traditionnellement l'art à la technique. L'art obéit à des règles, mais contrairement à l'artisan, l'artiste ne "produit" pas d'objets utiles : les chaises de Mario D'Souza ne sont pas plus faites pour poser son derrière que celles d'Eugène Ionesco. Elles nous mettent en garde, comme le faisait Nietzsche, contre les ornières du conformisme. 

 

L'Art est le domaine de la beauté, mais dans l'art contemporain, le "concept", l'idée tend à prendre le pas sur le Beau, en d'autres termes, il y a quelque chose à admirer, mais aussi  à comprendre.

 

La notion "d'objet d'art" tend aussi à disparaître avec le cadre traditionnel du musée, au profit de l'installation (c'est le cas des oeuvres de Mario D'Souza). Avec le "street art" (Banksy), il n'y a plus de lieux réservés à l'art ; l'art est partout, sur les murs, dans la rue et peut prendre une dimension contestataire.

 

Mario D'Souza est un artiste d'origine indienne qui vit et travaille en France, dans la région Centre, à Menetou-Salon. Il utilise des matériau de récupération (chaises, tissus, emballages...) auxquels il donne une seconde vie et un autre sens.

 

En créant des "oeuvres d'art" minimalistes à partir d'objets de rebut (le trop plein de la société de consommation), Mario D'Souza se construit des repères pour mieux comprendre son pays d'adoption et pour s'y sentir mieux. L'humour et la poésie ne sont jamais absents de ses créations.

 

Il nous parle de lui-même, mais aussi de nous, de la société dans laquelle nous vivons, de son Histoire. Selon Hegel nous ne contemplons pas "la nature" dans une oeuvre, mais l'esprit humain ;  dans la création et la contemplation d'une oeuvre d'art, l'Esprit s'accomplit et se contemple lui-même. L'art témoigne du fait que l'existence humaine ne se réduit pas à la survie biologique, que l'homme a aussi des besoins (ou plutôt des désirs) spirituels.

 

Selon Kant, en nous détachant de la sphère du besoin dans le libre jeu des facultés créatrices et dans la contemplation désintéressée, l'art nous fait accéder au royaume de la liberté.

 

Les oeuvres de Mario D'Souza relèvent de ce qu'Emmanuel Kant appelle "la beauté libre" (pulchritudo vaga) comme les coquillages, les oiseaux du paradis, les fresques non figuratives et la musique non programmatique. Contrairement à "la beauté adhérente" (pulchritudo adhaerens) : un beau visage, un beau bâtiment...,  nous n'avons aucune idée de ce que l'objet doit être, il ne correspond à aucune idée préétablie du beau. (Emmanuel Kant, Critique du Jugement, analytique du beau)

 

L'art est aussi un vecteur privilégié de communication et d'échange entre les hommes et entre les cultures. Le Château d'eau, qui fut le partage de l'eau, avant de devenir le partage de l'art,  symbolise cette dimension ; l'oeuvre de Mario D'Souza, La Danse, fait penser, aussi bien par son titre que par sa composition à la danse des Muses autour du dieu Apollon (Krishna ?), dieu des arts, thème repris par Matisse dans une oeuvre précisément intitulée "La Danse".


 

la danse                                      Henri Matisse, La danse (1910)

 

La mère des Muses se nomme en grec "Mnémosumé", la Mémoire ;  l'artiste (le poète, le peintre, le sculpteur...) exerce, dans la société humaine la fonction du souvenir, la victoire fragile sur le temps. Il y avait, pour les Grecs deux façons pour l'homme de se mesurer à l'immortalité des dieux : faire des enfants et créer des oeuvres d'art.

 

" A thing of beauty is a joy for ever :
Its loveliness increases; it will never
Pass into nothingness ; but still will keep
A bower quiet for us, and a sleep
Full of sweet dreams, and health, and quiet breathing..."

 

(John Keats)

 

Ce que fait Mario D'Souza avec les rebuts est du même ordre que ce que fait  le poète avec le langage archi-usé de tous les jours ("donner un sens plus pur aux mots de la tribu", dit Stéphane Mallarmé dans Le Tombeau d'Edgar Poe)

 

Mario D'Souza délivre de la banalité les objets et le regard que nous portons sur eux. L'imagination de l'artiste métamorphose le monde et transforme les choses en symboles. Mais tandis que les chaises, métonymies de l'humanité,   qui s'amoncellent sur la scène dans la pièce du dramaturge Eugène Ionesco représentent le vide ontologique en tant que destin historial de la pensée occidentale, qu'il appartient aussi à l'artiste de traduire, celles de Mario D'Souza semblent porteuses d'une secrète espérance.

 

En utilisant les matériaux les plus banaux qui soient (de vieilles chaises comme on en trouve un peu partout, dans les salles de classe, dans les administrations, du carton, de la mousse...) pour en faire des oeuvres pleines de poésie et de mystère Mario D'Souza montre la dimension "apophatique" de l'art : l'artiste cherche à "transfigurer" le monde dans la beauté, l'humour et la liberté,  quand d'autres le  "défigurent" dans l'asservissement et  la laideur.


 

On-the-way-to-the-market.jpg                                       On the way to the market (2011)


  Mario D'Souza explique ce qu'il fait :

 

Si je me réclame de maîtres à penser, si divers mouvements artistiques m’ont davantage touché que d’autres, mon travail aujourd’hui appartient au langage universel de l’art contemporain.


Ainsi, mon travail est une combinaison de ma mémoire indienne et de mon présent français.


Depuis que j’ai commencé mon activité artistique, à travers mes sculptures et les installations, j’ai trouvé un langage qui m’est propre et qui construit une œuvre résolument personnelle.


Le travail que je produits est directement issu (ou inspiré) d’objets que je récupère dans des décharges, aux « monstres », aux Emmaüs, sur le site viticole près duquel j’ai mon atelier : les déchets, les emballages, la part d’utile et d’inutile dans la production, les « matières sèches » inutilisées…


Je récupère, sans avoir forcément d’inspiration sur le champ, et j’entasse ces objets ou matériaux dans mon espace de travail. Je vis avec pendant quelque temps, et puis je les transforme en œuvres d’art.


Le langage d’expression trouvé durant ce processus devient mon art en vérité. Il m’aide à comprendre le matériel et le contexte culturel et historique. C’est dans cette alchimie même que réside mon action.


Il y a bien entendu une part non négligeable de choix esthétique : un vieux meuble sale me raconte bien davantage qu’un objet tout frais sortie de l’usine. Il me parle de vies et de mystères.


Mais il y a surtout le désir de convertir à partir de ces objets laissés pour compte, cette part de vécu mise au panier, abandonnée. Il y a le goût de l’histoire, le goût du matériau, le goût du temps et du mystère qui enrobe ces objets, ces cartons, ces vieux tissus.


 

The-Mariage.jpg                                                        The Mariage


Ainsi, ces formes et matériaux, s’ils me fascinent jusqu’à devenir matière première de mon œuvre, c’est qu’ils ont une part d’humain importante : soit qu’ils sont artisanaux, soit qu’ils ont vécu, soit qu’ils sont chaleureux (la laine, le carton). C’est l’humain qui transpire en eux qui m’interpelle.


Dans ce pays finalement assez froid et où je dois reconstruire mes repères, je trouve dans ces objets / matériaux, des compagnons d’infortune... Je fabrique de l’art à partir de ces rebus parce qu’ils me parlent de mon intériorité et de mon désir profond pour un monde réconcilié.


D’une manière plus essentielle et plus secrète, le travail sur l’objet m’aide à créer une forme nouvelle. Le concept que je développe est bien souvent compris dans le geste qui révèle l’objet, en le décalant, en le revisitant. Mon concept de travail est comme un lien, un pont, entre l’objet formel, avec sa propre histoire et sa propre utilité (qui conditionne son apparence) et l’objet révélé. Il est devenu formellement inutile, mais la poésie et bien souvent l’humour, révèlent une proximité qui n’était jamais là.


Le geste qui transforme l’objet est mon concept même de création. Tout mon langage artistique réside dans ce geste qui construit un tout, et qui est mon langage contemporain." (Mario D'Souza)


 

Feeling Alone and yet Desired                                              Feeling alone and yet desired

 

La dimension humoristique est une composante essentielle de l'art contemporain depuis La Joconde (L.H.O.O.Q.) de Marcel Duchamp.


 

"Des tubulures de chaises modestes, courantes. On ignore même le nom de leur concepteur. Pourtant elles aussi appartiennent au domaine du design comme les époux Eames, concepteurs de chaises dans les années 1940 aussi célèbres que la DCW mise au point avec des technologies militaires permettant de travailler le pliage et la courbure du contreplaqué. Des formes ultra célèbres qui n’ont jamais connu les lois de la péremption.

Les chaises que récupère Mario D’Souza n’ont pas le même pedigree mais sont aussi célèbres puisqu’elles appartiennent à l’inconscient collectif des écoles et salles municipales. Elles ont perdu leur assise, conservant simplement cette ligne de métal (leur signature) qui les rapproche du dessin dans l’espace, de la sculpture abstraite. Les plaques de mousse qui servent à cet exercice de forme sont, elles, parfaitement neuves. D’un blanc impeccable ou d’un jaune lumineux, elles se plient au format imprimé par ces cadres rigides pour devenir des sculptures minimales.


Dans Fountains of life, les deux chaises se transforment en causeuses au mouvement emphatique et délicat, un jeu d’équilibre unique. Car chacune de ces chaises l’est devenue, passant de la production en série à l’objet unique.

 

fountain of love                                                     Fountains of Life


Mario D’Souza travaille ces paradoxes matériels, un cadre rigide et une matière souple, une fonction et une abstraction, une origine basse et un résultat raffiné.


Quant à Blind comfort, les blocs de mousse se règlent à différentes hauteurs et composent des monolithes majestueux, variation sur le thème minimal : soit deux ingrédients parfaitement identiques mais deux identités radicalement différentes dans l’espace." (Bénédicte Ramade)


 

blind_01.jpg                                               Blind Comfort


 "La première fois que j'ai vu le travail de Mario D'Souza, explique Céline Poulin, c'était lors de l'exposition "Rehab" de Bénédicte Ramade. J'ai été très intriguée par ces formes abstarites cintrées dans des chaises, à l'esthétisme mélancolique. L'invitation à rencontrer Mario D'Souza pour parler de son travail et discuter de cette installation qu'il allait présenter au Château d'eau de Bourges est arrivée étonnamment la semaine suivante. La pièce que l'artiste nous présente ici se situe dans une continuité avec ce travail que nous lui connaissons, mais constitue néanmoins une mutation de sa pratique, due à la prégnace du lieu et l'intégration du travail à ce contexte.

 

 

Les objets que produit Mario D'Souza ont une histoire. La mousse qu'il utilise pour ses sculptures est récupérée ; il s'agit d'un fragment rejeté de l'industrie, elle porte les marques, les traces, les stigmates de son usage antérieur.

 

Réutiliser, trouver une autre finalité à une matière, lui proposer une nouvelle histoire à vivre, c'est singulièrement ce qui intéresse l'artiste dans les formes qu'il génère. C'est en premier lieu le rapport à un matériau, son utilisation inédite qui va guider la production.

 

Comme tout sculpteur, la notion d'équilibre et de contrainte, de tension des éléments assemblés, va donner son élan au geste et provoquer la forme finale que prendra la sculpture.

 

Mais tout ce jeu formel est habité d'un rapport à l'autre. La chaise, élément essentiel du vocabulaire de l'artiste, est bien sûr une figure métonymique du corps humain. Les éléments qui y sont associés résonnent, par leur dureté ou leur malléabilité, avec ce symbole du quotidien pour le faire tendre vers une image qui pose toujours la question de l'équilibre des relations.

 

pour l'installation spécifique du Château d'eau, Mario D'Souza s'est confronté avec un lieu qui lui-même a une histoire, un lieu porteur de ses propres stigmates. Un château d'eau est pour l'artiste marqué par son caractère rhizomatique : il est par son architecture même porteur de l'Histoire collective qu'il incarne. C'était le lieu central de la distribution de l'eau, et la forme circulaire de cette tour accentue cette image de noyau, de centre distributeur.

 

La figure du cercle, très présente dans les pièces de l'artiste, Mario D'Souza l'associe à un mouvement global, le cercle étant cette image de l'infini, du mouvement perpétuel. C'est cette circularité que l'installation de Mario D'Souza met ici, littéralement en relief. L'artiste considère ici le lieu comme un matériau trouvé, à l'image des objets qu'il utilise, et auquel il va associer d'autres éléments pour les révéler ; cet endroit marqué par un usage obsolète, Mario D'Souza cherche à en rendre visible un aspect oublié, celui de catalyseur.

 

C'est pourquoi, contrairement à son habitude, l'artiste va utiliser des matériaux plus standardisés, plus lisses, dont la forme va s'intégrer au lieu comme support.

 

L'installation surligne, accentue, dessine l'existant. Le choix de la couleur, assez inhabituel, découle de l'humanité que l'artiste perçoit dans cet endroit : l'inter-relation évoquée par le Château d'eau, et son statut aujourd'hui de lieu d'exposition ouvert à tous, en fait un espace provilégié de la rencontre. Le rapport de l'oeil à la couleur est celui d'un plaisir immédiat. Utiliser la couleur est pour l'artiste une adresse directe aux sensations du spectateur.

 

L'artiste emploie souvent le terme "confort" pour parler de notre rapport au monde. La définition du confort est de s'installer dans des sensations agréables. Mais comme le dénonce Nietzsche, le confort physique tend vite à la facilité de la pensée, à une forme de médiocrité. Si l'oeuvre de Mario D'Souza semble accueillir le visiteur, lui proposer une expérience agréable, l'objectif de l'artiste est de problématiser cet apparent bien-être et la satisfaction qui en découle. Le perpétuel questionnement sur la réception de son oeuvre, l'intérêt à l'usage du lieu dans lequel s'inscrit son travail et qui en devient la matière même, la volonté de transmettre au public ses propres questionnements, tous ces paramètres réunis font des productions de Mario D'Souza des oeuvres ingénieuses et en constante évolution." (Céline Poulin)


 

Comfort-on-all-sides-copie-1.jpg

 

Bio

Mario d'souza was born in Bangalore, India in 1973. He graduated from the m.s.u. Baroda and c.k.p. Bangalore. In 2001 he came on a residency to ecole des Beaux Arts, Paris. He worked in the studio of Richard Deacon and Christian Boltanski. He lives and works in Menetou-Salon and in Paris.

 

 

Contact

Mario d'Souza 10bis, Avenue des Gobelins F 75005 PARIS
Mario d'Souza Les Faucards F 18510 Menetou-Salon
+33 6 64 49 51 22
mariodsouza73@hotmail.com
www.mariodsouza.com

 

Exhibitions

Nuit Blanche 2007
Paris . Nuit Blanche 2006
Paris . Bits of world’s, Galerie Luc Queyrel 2004

Paris . Requiem, Alliance Française de Bangalore 2002 . Exposition (performance) 2002
Beaux-Arts (ENSBA), Paris. Something big and something small 2001
Time and space Gallery, Bangalore

 

Group exhibitions

An exchange with sol LeWitt, MASS MoCA, USA
2011, commissaire : Regine Basha, Cabinet magazine. . Rehab, l'Art de RE FAIRE, foundation EDF
2010-2011, commissaire : Bénédicte Ramade. Premier regard, Michel Nuridsany, Passage de Retz 2004
Paris. Domestic objects 2004
Sakshi gallery, Mumbaï . Karnataka Chitrakala Parishat 1998
Bangalore, OJUS

 

Work shops / Projects

The Flight, portes du temps, 2010
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne. Projet Interior / Exterior, 2010
Centre penitenciaire du Luxembourg. Projet Fountains of taste, portes du temps, 2009
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne. The living bottle, metal tubes, 530 cm, 2009
State commission, Menetou - Salon. Projet Voir autrement, 2008
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne. Projet Stardust, 2007
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne. Projet Intérieur / Extérieur, 2007
Mac Val / Prison de Fresnes. Atelier Kitty Kat, 2007
Musée d’Art Contemporain, Val de Marne

 

Residences / Scholarship

Djerassi Resident Artist Program,
The Pritzker Foundation Endowed Fellowship, USA 2010. Aide à la création, Région Centre 2009. Aide individuelle à la création, DRAC Ile-de-France 2008. Résidence Atelier 880 – Arques-La-Bataille – Haute Normandie 2008. Résidence Parc Saint-Léger 2007
Pougues-Les-Eaux. Subvention Drac Centre pour Aménagement Atelier 2005. Bourse de la Ville de Paris 2003. Allocataire du Fonds FIACRE (CNAP) 2002-2003. Artiste résident aux Beaux-Arts (ENSBA) 2001-2003
Paris. Atelier Christian Boltanski 2002-2003. Atelier Richard Deacon 2001-2002. Bourse « Inlaks Foundation » 2001


 

Education

Mastere of Fine Arts 2000
MSU, Baroda, Gujerat. Bachelar of Fine Arts 1998
Chitrakala Parishat, Bangalore . Pre-University 1993
Saint Joseph College of Commerce, Bangalore

 

 

 

 


 


Par Robin Guilloux
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 19:58

Cioran-Emile-Michel-De-L-inconvenient-D-etre-Livre-25308137.jpg

 

Une bibliothèque personnelle ressemble à une armoire à pharmacie. On y trouve des médicaments (presque) inoffensifs et d'autres moins. Tout est question de dosage. L'oeuvre d'Emil Cioran, c'est entendu, n'est pas "inoffensive" et il se pourrait même qu'elle fût un "poison", comme l'arsenic ou la digitaline. Poison, en grec, se dit "pharmacos" et signifie aussi remède.

 

Le problème philosophique fondamental, disait Albert Camus, c'est le suicide : "To be or not to be ?" 

 

On a accusé Cioran d'en faire l'apologie ; Il s'est expliqué là-dessus : l'idée que l'on pourrait en finir et qu'en tout état de cause, cela finira est un remède contre le malheur et peut, paradoxalement; nous éviter de passer à l'acte.

 

A quoi bon se donner la mort, puisque, de toutes façons, le mal est fait : "Le vrai fléau n'est pas devant nous mais derrière. Nous avons tout perdu en naissant."

 

Cioran affirme qu'il existe une supériorité de la vie face à la mort : celle de l'incertitude. La vie, la grande inconnue, n'est fondée sur rien de compréhensible, et ne donne pas l'ombre d'un argument. Au contraire, la mort, elle, est claire et certaine. Seul le mystère de la vie est une raison de vivre.

 

"Le fait de vivre est une chose extraordinaire quand on a vu les choses comme elles sont... Cette vie, totalement dépréciée sur le plan théorique, paraît extraordinaire sur le plan pratique. Vivre contre l'évidence. Chaque moment devient une sorte d'héroïsme."

 

Cioran a survécu à la tentation de se donner la mort, pour le plus grand bonheur d'une poignée de lecteurs qui se reconnnaissent et pour lesquels son nom est un mot de passe.

 

 

"Aucune volupté ne surpasse celle qu'on éprouve à l'idée qu'on aurait pu se maintenir dans un état de pure possibilité. Liberté, bonheur, espace - ces termes définissent la condition antérieure à la malchance de naître. La mort est un fléau quelconque ; le vrai fléau n'est pas devant nous, mais derrière. Nous avons tout perdu en naissant.

 

Mieux encore que dans le malaise et l'accablement, c'est dans des instants d'une insoutenable plénitude que nous comprenons la catastrophe de la naissance. Nos pensées se reportent alors vers ce monde où rien ne daignait s'actualiser, affecter une forme, choir dans un nom, et où, toute détermination abolie, il était aisé d'accéder à une extase anonyme.

 

Nous retrouvons cette expérience extatique lorsque, à la faveur de quelque état extrême, nous liquidons notre identité et brisons nos limites. Du coup, le temps qui nous précède, le temps d'avant le temps, nous appartient en propre, et nous rejoignons, non pas notre figure, qui n'est rien, mais cette virtualité bienheureuse où nous résistions à l'infâme tentation de nous incarner."

 

 

Né le 8 avril 1911 à Rășinari en Roumanie, mort le 20 juin 1995 à Paris, Emil Cioran est un philosophe et écrivain roumain, d'expression roumaine initialement, puis française à partir de 1949 (Précis de décomposition). Il est interdit de séjour dans son pays d'origine à partir de 1946, pendant le régime communiste. Bien qu'ayant vécu la majeure partie de sa vie en France, il n'a jamais demandé la nationalité française. 

 

 

 

 

 


Par Robin Guilloux
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